Arcelor Mittal: quelques questions de simple bon sens après la répression des métallos à Strasbourg le 6 février 2013

Pour qui a été présent et/ou a participé à la manifestation des métallos d’Arcelor Mittal le 6 février à Strasbourg, après les incidents et la répression, plusieurs questions élémentaires se posent.

Pourquoi la manifestation n’avait-elle pas été déclarée ?

Selon le préfet de la région Alsace relayé par les DNA, la manifestation n’aurait pas été déclarée. On est en droit de s’étonner que des responsables syndicaux aguerris, français, de Lorraine ou leurs correspondants alsaciens, n’aient pas déposé en préfecture la déclaration règlementaire élémentaire alors qu’en plus des Lorrains, devaient participer des travailleurs d’Arcelor-Mittal de Belgique et du Luxembourg, membres de plusieurs syndicats dont la FGBT et le CSC. A quoi sert la Confédération européenne des syndicats ?

On se souvient, il y a quelques années, d’une manifestation européenne de dockers, déclarée, organisée par la CES avait eu lieu, dans le quartier proche du Parlement européen . Pourquoi cette fois des syndicalistes responsables ont-ils « oublié » ce point de droit ?

Le ministère français de l’Intérieur, le gouvernement français, le président de la République respectent-ils le droit de manifester ?

Les bus affrétés par les organisateurs ont subi un contrôle très serré sur l’autoroute avant Strasbourg. Les passagers, ont été fouillés au corps, y compris avec détecteurs de métaux, d’autres se sont retrouvés plaqués au sol et menottés, ce qui explique aisément leur colère d’être traités, selon leur expression comme des animaux, des délinquants ou des terroristes. (http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2013/02/07/les-siderurgistes-prives-de-manifestation)

Pourquoi les médias informés par la préfecture ont-ils mis en une un prétendu arsenal « offensif » alors que les consignes des syndicalistes étaient de ne rien transporter de semblable dans les bus ? Un brise-tympan peut-il être assimilé à une « bonbonne de gaz » ?

L’arrivée des bus, de ceux qui sont parvenus à destination (22 sur la trentaine au départ) s’est faite au compte-goutte, les derniers cars aperçus se garant à 15h20 sur le parking de la foire-exposition ce qui a, de fait, empêché tout rassemblement massif et unitaire…

Pourquoi aucune direction de manifestation sur place ?

Une fois débarqués des cars, et la délégation reçue au Parlement européen, les manifestants se retrouvaient pris au piège place Adrien Zeller, coincés entre le Conseil régional, le Théâtre du Maillon et les rues menant au PE, barrées par des cordons de gendarmes surarmés, d’abord assez peu déployés ( 30 cars présents vers 9h30) , puis augmentés de renforts dès après 14h20 où les premiers incidents ont eu lieu.

Sur place, aucune direction ni matériel de manifestation, pas un seul mégaphone, -jusqu’à l’arrivée tardive des métallos de Florange-, quelques rares banderoles, aucun tract, aucun plan photocopié du parcours et du quartier, aucun de ces stands de sandwichs, merguez, ou boissons souvent mis en place par les locaux de l’étape. Ceux-ci étaient d’ailleurs curieusement absents, tant les dirigeants CFDT d’Alsace, malgré la présence en nombre de la CFDT de Moselle avec Edouard Martin, que la CGT (certes toute occupée à son comité national confédéral…) qui compte de nombreux métallos en Alsace. Comment se fait-il que, par exemple, des délégués de la General Motors, dont l’un est intervenu le soir au cinéma Odyssée, ou d’autres boites d’Alsace menacées de fermeture comme de nombreuses entreprises n’aient pas été présents, au moins entre midi et 14h, auprès de leurs camarades métallos belges, luxembourgeois et lorrains ? 

En questionnant certains militants syndicaux locaux, tous nous ont affirmé ne pas avoir été au courant -alors que l’info d’une manifestation des salariés d’ArcelorMittal était diffusée dès le 1er février dans de nombreux journaux belges, luxembourgeois et français (Nouvel Obs, Républicain lorrain, DNA, Rue89 Strasbourg, et même le Figaro !), d’autres évoquent un “dysfonctionnement” dans la communication (verticale) interne de l’information dans certains syndicats… Communication rétablie dès le lendemain des affrontements comme le prouvent quelques communiqués comme celui du PCF du Bas-Rhin (http://67.pcf.fr/35371) ou de la CGT métallurgie (http://www.ftm.cgt.fr/actu_lutte_plus.php?IDchapitre=109).

Dés lors il était quasi fatal, comme une musique pré-enregistrée, que des salariés déjà humiliés par les contrôles policiers, échaudés par la disposition des gendarmes qui les privait de leur manifestation de soutien à leur délégation reçue au Parlement, interdisant tout cortège vers le PE soit boulevard de Dresde, soit par l’Allée du Printemps, et barraient la voie vers la place de Bordeaux et le centre-ville, bref, que ces manifestants s’énervent… N’oublions pas qu’ils font partie de ceux qui, soit ont déjà subi les licenciements de Lakshmi (am Arch), soit, sont les suivants de la charrette.

Comment comprendre, à l’heure des portables et de l’information instantanée que des députés européens ne soient sortis, avec Edouard Martin, que peu avant 16h pour calmer la répression policière, alors que cela faisait une heure trente déjà que les forces de gendarmerie et de police se déchainaient ?

José Bové et d’autres expliquaient aux médias très nombreux qu’ils avaient refusé de rencontrer le président du Parlement, après les groupes parlementaires, à cause de cette situation. Pourquoi si tard ?

On espère des réponses à ces questions de stratégie et de tactique syndicale et politique.

Le débat qui a eu lieu le soir au cinéma Odyssée après la projection d’un film sur la lutte de Florange, dont le timing s’arrêtait le jour de l’élection du président Hollande (voir http://la-feuille-de-chou.fr/archives/44998renforce ces questions.

A l’heure où les gouvernements de droite comme de « gauche » des pays européens criminalisent la révolte ouvrière et le militantisme syndical, que penser de ceux qui exposent les travailleurs à une répression féroce – un jeune métallo belge a perdu un œil- en laissant des syndicalistes tomber dans le piège qui leur a été tendu ?

Durga-Schlomo

 

Peu d’hommes politiques ont critiqué la répression policière contre les salariés d’ArcelorMittal. Les deux articles suivants sont d’autant plus éclairants sur le rôle de chiens de garde du capital et de canaliseurs de révolte que le ministre de l’Intérieur attend des responsables syndicaux…:

http://www.lesoir.be/186901/article/actualite/france/2013-02-09/arcelormittal-mélenchon-«écœuré-par-bestialité»-police

http://www.humanite.fr/politique/pierre-laurent-choque-par-le-propos-de-valls-sur-l-514871

Ci-dessous, les événements traités dans les journaux télévisés français (France 3) et belge (RTBF) illustrent et confortent cette criminalisation de la révolte.

A noter que, dans le direct de la RTBF, l’envoyé spécial au Parlement déclare que “la plupart des gens de la délégation (reçue au Parlement) n’étaient pas au courant des événements qui se déroulaient à quelques centaines de mètres d’eux…”.

La “plupart”, ça n’est pas la totalité…


jt alsace 0602 19h et 0702 12h arcelormittal par lmvGi


Strasbourg- heurts entre les métallos d… par lmvGi

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