Tirer dans le tas ! De l’avenir des musulmans en France par Alain Gresh

islamophobie

Longtemps, les colonisés ont été considérés comme appartenant à une espèce inférieure, dont le statut ne relevait ni de principes universels, ni du droit international. Et que l’on pouvait exploiter, voire exterminer sans remords. Dieu reconnaîtrait les siens !

En 1898, Heinrich von Treischke, un expert en sciences politiques, soutenait ce qui pour nombre de ses contemporains apparaissait comme une banalité : « Le droit international ne devient que des phrases si l’on veut également en appliquer les principes aux peuples barbares. Pour punir une tribu nègre, il faut brûler ses villages, on n’accomplira rien sans faire d’exemple de la sorte. Si, dans des cas semblables, l’empire allemand appliquait le droit international, ce ne serait pas de l’humanité ou de la justice, mais une faiblesse honteuse. » La balle dum-dum fut inventée à la fin du XIXe siècle ; elle causait des blessures particulièrement graves. En 1897, la convention internationale de La Haye adoptée par les Etats « civilisés » la bannissait ; elle fut réservée à « la chasse au gros gibier et aux guerres coloniales » (lire « La fin du droit international ? », 16 août 2006). « Exterminez toutes ces brutes », gribouille, durant ses tribulations au cœur du Congo colonial, le Dr Kurz, le personage central de Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad.

A la même époque, l’antisémitisme, fondé sur les mêmes théories « scientifiques » de la race, affirmait que les juifs étaient des sous-humains, théories ouvrant la voie au génocide de la seconde guerre mondiale. Durant ces années, le gouvernement de Vichy adoptait des lois sans précédent d’exclusion des juifs, d’interdiction de nombre de leurs pratiques religieuses, de déchéance de citoyens français de leur nationalité, tout en contribuant activement à l’entreprise génocidaire nazie.

Depuis, il semblait que ces discours et ces mesures d’exclusion ne pouvaient être défendus en France, non seulement contre les juifs, mais contre toute minorité. Nous avions tort.

Dans un texte intitulé « Que faire des musulmans une fois le Coran interdit ? », publié par le site Boulevard Voltaire et qui n’a suscité aucune condamnation officielle de tous ceux qui sont si prompts à condamner tout acte antisémite, Christine Tasin fait « un rêve » — merci à Sébastien de m’avoir signalé ce texte.

« Les musulmans, qu’ils soient Français ou pas, auront donc le choix. S’ils veulent rester en France, ils seront dans un pays où disparaîtra toute visibilité de l’islam, le voile, le kami, l’abattage rituel, les boucheries halal, les prénoms musulmans, les mosquées… Les nés-musulmans pourront alors librement abdiquer l’islam et devenir apostats ou pratiquer leur culte de façon totalement privée, chez eux, sans en faire état. Si cela ne leur convenait pas, ils auraient le droit de gagner un des cinquante-sept pays musulmans de la planète où règne la charia. À cela s’ajoutera un moratoire sur l’immigration s’accompagnant de mesures de préférence nationale pour les prestations sociales, afin de supprimer l’appel d’air permanent qu’elles suscitent. Bien sûr, il faudra ou sortir de l’Union européenne ou la faire exploser puisqu’elle voudra nous empêcher de faire la loi chez nous, et reconstituer une Europe des nations.

Bien sûr, il y aura contestations, émeutes et même menaces terroristes. Le pouvoir y mettra fin grâce à sa détermination sans faille, et, s’il faut sacrifier quelques extrémistes pour redonner à 65 millions d’habitants paix et protection, il faudra faire savoir que l’armée, dépêchée à chaque menace, n’hésitera pas à tirer dans le tas. C’est terrible, mais il n’y aura pas d’autre solution pour calmer le jeu et imposer notre loi. »

(…)

« Bien sûr enfin, on nous dira qu’il y a trop de citoyens concernés. Et qu’on ne peut expulser des gens présents depuis si longtemps en France, avec la nationalité du pays. À ceux-là, nous répondrons qu’en 1962, on a fait partir d’Algérie plus de 10 % de sa population, dont la plus grande partie n’avait plus aucun contact avec la France depuis plusieurs générations. À notre connaissance, c’est loin d’être le cas de nombreux musulmans qui vont en vacances, tous les ans, “au pays”. »

