Les femmes en Egypte par la narration des graffitis/Women in Egypt through the Narrative of Graffiti

Soraya Morayef est une journaliste et une écrivaine habitant au Caire. Elle blogue sur http://suzeeinthecity.wordpress.com/

Toutes les photos © Soraya Morayef

Les deux années écoulées d’art de la rue au Caire ont été un récit fascinant de l’agitation politique et sociale en Egypte depuis le 25 janvier. Des artistes de graffitis ont représenté les soulèvements et les effondrements qui ont saisi notre société, décrivant les luttes des sans voix. Un fil intéressant à suivre est le récit sur les femmes égyptiennes depuis la révolution : les artistes de rue au Caire, dont la plupart étaient des hommes, ont adopté la cause des droits des femmes, éclairant l’injustice et la violence subies par les femmes et rendant hommage aux femmes courageuses luttant pour l’égalité dans l’Egypte post-révolutionnaire.

Ce graffiti-ci a été créé par Bahia Shehab, une historienne libano-égyptienne qui a fait un magnifique discours sur TEDX appelé ‘A Thousand Times No’ (Mille fois Non – sous-titres français)).

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 Non, l’homosexualité n’est pas imposée aux Arabes par l’Occident

(Article de Abdellah Taïa, écrivain marocain né à Rabat en 1973)

Le paternalisme et l’ignorance ne sont pas venus cette fois de là où je les attendais.
Selon l’article de Street Press repris sur Rue89, les Indigènes de la République affirment que l’homosexualité, identité occidentale, n’est pas adaptée au monde arabe et africain.
Et, par analogie, qu’elle n’est pas vraiment la bienvenue dans ce qu’on appelle, en France, « les quartiers populaires ». —- Si on suit cette logique jusqu’au bout, le mariage pour tous n’est donc pas la priorité des priorités. Il ne serait même qu’une
nouvelle offensive de « l’impérialisme gay » et du « monde blanc », qui veut imposer à la terre entière « l’universalisation de l’homosexualité ». —- Moi, écrivain marocain homo, je suis choqué —- Sans entrer dans l’analyse politique (assez facile à faire) de ces thèses, et de ce qui motive ces personnes à tenir de tels propos, je voudrais dire que moi, Abdellah Taïa, écrivain marocain homosexuel de 39 ans, vivant en France depuis 13 ans, je suis choqué et écœuré par ces paroles, ces dénégations.Par cette ignorance.

J’ai l’impression d’entendre des vieux Marocains attachés à un passé glorieux qui n’a jamais existé, à une identité fantasmée. Des membres de ma famille qui, une fois qu’ils m’ont bien insulté, me sortent l’argument majeur :
« L’homosexualité, ce n’est pas nous, ce n’est pas notre culture.Nous, nous sommes des musulmans. Des purs. Les autres ne connaissent pas Dieu. Ce sont des mécréants. »

Mais voilà : ce discours, qui mélange tout, le religieux comme le traditionnel, le racisme comme l’idéologie d’un autre temps, est complètement dépassé dans le monde arabe.

Des voix se battent pour nous faire exister

Au Maroc, au Liban, en Egypte et ailleurs, on a vu ces dernières années émerger des voix qui se battent pour faire exister les homosexuels arabes, les faire sortir de la honte où
on les enferme, les protéger des lois injustes et des regards qui tuent.

Et ce ne sont pas seulement les associations arabes homosexuelles qui font ce travail. Les organisations des droits de l’Homme, notamment au Maroc, demandent la même chose : la reconnaissance des homosexuels comme individus, comme citoyens, et non comme des criminels.
Appeler à la liberté individuelle et sexuelle pour tous,hétérosexuels comme homosexuels.
Installer enfin un espace où l’individu arabe peut se libérer du groupe, jouir pleinement de tous ses droits sans qu’on vienne lui rabâcher des discours traditionnels qui relèvent
plus d’une identité rêvée que de la réalité.

