Les hebdos rivalisent de stupidité avec leur “une” dégoulinante de couleurs criardes et leurs titres destinés à nous faire peur.

P1020651.JPG

Ils usent de la même méthode d’accroche que les journaux télévisés qui commencent par les femmes démembrées, les crimes de pédophiles, les enfants disparus,ou les inondations, les tempêtes de neige et autres catastrophes climatiques, etc.

Les repères habituels de la planète qui dataient de l’après seconde guerre mondiale ont explosé depuis que le mur de Berlin est tombé. Le monde est décentré, de nouvelles puissances font leur apparition dont l’économie est en croissance et la population jeune tandis que la vieille Europe percluse de rhumatismes s’essouffle désunie.

La puissance de l’ex-empire étasunien est sur le déclin avec la percée de la Chine, du Brésil, de l’Inde.

Photographiées sur l’arrière du kiosque à journaux place Gutenberg, ces deux “unes” d’hebdos agitent le même thème de l’envahissement.

Jadis, dans l’après guerre, c’étaient les Martiens qu’on craignait, puis les chars soviétiques, quand Prague était plus près de Strasbourg que Paris.

De nos jours, si on en croit ces hebdos, c’est la Chine qui “envahit” l’Europe pour l’un, pour l’autre, c’est le “spectre islamiste”.

Hou, fais mou peur!

“Dehors les envahisseurs!”

Yeux bridés ou œil souligné par le hijab, d’étranges étrangers nous contemplent avant de déferler sur nos pays en crise. et de nous avaler tout crû. Ils se portent bien, et nous, nous sommes malades, et en déclin.

Ce thème de l’envahissement ne peut profiter électoralement qu’à l’extrême-droite , à la droite de droite ou à une fausse gauche vallsienne ou chevènementiste qui remue les mêmes eaux boueuses.

Ne sont envahis que les envahissables, c’est à dire les êtres qui ressentent un manque en eux, un vide physique et spirituel. Ceux dont l’identité est mal assurée peuvent facilement verser dans la crainte de l’autre, supposé fort et conquérant. “Ils viennent jusque dans nos bras” vendre leur camelote matérielle ou leur prophète exotique à l’appel des commerçants non-sédentaires ou du muezzin du haut des minarets.

L’être affirmatif, (Nietzsche) celui qui s’éprouve comme puissance d’être, n’a aucune, crainte d’être envahi, car il est plein, assuré de lui-même et fort. Il faut vraiment être faible, impuissant, débile, au sens propre, manquer de “conatus”, pour parler à la Spinoza, pour chier dans son froc, mouiller sa culotte en pétant de trouille devant une imaginaire invasion étrangère.

D’où la xénophobie, ou toute forme d’hétérophobie, cette peur de l’autre, ce refus de l’hospitalité, sur lesquels poussent, engraissés par le gouvernement et l’extrême-droite, la mauvaise graine de la mise à l’écart, de la ghettoïsation, de l’expulsion, toutes, fondées sur la haine. Rester entre soi, en franchouillards, ce serait ça l’idéal?

Haine de l’autre, de l’alter, de l’alien quelle que soit sa figure.

Les racistes, les xénophobes, les antisémites, les islamophobes ne s’aiment pas eux-mêmes. Ils n’aiment pas l’autre qui est en eux-même. Ils le rejettent à l’extérieur, comme un principe mauvais à extirper radicalement, comme ces homosexuels refoulés qui cassent du pédé, celui qui sommeille en eux.

“Aimez vous les uns les autres” ne fonctionne que si on s’aime d’abord soi-même.

De même, “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Et si la détestation de soi-même était la source cachée de la détestation de l’autre que soi?