Ce texte se passe de commentaires. Pour vous distraire, si l’on peut dire, remplacez le terme musulmans par juifs, roms ou Noirs… Et vous aurez une idée de la France « ethniquement pure » que l’on nous prépare.

http://blog.mondediplo.net/2013-04-16-Tirer-dans-le-tas-De-l-avenir-des-musulmans-en

 Pourquoi je ne voterai pas oui au référendum du 7 avril 2013

front de gauche logo

Je l’avoue, et j’ai des témoins, longtemps, j’ai souhaité pouvoir voter oui le 7 avril, oui à la fusion du Conseil régional d’Alsace avec les Conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.

Comme chacun peut le vérifier, j’ai signé, il y a près de trois ans, en dépit de désaccords exprimés sur le Concordat et la religion à l’école publique, ainsi que le parfum réformiste de son texte, la plate-forme de Initiative Citoyenne d’Alsace, lancée par Pierre Klein.

J’ai entendu plus récemment Jacques Fernique, conseiller régional écolo, faire l’éloge du futur Conseil Territorial d’Alsace. Plusieurs de ses raisons, principalement environnementales, me paraissent encore bonnes. Mais il ne s’agit pas de ça, le 7 avril.
Fernique: http://la-feuille-de-chou.fr/archives/43925

J’ai même écouté l’ex-ministre des Collectivités territoriales, actuel (et peut-être futur président) de la région, Philippe Richert, lors de sa venue au Centre Culturel Alsacien.
Richert
http://la-feuille-de-chou.fr/archives/44679

Les motifs de mes positions d’alors étaient liés d’abord au fait qu’il y a quarante ans, la Ligue communiste, ici en Alsace, défendait, en même temps qu’une opposition frontale au nucléaire, l’idée, venue de loin, puisqu’elle s’ancrait dans les premiers congrès de l’Internationale communiste, en 1920, (la Troisième Internationale de Lénine et Trotski), que l’Alsace était le lieu d’une question nationale irrésolue.

L’obstination avec laquelle le gouvernement Hollande-Ayrault, comme tous les précédents, de droite et de gauche, se refuse à adopter la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires me poussait dans le même sens.

Le Parti communiste français avait défendu très tôt et longtemps, mais plus maintenant, le droit à l’autodétermination de l’Alsace-(Lorraine), comme on disait. De même, après le véritable linguicide subi par cette région tant après 1918 qu’après 1945, nous défendions, après mai 68, un régionalisme de gauche naissant, sur les décombres d’un autonomisme trop compromis avec des forces d’extrême-droite.

Et nous avions inscrit dans notre programme la revendication de l’élection d’une Assemblée unique d’Alsace à la proportionnelle intégrale.

Beaucoup d’eau a coulé dans le lit du Rhin et de l’Ill. 2013 n’est plus 1973 qui marquait la fin des Trente Glorieuses et le véritable commencement de ce qu’on nomme à tort “la crise” et qu’on faisait alors passer pour une conséquence du “choc pétrolier”…

De 1973 à nos jours, le monde, l’Europe en particulier, a basculé, du fait des politiques libérales et ultra-libérales, de “gauche” et de droite, dans ce que nous subissons toutes et tous, guerres, nationalismes, chômage, catastrophes écologiques, désespérances, etc.

Dans ce cadre, alors que partout dans la vieille Europe, la xénophobie, les nationalismes se présentent aux peuples comme des “solutions”, en désignant l’étranger, le Polonais, le Rom, etc, comme le responsable et le coupable, alors qu’en Belgique, en Italie, en Espagne,en Grèce, en Suède, dans les ex pays de l’Est, le museau fétide de la bête immonde perce une fois de plus, comme dans les années trente, la perspective d’une Collectivité Territoriale d’Alsace, soutenue par la droite, l’extrême-droite, les écologistes et une partie des socialistes, n’a plus aucun rapport avec l’Assemblée d’Alsace dont nous rêvions dans les années soixante-dix.