Bien sûr, les gouvernements dans les pays arabes ne font absolument rien pour écouter, aider ces associations. Le changement des mentalités sur des sujets aussi importants est imposé souvent par des individus qui se sacrifient, qui sont maltraités et qui, pourtant, ne renoncent pas. La presse marocaine, ces dix dernières années, a joué un rôle formidable, courageux, pour accompagner ce mouvement, lui donner une crédibilité.

Participer à cette mission : libérer les homosexuels et, du même coup, tous les autres.
J’ai pu, moi personnellement, parler de mon homosexualité au Maroc, donner des interviews et des conférences sur ce sujet. Tous mes livres, publiés aux Editions du Seuil, sont disponibles là-bas, certains traduits en arabe.

Cinq mensuels gays en arabe

Depuis le début du Printemps arabe, ce mouvement a même pris une ampleur inédite. On a vu sur Internet l’apparition d’autres associations gays. Les homosexuels arabes ont pris part à cette révolution qui, malgré les victoires électorales des partis islamistes, est en train de changer en profondeur la société et la pensée arabes.

Mieux : il existe maintenant au moins cinq mensuels gays en arabe : « Aswat » au Maroc, « Ihna » en Egypte, « My Kaly » en Jordanie et « Mawaleh » en Syrie. Ils sont tous disponibles sur Internet, librement. Ils sont tous dirigés par des jeunes arabes qui
travaillent sérieusement à cette mission, changer le regard social et historique sur les homosexuels.

Des jeunes qui ont compris que la liberté ne viendra ni des sociétés conservatrices ni des pouvoirs qui, au même titre que les islamistes, instrumentalisent à longueur de journée l’islam pour asservir encore plus les Arabes.

Les exemples, pour montrer à quel point les Arabes sont en train en ce moment de travailler à la libération des individus (hétérosexuels comme homosexuels) et le dépassement de toutes les idéologies (y compris occidentales), sont très nombreux. Pour certains, tout cela est encore underground, timide, et ne représente rien au sein des
sociétés arabes d’aujourd’hui.

Dès 747, des écrivains en ont parlé librement

J’ose, à travers ce papier, affirmer le contraire. J’ose rappeler l’histoire arabe où l’homosexualité n’a pas été toujours condamnée. Certains des plus grands auteurs arabes, Abou Nouass (747-815), Al-Jahiz (781-869), Ibn Arabi (1165-1240), Ibn Hazm (994-1064), en
ont parlé librement. Leurs livres sont encore étudiés dans tout le monde arabe.

J’ose redire ceci, qui me paraît la preuve simple de ce que j’avance : il existe, depuis à peu près six ans, un mot arabe et neutre pour désigner l’homosexuel. Ce mot est très simple : « Mithly ». Il est aujourd’hui utilisé partout dans le monde arabe, dans la
presse écrite comme à la télévision.

Alors, quand j’entends ce discours sur l’homosexualité venant des Indigènes de la République, je suis tout simplement meurtri. J’ai l’impression de faire une double peine.
Surtout, et c’est cela le pire, je me retrouve encore une fois en France face à l’ignorance totale de ce qui se passe dans le monde arabe. Se fonder sur ces visions erronées pour imposer un discours sur « les quartiers populaires », et au passage exprimer
une homophobie latente, me paraît à la fois triste et dangereux.

Le mariage pour tous est d’abord l’égalité pour tous. Tous les Français de toutes les origines. Qu’ils habitent à Gennevilliers ou à Saint-Germain-des-Prés. C’est cette évidence historique qu’on devrait retenir. Et non pas fantasmer de nouveau sur un passé
depuis trop longtemps révolu et sur des identités qui relèvent tout simplement de la fiction.
—————————
(Canada, La Commune UCL Montreal)

Indigènes de la République

http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=1792

Rue89
http://www.rue89.com/2013/02/08/les-indigenes-les-arabes-et-lhomosexualite-le-texte-integral-239460

 “Demain l’ennemi israélien connaîtra lui aussi le prix du sang et des larmes…”


Tribune libre

Notes de Youssef Boussoumah

Après plusieurs jours d’agression israélienne, quel bilan pouvons nous faire ? Israël a frappé 1000 cibles dont le siège du gouvernement, le ministère de l’intérieur, la radio, des stades, tous entièrement détruits, des immeubles civils etc. faisant une 60 taine de morts et des dizaines de blessés graves dont de très nombreux enfants.

