Appel à la résistance et à la désobéissance civile face aux dérives de l’État de droit et à la criminalisation de la solidarité

La politique se durcit à l’encontre des exilés qui tentent de passer la frontière franco-italienne dans le Briançonnais. Dans le même temps, les actions du procureur se renforcent envers un nombre croissant de bénévoles.

Tous les jours, 10 à 50 personnes franchissent la montagne et arrivent à Briançon, le plus souvent après plusieurs tentatives et plusieurs nuits passées cachées pour échapper à la police, dans un froid de plus en plus glacial (les températures sont négatives la nuit). Tous les jours des dizaines de bénévoles se relaient pour les accueillir et prendre soin d’eux. En permanence, ce sont entre 100 et 130 personnes qui sont hébergées chaque jour depuis 4 mois… S’ajoute un nombre équivalent de personnes secourues par d’autres associations et collectifs en aval jusqu’à Gap et Veynes, malgré les obstacles policiers et les entraves multiples du Conseil Départemental pour se défausser de ses responsabilités vis-à-vis des mineurs qui représentent actuellement 6 exilés sur 10.

Les intimidations policières envers les citoyens (barrages, contrôles, fouilles, menaces de perquisition, convocations et auditions à la PAF, gardes à vue…) entravent les possibilités de les aider dans leur trajet en montagne pour parvenir jusqu’à Briançon situé une vingtaine de km en aval du col de l’Echelle. D’un jour à l’autre, les températures nocturnes pourront descendre à – 10° ou – 15° sans parler de la neige qui arrivera tôt ou tard.

Le cynisme de cette politique gouvernementale suscite beaucoup d’interrogations, d’indignation et de gestes de solidarité, y compris parmi les forces de l’ordre, ce qui explique, entre autres, l’importance des passages. D’un autre côté, la propagande autour de « l’appel d’air », des « migrants économiques », du « coût de l’accueil au détriment des pauvres »…, pèse chaque jour un peu plus dans les esprits malgré l’hypocrisie de ces discours. La peur que suscitent les pressions policières et le discours visant à criminaliser les exilés et les solidaires favorise aussi une certaine dé-solidarisation. Les mauvaises conditions d’accueil nourrissent également préjugés, rumeurs et fantasmes.

Cette politique et cette propagande légitiment certains individus qui n’hésitent plus à menacer, exercer du chantage, proférer des propos ignobles, et faire preuve de brutalité à l’occasion des arrestations. Ces personnages sont encore plus dangereux lorsqu’ils peuvent agir sous couvert de l’autorité et de l’impunité liées à leur fonction. On connaissait les prétendues bavures d’agents de la BAC dans les quartiers populaires ou dans un autre registre les dégâts sociaux causés par les plans de réorganisation avec la diligence des « social-killers » recrutés dans les services gestionnaires des entreprises et administrations. On a maintenant l’extrême droite qui prête main forte à certains magistrats pour tenter de faire passer nos amis de la Roya pour « une mafia de passeurs ». C’est également le discours, en terme moins grossiers, que tentent d’accréditer les autorités préfectorales et départementales des Hautes-Alpes pour discréditer les associations et bénévoles impliqués.

La loi du plus fort règne et c’est en laissant faire que cela conduit aux catastrophes humaines. L’Etat de droit doit au contraire protéger le faible contre le fort. C’est ce que l’école est censée apprendre à nos enfants, et l’école de la magistrature aux futurs magistrats.

Nous savons que nous parviendrons à faire changer les choses en nous soutenant mutuellement, en agissant ensemble, en résistant aux incessantes tentatives d’instrumentalisation par les pouvoirs publics et privés. Cette instrumentalisation ne se réduit pas à la transformation des associations en prestataires de l’action publique via la dépendance financière et des conventions de plus en plus contraignantes. Par exemple, c’est également le cas quand nous sommes submergés par un nombre important d’exilés. En effet nous ne parvenons plus à assurer un accueil digne et nous sommes à notre tour conduits à “gérer des nombres”. Les autorités se débrouillent pour nous mettre dans cette situation insupportable et peuvent alors se frotter les mains, sans bourse délier qui plus est !

La politique du gouvernement et des conseils départementaux (comme celle des entreprises) vise à déshumaniser la vie sociale, à réduire chacun à un pion bien manipulable qui en manipule d’autres (cf. Orwell). C’est pourquoi la solidarité est leur ennemi.

Nous proposons de multiplier les espaces d’hospitalité, donc à dimension humaine, tout au long des parcours des exilés. Cela est également vital pour sortir des nasses qui nous étouffent dans la vallée de la Roya, le Briançonnais ou le quartier de Stalingrad. Cette idée est renforcée par le constat que c’est surtout le contact direct avec la personne de l’exilé qui fait tomber les préjugés, qui ré-humanise la relation, qui nous fait mieux saisir que nous n’avons plus qu’une seule terre à partager et donc que “il n’y a plus d’étrangers sur cette planète”, sinon ceux qu’on se fabrique pour se voiler la face.

Enfin, comment faire changer les choses de concert avec les exilés ? et dans cette démarche comment ne pas les instrumentaliser ? Là encore, c’est la fraternité qui peut nous en protéger et nous sommes optimistes au vu des pratiques chaleureuses et authentiques entre nous et avec les exilés.

Merci d’avance de nous apporter votre soutien en nous autorisant à joindre le nom de votre association ou collectif à la liste de signataires au bas de cet appel. Nous allons diffuser l’appel auprès des médias ce we et nous vous encourageons à le partager dans vos réseaux. Nous actualiserons la liste des signatures au fur et à mesure qu’elles nous parviendront.

Solidairement et fraternellement,

L’équipe de Tous Migrants

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