Il s’agit aujourd’hui seulement d’une solution politique capitaliste qui vise à créer, de gré ou de force, de grandes régions ou métropoles concurrentielles entre elles, un cadre adapté tant aux nouvelles formes de ce qu’ils appellent “gouvernance“, qui n’a rien à voir avec une souveraineté populaire, qu’aux exigences des grands groupes mondialisés de l’industrie, des banques et de la finance des paradis fiscaux.

Les simplifications, illusoires, les économies, rêvées, la pseudo “rationalité”, avancées par les uns et les autres, comme l’appel au sentiment que les Alsaciens sont méprisés, ce qui n’est pas faux, par Paris, ne sont que des rideaux de fumée qui masquent la volonté égoïste, et ridicule, quand on se mesure ne serait-ce qu’à notre voisin proche du Bade-Wurtenberg, d’être plus fort que les autres, à l’échelle européenne, un peu comme l’Université unique de Strasbourg, qui se hausse du col pour figurer dans le tableau d’honneur des plus “performantes” du monde.

Les droites, les extrêmes-droites, Europe-Écologie-les- Verts et une partie des socialistes appellent à voter oui.

De l’autre côté, le Front de Gauche, la gauche radicale, les syndicats lutte de classe appellent à voter non ou à s’abstenir.

La Feuille de chou a choisi son camp, celui des travailleurs-euses en lutte pour leurs salaires, contre les licenciements, le chômage, la précarité, aux côtés de ceux-celles qui produisent les richesses, quelle que soit leur nationalité, européenne ou extra-européenne, avec les pauvres, les sans-papiers, les Roms,etc.

Non, ne votez pas oui!

Archives: Débat au Club Jacques Peirotes
http://la-feuille-de-chou.fr/archives/43925

 Le rôle d’Israël dans la répression au plan mondial

Le rôle d’Israël dans la répression au plan mondial

©2012

Écrit et édité par des membres du Réseau juif international antisioniste (IJAN) après les recherches nécessaires.

Nos remerciements spéciaux à Jimmy Johnson pour ses longues recherches.

Cette publication s’inspire largement de The Israel Connection: Who Israel Arms and Why de Benjamin Beit-Hallahmi (Pantheon City: 1987). Malgré le fait que l’ouvrage date d’il y a 25 ans, le livre continue à jouer un rôle crucial pour documenter le rôle d’Israël dans la répression mondiale. Celle-ci, et la participation d’Israël, s’est énormément développée depuis ; cependant, ces informations restent largement méconnues. Ce qui suit est une tentative modeste de compilation des informations de cette source et d’autres pour faire avancer la trame de cette histoire.Introduction
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 La guerre évidente, encore, encore, encore….

Tribune libre à Serge Grossvak

C’est si simple la guerre, pour se donner bonne conscience. La force et la rage pour balayer les doutes et venir en assistance. Une fois, deux fois, trois fois… Un long décompte quasi annuel. Si nous ajoutons les appels à la guerre, les menaces de guerre, c’est devenu banal, la guerre. Terriblement banal. Côte d’Ivoire, Lybie, et il y a eu l’Afghanistan, et la menace Syrie, Iran. Maintenant le Mali.

Alerte ! C’est la guerre.

La guerre c’est évident, c’est toujours évident. Il y a les méchants et ceux à protéger par notre armure vaillante et notre torse bombé. Et puis tombent les bombes. Quel trou creusent-elles ?

Déjà nous pouvons voir l’Afghanistan 10 ans après. Qu’est-ce qui a été construit ? Pourquoi n’en tirons nous pas de leçon ? L’Irak, la Lybie, la Cote d’Ivoire sont mis en pétaudières. La guerre c’est long, ça couve, ça attend le moment, l’étincelle. Et ça repart. Ca attend et ça repart. Il faut réfléchir à deux fois avant de se lancer dans une guerre.