Cependant en dehors de ce terrible coût humain pour les Palestiniens et au delà des fanfaronnades de la soldatesque sioniste, Israël n’a guère de raisons de se réjouir.

Le coût financier exorbitant, entre 200 et 250 millions de shekels pour 4 jours de combat, 50 millions par jour, ( 1 shekel = 2 euros, 100 000 d’euros par jour ! ) n’est pas le seul problème loin s’en faut.

En effet alors que le but comme en 2006 contre Hezbollah était de faire cesser les tirs de roquettes, ceux ci ont décuplé ! Plus de 1000 roquettes ont été lancées depuis 4 jours par la résistance palestinienne. Une moyenne de 250 tirs par 24 h, ils étaient de 20 à 30 auparavant. C’est à dire 10 par heure environ. Certes seulement une centaine ont atteint le sol et 36 ont explosé dans des quartiers résidentiels mais cela atteste de la perméabilité du système de défense Dôme d’acier. Ainsi rien n’empêche de penser qu’un missile puisse frapper à un moment ou un autre une cible très explosive comme des dépôts de carburants ou de munitions israéliens. De façon directe ou par ses débris détruits par Dôme d’acier.

Entre 1 à 2 millions d’Israéliens doivent se terrer dans des abris chaque jour pendant plusieurs heures. Ce qui en plus du coût économique fait perdre au pays son sentiment d’invulnérabilité historique.

Plus inquiétant pour Israël Hamas maintenant fabrique ses propres missiles et non plus simplement de simples roquettes. Ceux ci qui peuvent atteindre Tel Aviv, ne viennent pas d’Iran mais sont des répliques exactes des Fajr 5 iraniens dont Téhéran a offert la technologie aux Palestiniens.

Du coup, plus aucune ville d’Israël du sud et du centre n’est maintenant à l’abri de la résistance palestinienne.

De plus le Sinaï apparaît comme un réservoir d’armes quasi inépuisable d’autant que désormais ce sont les frères musulmans qui sont au pouvoir.

Enfin Israël a juste titre craint que Hamas ne dispose de missiles anti chars perfectionnés ( type Cornet, les missiles russes qui ont fait des merveilles entre les mains de Hezbollah en 2006) et sans doute de missiles anti aériens. Ce qui constituerait un véritable tournant stratégique pour la résistance palestinienne en rendant l’aviation israélienne vulnérable. Un tournant dont Israël ne se remettrait pas.

Conséquences: c’est Israël qui recherche le cessez le feu actuellement. D’autant qu’Obama a très peur d’une invasion terrestre israélienne qui secouerait toute la région Egypte en tête. Une guerre en effet radicaliserait l’opinion égyptienne dans le sens de l’abrogation des accords de camps David. De plus elle coûtera un prix énorme à l’administration étasunienne mise évidemment à contribution, enfin elle pourrait déboucher sur un conflit majeur dans la région notamment dont Israël n’est plus du tout sûr de sortir gagnant. Si Hamas dispose de telles armes, imaginons Hezbollah, sans même parler des iraniens disent les plus sages des stratèges israéliens.

Et c’est bien d’un tournant stratégique qu’il s’agit !
Hamas très ferme demande pour accepter le cessez le feu l’ouverture totale des points de passage, la levée totale du siège de Gaza, la garantie internationale qu’Israël cessera les éliminations ciblées ainsi que les invasions. Des conditions catastrophiques pour le prestige d’Israël qui auront immanquablement comme effet de réveiller la Cisjordanie.