Bien sûr que c’est évident au premier coup d’œil. Il faut sauver des vies et mater l’indigne oppresseur. Il n’y a qu’à cogner, un bon coup et ça va aller… Aller où ? Et ça vient d’où cette tragédie qui nous impose la guerre ? Et puis, et puis… POURQUOI CETTE RECURENCE ? Pourquoi cela s’étend-il et se répète-t-il ?

Je sais que les avions de mon pays bombardent, et ça bourdonne dans ma tête. Je sais les souffrances et les dangers pour mes amis maliens, et j’ai peur pour eux. Où cela va-t-il les mener ? Ou cela va-t-il nous mener ? Et le monde, le vaste monde, à étendre les furies de la guerre, quel va-t-il être ? Quelles rages faisons-nous pousser ?

Les pays vacillent si facilement ! Il suffit d’une bande armée, d’une scorie d’un conflit voisin et le feu prend, un pays flanche. Mali, oh mon ami, n’étais-tu qu’un si petit château de carte ? Qu’est-ce qui t’a rendu si chétif, si misérable ? Mali, oh mon ami, tes voisins sont-ils vraiment mieux lotis que toi ? Leur tour ne va-t-il pas venir, et la guerre s’étendre ?

Il n’y a rien à faire ? Une fatalité ?

La guerre est une impasse sanglante, destructrice. Si nous renonçons à construire la paix aujourd’hui alors ces guerres nous dévoreront demain. Comme il est curieux qu’il soit plus facile de mener la guerre que d’affronter la misère !

Mali, oh mon ami Mali, comment t’est venu ce drame ? Par ces guerres à tes portes venues se propager chez toi. Par ce vieux conflit avec les Touaregs « réglés » avec la force soldatesque. Par cet Etat exsangue et rendu incapable de porter la solidarité de la santé et de l’éducation pour chacun. Oh, mon cher Mali ami, que va-t-il advenir si la réponse passe par l’aveuglement des bombes ?

Quelle immense inquiétude pour demain, lorsque nous aurons fini de bomber le torse et que les bombes seront libérées pour un sinistre feu d’artifice. Face à l’image de mon époque, je pense à un Pasteur d’il y a plus 2 siècles et plus. Il était désespéré devant les ravages de la guerre. Il avait regardé son ami philosophe, E. Kant. Un « projet pour une paix perpétuelle » en était né. Quel désastre faut-il encore pour que nous parvenions à cette sagesse visionnaire ?

Serge Grossvak, le 15 janvier 2013

 Campagne “Ecrire à Messieurs Hollande et Valls”

Campagne “Ecrire à Messieurs Hollande et Valls” (RESF)

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lettre de Colette

Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre,

Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps…

Je voudrais vous dire ma déception et mon espoir,

Ma déception que la politique que vous menez en matière d’immigration continue à briser des familles, à briser des vies, à nier l’espoir.

Hommes, femmes et enfants ne sont pas des statistiques à additionner dans la colonne “expulsions”, mais des êtres de chair et d’os qui ont derrière eux des vies malmenées et aspirent à une vie ouverte et sereine, à partager avec nous.

Mon espoir, encore ténu, que vous sachiez admettre que vous faites fausse route et que vous reveniez à une politique humaniste de la France comme terre d’accueil, fidèle à sa tradition de pays des Droits de l’Homme.

“Le changement maintenant”, disiez-vous ? Oui, maintenant, vite, avant que la déception ne tue l’espoir …

Respectueusement vôtre,

Colette Jamet-Roussillat

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A : M. Valls, ministre de l’intérieur

Monsieur le ministre,

J’ai fui l’Azerbaïdjan quand j’avais 12 ans. J’ai perdu ma famille. En Ukraine, j’ai reçu une obligation de quitter le territoire. En Russie, où mes deux enfants sont nés, j’ai reçu une obligation de quitter le territoire. En France, j’ai reçu une obligation de quitter le territoire.

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 Complexe militaro-industriel: Elbit Systems

viper-full elbit systems

“Elbit est un cas classique d’une entreprise profitant de la guerre, ayant un intérêt direct pour les conflits, la terreur et la peur.”

Traduction en français de la synthèse sur Elbit faite par Shir Hever pour le tribunal Russel

Russell Tribunal
on Palestine

ELBIT SYSTEMS

Shir Hever – économiste

Partie 1 : méthodologie

Cette présentation d’Elbit Systems sera divisée en deux parties. Pour ma part, je parlerai des informations dont nous disposons sur l’entreprise elle-même et Jamal Juma, qui parlera après moi, parlera des violations des droits de l’homme commises par Elbit ainsi que de sa participation à des crimes de guerre.
Les informations que je vais vous présenter ici sont tirées d’une variété de sources qui, en dépit de sa diversité et de son étendue, demeure limitée. Elbit Systems est avant tout une entreprise d’armement. La plupart de ses produits sont destinés à un usage militaire et c’est naturellement à ce titre une entreprise discrète. Ainsi, la grande majorité des informations portant sur l’entreprise trouvent leurs sources dans l’entreprise elle-même – à travers de nombreuses déclarations à la presse publiées dans les médias hébreux et destinés surtout à des investisseurs potentiels.

Deux points importants sont à noter :

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 Où était Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, le soir du vote pour l’admission de la Palestine à l’ONU ?

N° 1234 – Jeudi 6 Décembre 2012 p27

Fondation France-Israël
Grand Gala au Quai d’Orsay

Le gala traditionnel de la Fondation France-Israël s’est tenu dans les Salons du ministère des Affaires étrangères jeudi 29 novembre, en présence de Laurent Fabius. Une date dont la valeur symbo­lique ne cesse d’augmenter : anniversaire du vote à l’ONU de la résolution 181 aboutissant à la création de deux Etats, un juif et un arabe (virtuel), et dorénavant celui de l’accepta­tion de la Palestine comme Etat non membre.

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 “Racisme anti-Blancs”, non à une imposture!

” Racisme anti-Blanc “, non à une imposture !
Beaud Stéphane, Noiriel Stéphane, Le Monde du 15 novembre 2012

 