Et c’est qui explique qu’Avigdor Liberman soit au Caire afin de presser les “amis” de Hamas: Morci, le Qatar et l’Arabie “usurpée” de « calmer » Hamas et de l’amener à accepter un cessez le feu, aux conditions de l’armée d’occupation israélienne. C’est que l’on ne veut pas perdre la face du côté de Tel Aviv.

L’élément stratégique nouveau indiscutablement est le printemps arabe. Pendant des années Israël se posait comme la seule démocratie au Moyen Orient, déclarant à qui voulait l’entendre que si les peuples arabes connaissaient la démocratie, ils s’empresseraient de faire la paix avec Israël. Nous étions quelque uns à déclarer alors, ce qui n’était pas une boutade: ” Au contraire qu’Israël prie pour qu’il n’y ait jamais la démocratie dans le monde arabe ! Les faits pourraient bien commencer à nous donner raison.

Israël aujourd’hui, après 4 jours de l’opération “pilier de défense” ne comprend pas que ceux qu’il a toujours considérés comme des sous-hommes, puissent lui parler d’égal à égal et sachent de mieux en mieux se défendre. Et il n’a encore rien vu. Lorsque les peuples arabes ayant renversé tous les régimes pro impérialistes sortiront peu à peu de leurs préoccupations domestiques, je ne donne pas cher de l’avenir de l’apartheid israélien..

Cessera alors la simple phase de résistance entamée il y a 55 ans avec la création du Fatah et commencera la véritable guerre populaire de libération de la Palestine. Dont l’issue ne fait aucun doute, insh’Allah.

 Syrie: la militarisation, l’intervention militaire et l’absence de stratégie

Publié par Alencontre le 22 – novembre – 2011

Par Gilbert Achcar

J’ai pu assister à la réunion de l’opposition syrienne qui s’est tenue les 8-9 octobre derniers en Suède, près de la capitale Stockholm. Un certain nombre d’opposants, hommes et femmes actifs en Syrie ou à l’étranger, s’y sont retrouvés avec des membres éminents du Comité de coordination (CC) venus de Syrie pour l’occasion, avec la participation du membre le plus éminent du Conseil national syrien [CNS, l’autre faction de l’opposition syrienne, la plus reconnue internationalement], Burhan Ghalioun, son président.

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 Egypte: Communiqué des Socialistes Révolutionnaires


12 Juillet 2011

 En arabe:

http://www.e-socialists.net/node/7123

Traduit de l’arabe

Le masque est tombé : au lieu des saluts militaires nous entendons désormais les menaces des généraux.

 

Il y a peu de temps encore, le porte-parole du conseil des forces armées, le général Fangari, saluait les martyrs de la révolution et attendrissait les cœurs des égyptiens avec le souvenir des jours qu’ils ont passé à scander que l’armée et le peuple étaient « une seule main ». Aujourd’hui, il a délivré un autre genre de message aux révolutionnaires : des menaces qu’il « prendrait toutes les mesures nécessaires pour affronter les menaces qui encerclent la patrie à moins que la remise en cause du processus en cours ne cesse…. tout comme les rumeurs et contrevérités qui mènent à la discorde et à la rébellion et à la promotion des intérêts d’une étroite minorité contre les intérêts du pays dans son ensemble ». Il appelle les honnêtes citoyens à travailler pour le retour à la vie normale pour les enfants de notre « grand peuple », et, brandissant son doigt face aux gens comme Moubarak, insiste que « les forces armées n’autoriseront personne à prendre le pouvoir ou outrepasser l’autorité légitime, excepté dans le cadre de la légitimité légale et constitutionnelle. »

 

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 La révolution arabe a passé le détroit de Gibraltar

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article117206
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1204;spanish-revolution-premices-d-un-printemps-europeen.html
http://www.liberation.fr/monde/11011495-espagne-les-indignes-dans-la-rue

 

Dans plusieurs dizaines de villes, des centaines de milliers de personne occupent la rue à travers toute l’Espagne. La police laisse faire pour le moment face à l’étendue du mouvement, et la rapidité de sa propagation. Rappelons que l’Espagne est en pleine période électorale.

Ces modes de réappropriation de la rue ne sont pas sans rappeler les évènements en Tunisie et en Egypte. Il est intéressant de noter que les “révolutions” aujourd’hui passent d’abord par l’occupation collective et populaire de la rue, du quartier, de la ville. Ceci dans une position générale de reprise en main par le peuple de sa situation vis-à-vis (et de manière floue) de la précarité et de la casse sociale. Que les émeutes et affrontements sont une réponse populaire comme un phénomène global et de classe, sans représentant ni parti, à la répression étatique saisie également comme répression de classe.

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 La Palestine au coeur des révolutions du monde arabe

15 MAI 1948 – 15 MAI 2011
LA PALESTINE AU CŒUR DES RÉVOLUTIONS DU MONDE ARABE

Suite à son meeting tenu le 2 Mai 2011 à la bourse du travail de Paris, l’Inter-collectif de solidarité avec les luttes des peuples du monde arabe appelle à faire du 15 Mai 2011 une journée de lutte pour « la Palestine au coeur des révolutions du monde arabe ».

Le 15 Mai est la journée de commémoration de la Nakba de 1948, la « Catastophe » qui a vu près d’un million de personnes dépossédées de leur terre, de leurs foyers, et expulsées hors de Palestine. 63 ans après, une nouvelle loi israélienne prévoit d’interdire aux Palestiniens cette commémoration.

Simultanément, le gouvernement israélien s’oppose par tous les moyens à la réunification politique palestinienne et au rapprochement des peuples du monde arabe qui se profile dans la foulée des révolutions démocratiques en cours. Alors-même que l’espoir renaît avec l’engagement de rouvrir en permanence le point de passage de Rafah à la frontière égyptienne pour permettre la libre circulation des Palestiniens, Israël a décidé en toute illégalité d’interrompre les transferts des taxes dûs aux Palestiniens, aggravant ainsi son blocus de Gaza.

Et non content de continuer sa politique de colonisation et d’expulsion des Palestiniens en Cisjordanie, à Jérusalem, et dans l’ensemble de la Palestine historique, l’Etat d’Israël commence à expulser des travailleurs migrants non-juifs qui, selon son ministre de l’intérieur, constituent une « menace démographique… susceptible de nuire à l’identité juive de l’État ».

Pour dénoncer cette politique colonialiste et raciste,

Pour exprimer sa solidarité avec le peuple palestinien dans sa longue lutte pour l’auto-détermination, la création d’un Etat indépendant et souverain, et le droit au retour des réfugiés et leur famille,

l’Inter-collectif appelle en coordination avec les Palestiniens en France et les organisations de solidarité franco-palestinienne, à une grande manifestation le dimanche 15 Mai 2011, à partir de 15 h. Départ place de la République à Paris. Un campement de tentes sera installé au point d’arrivée.
MANIFESTATION
AU DEPART DE LA PLACE DE LA REPUBLIQUE
DIMANCHE 15 MAI 2011 A 15 H
(M°République-Paris)

Inter-collectif de solidarité avec les luttes des peuples du monde arabe

Contact : inter.collectifdesolidarite@yahoo.fr

Premiers signataires : GUPS, CCIPPP, AFPS, Forum Citoyenneté Palestine, AMF, ATMF, ARAC, Comité Egypte, FTCR, Front du 14 Janvier, PCOT, PSM, CDDF-Syrie, Mouvement marocain du 20 février, Manifeste des Libertés, UJFP, Collectif judeo-arabe, AWW France, Respaix, IJAN-France, ANECR, LIFPL, AFD, NPA, Parti de Gauche, PCF, Europe écologie/les Verts, PCOF, les Alternatifs, Sortir du colonialisme, Forum Citoyenneté Monde arabe…

 L’élimination de Ben Laden au regard du contexte des “révolutions” arabes

Voici, en français, une analyse qui commence à tourner localement : la perspective d’un repositionnement US autour d’une alliance avec les frères musulmans avec en point central la Turquie et toujours, bien sûr, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe.