Sociologue Historien
Le 26 octobre, pour la première fois dans une affaire de ce type, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) s’est portée partie civile contre un prévenu accusé de violences avec la circonstance aggravante de ” racisme “, au motif qu’il a insulté la victime en criant ” sale Blanc, sale Français “. Invité à commenter cette initiative ahurissante, le coprésident du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), Pierre Mairat, l’a cautionnée en affirmant que la ” vraie question ” était de savoir si on nie ” le racisme anti-Blanc “, ou si on le ” constate ” et ” l’analyse ” (Le Monde du 27 octobre). Le ” racisme anti-Blanc “, slogan lancé comme on le sait par le Front national (FN) dans les années 1980, repris ensuite par la droite ” décomplexée “, est donc en passe d’être validé par des associations antiracistes ! Si le FN peut revendiquer la paternité de la formule ” racisme anti-Blanc “, il n’a pas inventé la rhétorique qui la sous-tend. Celle-ci a été forgée au début de la IIIe République. Elle a servi au départ à alimenter l’antisémitisme. Toute l’argumentation raciste d’Edouard Drumont dans la France juive (1886) repose sur l’inversion des rapports de domination entre majorité (” nous, Français “) et minorité (” eux, les juifs “). Pour Drumont, les juifs ne sont pas des victimes mais des agresseurs. Ses ” preuves “, il les trouve dans les faits divers colportés par la presse mettant en cause des juifs. C’est aussi dans les écrits de Drumont que l’on trouve un autre argument repris par ceux qui dénoncent le racisme anti-Blanc. Les Français victimes de ces violences n’osent pas se plaindre parce qu’ils ont peur. Au lieu de nier la réalité, comme le font les intellectuels cosmopolites, il faut avoir le courage de l’affronter. Le moment est venu de briser un tabou. Ce type de discours a été d’emblée populaire (La France juive s’est vendue à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires). C’est pourquoi il a été repris par la suite, pour stigmatiser les Tziganes, les immigrés et les indigènes de l’empire colonial. Tout au long du XXe siècle, les associations de défense des droits de l’homme ont combattu cette propagande en affirmant que la lutte contre le racisme était avant tout un combat politique dont la finalité consistait à défendre les droits des minorités. Le fait qu’un Français puisse être insulté (ou agressé) par un individu issu d’une minorité discriminée est condamnable, mais pas au nom des principes qui sous-tendent le combat antiraciste. Comment expliquer que ces principes soient remis en cause par des associations aussi importantes que la Licra ou le MRAP ? La première raison qu’on peut avancer, c’est l’effondrement des causes qui avaient soudé les diverses composantes du mouvement antiraciste au moment des combats contre le nazisme et le colonialisme. Le délitement des engagements politiques alimente la concurrence entre des associations qui s’enferment dans une vision de plus en plus communautaire. Cette dépolitisation a eu aussi pour effet de laisser le champ libre aux entreprises médiatiques qui ont transformé le combat contre le racisme en ” affaires “, (scoops, scandales, etc.). Les ” entrepreneurs de morale ” se sont engouffrés dans la brèche au point d’occuper tout le terrain. Réduit à sa dimension morale, le combat contre le racisme s’est focalisé sur la dénonciation des préjugés. Or, comme les sciences sociales l’ont montré (deux conférences sur le racisme présentées par Claude Lévi-Strauss à l’Unesco), tous les groupes humains ont tendance à voir le monde à partir du clivage entre ” eux ” et ” nous ” et à dévaloriser les ” étrangers “. C’est ce constat qui a incité le mouvement antiraciste à privilégier l’éducation comme arme contre les préjugés ethnico-raciaux tout en combattant leur expression politique. Mais l’idéal éducatif des Lumières a laissé la place à la logique répressive du procès, ce qui a conduit les associations à englober sous le terme ” racisme ” des réalités différentes. L’accusation de ” racisme ” pouvant être mobilisée dans tous les sens, les conservateurs ont compris le bénéfice politique qu’ils pouvaient en tirer. Depuis les années 1980, la médiatisation des affaires de racisme a eu aussi pour effet d’accélérer la ” racialisation ” du discours social. Désigner les individus par leur couleur de peau, leur origine, leur religion, c’est alimenter un processus d’assignation identitaire. Au lieu de résister à cette dérive, une partie du mouvement antiraciste l’a accompagnée et cautionnée. Au moment de ” l’affaire des quotas ” qui a secoué le football français en mai 2011, nous avions attiré l’attention sur les effets contre-productifs d’une posture se contentant d’agiter sans cesse le spectre d’une ” France raciste “. L’occultation des réalités sociales au profit des discours identitaires aboutit à imposer dans le débat public un langage opposant les ” Blancs ” aux ” non-Blancs ” (” Noirs et Arabes “). Ce langage occulte les différenciations internes à ces groupes racialisés et prive le combat anti-raciste du référent universaliste sur lequel il a pourtant construit son identité. Mais surtout, il contribue à fabriquer la réalité qu’il dénonce. La racialisation du discours public contribue ainsi à l’enfermement identitaire de la fraction déshéritée de la jeunesse populaire. Privés de toute possibilité de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations, ces jeunes intériorisent un vocabulaire racial qu’ils n’ont pas inventé, mais dans lequel ils se reconnaissent, ce qui explique qu’ils puissent se représenter le monde social de manière binaire et ethnicisée : le ” nous ” (de la cité, des jeunes Noirs ou Arabes, des exclus, mais aussi de plus en plus, semble-t-il, ” nous, les musulmans “) versus le ” eux ” (des bourgeois, des Céfrans, des Gaulois, des Blancs, ou des athées, etc.). En s’engageant dans des procès contre le ” racisme anti-Blanc “, le mouvement associatif ne fera que renforcer ces clivages. Il alimentera aussi le sentiment d’injustice des jeunes qui se sentent humiliés par ceux qui maîtrisent le langage permettant d’échapper aux accusations de ” racisme “. On comprend que les politiciens de la droite décomplexée, qui défendent les classes privilégiées, aient intérêt à faire croire à l’opinion que le ” racisme anti-Blanc ” est le principal problème de la société française. Mais en s’engageant dans cette voie, les associations antiracistes risquent fort de scier la branche sur laquelle elles sont assises.