D’où l’élimination de Ben Laden et sa disparition, corps et biens comme disent les marins. Exit l’islamisme infréquentable. Bonjour l’islamisme-démocrate ! De figure repoussoire par excellence, l’islam politique serait désormais l’allié essentiel. Le principe parait le même pour la France si l’on en juge les pratiques récentes de Juppé relatées notamment sur le site Oumma.com. Si c’est vrai, c’est pas mal pensé, car effectivement cela casse net l’axe qui était en train de se dessiner au PO entre les frères musulmans d’un côté et l’islam politique chiite de l’autre. Cela offre aussi une explication de la facilité avec laquelle les occidentaux ont finalement accepté la chute des régimes Moubarak et Ben Ali, mais pas celui des pays du Golfe.
On comprend du même coup le silence passablement embarrassé des israéliens. Sur un autre registre, on imagine aussi la tête des Adler et compagnie. Il va falloir réviser les discours sur l’islam-et-son-incompatibilité-démocratique car l’hégémonie, désormais, va se fonder sur un discours inverse.

Reste à savoir comment ces nouveaux régimes traiteront de la question palestinienne et notamment du Hamas qui dans ce schéma devrait occuper une position d’autant plus centrale, avec possiblement, un changement d’allié (Turquie, Egypte) et comment les USA gèreront les contradictions que cette question va continuer de susciter. Car le noeud demeure.

Bref l’avenir dira ce qu’il en est de ce point de vue.
W.

La Syrie reste au cœur des spéculations

Par Scarlett HADDAD | vendredi, mai 6, 2011, l’Orient le Jour

Alors que l’actualité locale fait désespérément du surplace, les yeux des Libanais restent fixés sur la situation en Syrie. Les approches divergent selon le camp politique. Pour le 8 Mars, le président syrien aurait remporté la manche et son recours à la force, accompagné d’un processus de réformes, aurait porté ses fruits, puisque Deraa serait désormais pacifiée et le calme serait en train de revenir progressivement sur l’ensemble du territoire syrien. Le 14 Mars, lui, donne un tout autre son de cloche, affirmant que la semaine qui s’achève aujourd’hui devrait voir une recrudescence des émeutes qui seraient en train de s’étendre à de nouvelles localités, comme la grande ville d’Alep, restée jusque-là calme, alors que les condamnations de la communauté internationale augmentent et celle-ci se dirigerait vers l’adoption de sanctions importantes contre le régime.
Comme on peut le constater, les opinions sont très divergentes. Mais s’il est encore difficile de se prononcer sur l’issue de ce bras de fer entre le régime syrien et ses opposants (ou ses comploteurs, selon la version officielle), on peut déjà constater que, contrairement à certaines allégations, le régime est soutenu par l’armée, qui est restée unie, et ses services de sécurité, ainsi que globalement par les hommes de religion, et enfin par la bourgeoisie commerçante, soucieuse de stabilité. En face de lui, il est désormais clair que les opposants s’articulent autour des Frères musulmans, qui constituent la force la mieux structurée et la plus étendue en Syrie. Ceux-ci se sont dévoilés à travers des réunions et des conférences de presse données en Turquie.
Certains analystes estiment à cet égard que la nouvelle stratégie de l’administration américaine reposerait justement sur l’utilisation des Frères musulmans dans l’ensemble du monde arabe pour combattre l’Iran et ses alliés. Ces analystes ajoutent que maintenant qu’ils se sont débarrassés d’Oussama Ben Laden, les Américains peuvent de nouveau miser sur le courant islamiste pour juguler l’influence iranienne au Moyen-Orient. Ils auraient confié la mission de rendre les Frères musulmans « fréquentables » au parti au pouvoir en Turquie qui représente un islam moderne jugé tout à fait acceptable par l’administration américaine. Cette dernière devait toutefois auparavant frapper un grand coup pour justifier le recours à ces organisations longtemps considérées comme terroristes et non fiables. Ce fut la mort de Ben Laden, considéré comme l’ennemi public numéro 1 des Américains et de la communauté internationale en général. Les États-Unis ont pendant des années justifié leur appui au régime de Hosni Moubarak en Égypte par le fait que la seule relève possible est formée des Frères musulmans. Ces derniers s’apprêtent aujourd’hui à se lancer dans la prochaine bataille électorale en réclamant la moitié des sièges au Parlement, après avoir formé un parti officiellement laïc, comme l’exige la Constitution du pays. En parallèle, les Frères musulmans de Syrie, qui se sont choisi un nouveau leader, Riyad Chakfa, ont le champ libre à partir d’Istanbul. Championne de l’islam à visage acceptable pour les Américains, la Turquie serait ainsi visiblement appelée à remplacer l’Égypte comme leader des pays musulmans proaméricains dans la région. En même temps, les États-Unis ont rapidement réussi à démanteler ce qui était considéré comme l’axe fort de la région et qui était formé de la Turquie, de la Syrie, de l’Iran et du Qatar. Le Qatar s’est ainsi aligné sur la politique turque qui, elle, ne dissimule pas ses critiques à l’égard du régime syrien. Les responsables turcs estiment ainsi que le régime syrien leur avait promis qu’il ne ferait pas usage de la violence contre les manifestants, mais il n’a pas tenu parole et c’est pourquoi ils ont voulu lui rappeler ses promesses, n’hésitant pas à le pousser à accélérer le processus de réformes et à établir un dialogue avec les opposants. Le Premier ministre turc aurait même proposé au président syrien d’organiser un référendum auprès de sa population pour voir dans quelle mesure le régime jouit de l’appui de son peuple. Bachar el-Assad aurait approuvé la suggestion, mais visiblement, il ne compte pas l’exécuter avant d’avoir achevé la mission sécuritaire contre « les comploteurs ». C’est-à-dire une fois que les jeux seront faits… Le Qatar lui aurait prodigué les mêmes conseils, mais le régime a préféré choisir la voie de la solution militaire. Le ministre syrien des AE Walid Moallem s’est d’ailleurs réuni avec les diplomates accrédités à Damas pour expliquer, documents à l’appui, l’existence d’un complot contre le régime, qui aurait profité de la vague de liberté dans le monde arabe pour tenter de le renverser. A-t-il réussi à convaincre ses interlocuteurs ? Nul ne saurait l’affirmer, mais le régime ne veut plus reculer, tout en promettant d’accélérer le processus des réformes dès la fin des opérations militaires. Le parti Baas devrait tenir très bientôt un congrès général et la loi sur le multipartisme serait à l’ordre du jour. S’il a perdu l’appui de la Turquie et du Qatar, le régime syrien cherche désormais à se rapprocher de l’Égypte, alors que les liens étaient quasiment rompus avec le régime de Hosni Moubarak. Les mêmes analystes estiment ainsi que c’est l’une des raisons pour lesquelles aussi bien la Syrie que l’Iran ont facilité la réconciliation interpalestinienne restée impossible pendant quatre longues années. Même affaiblie, la Syrie a encore plus d’un tour dans son sac et les Libanais n’en ont pas fini de spéculer sur la situation dans ce pays. Et si la nouvelle stratégie américaine dans la région, annoncée récemment par la secrétaire d’État Hillary Clinton, devait effectivement reposer sur une alliance avec les Frères musulmans « relookés », le camp adverse prépare lui aussi sa riposte. Tiraillé entre ces deux courants contraires, le Liban, lui, est plus que jamais paralysé.