Gilets jaunes Nation-Bastille

Gilets jaunes Nation-Bastille

RV à 13H sur le cour de Vincennes, à l’entrée de la place de la Nation. Distribution de tracts : « L’Education nationale en gilet jaune : Solidaires et en colère, contre l’injustice fiscale, les inégalités sociales et le mépris de classe ».
Environ 25 collègues enseignants des bahuts du secteur (collèges-lycée). Le petit réseau formé au fil des luttes depuis 2016, extrême-gauche/France insoumise/syndicalistes révolutionnaires. On a enfilé nos gilets jaunes et on se déploie sur l’avenue à l’entrée de la place. Le concert de klaxon est immédiat, les encouragements constants, ce sont les automobilistes qui provoquent le ralentissement pour prendre nos tracts (avec un public très varié mais beaucoup d’ouvriers-artisans qui bossent le samedi). Parmi les piétons, de nombreux groupes de paroles se forment. Je n’ai jamais vu cette ambiance depuis 1995, on pensait que ça valait le coup mais pas à ce point !
A 14h30 plus de tracts, nous sommes quelques-uns à aller à Bastille tandis que les autres rejoignent la manif contre les violences faites aux femmes. A Bastille, près de 200-250 gilets jaunes sont en train de se rassembler. Des rescapés des Champs-Elysées écœurés qui racontent leurs aventures de la matinée : « On était assis les mains en l’air, ils nous ont gazé direct. Après c’est normal, certains n’ont pas eu envie de se laisser faire. Maintenant c’est clair, ils ont eu les images qu’ils voulaient faire passer à la télé pour nous discréditer ».
Le filtrage est bon enfant. Des gens de province insistent : dans notre coin, ils ont supprimé les trains au dernier moment, ceux qui ont pu venir sur Paris, ce sont ceux qui ont pu organiser le co-voiturage ou se le permettre. Puis les bleus arrivent. L’ambiance est tout de suite électrique, avec plutôt la volonté de ne pas se laisser faire. Mais les CRS restent au bord de la place dans un premier temps (ils ne sont qu’une trentaine…). Les gens reprennent confiance et sont moins dans l’invective : « la police avec nous ». Ils chantent la Marseillaise : « nous sommes le peuple », « c’est nous qui vous payons avec nos impôts », « vive la révolution », « Macron démission ». En permanence revient la question de qui est légitime : « ils ne veulent pas qu’on manifeste, c’est la dictature ».
Les CRS finissent pas se déployer et font leur sommation avant de charger. Une dizaine de motards entre en action pour mettre la pression sur les flics tandis que les gens font le tour de la place, encerclent les CRS un peu pris au piège (sans doute pas clairement décidés non plus). Le contact à deux doigts de la moustache dure une vingtaine de minutes, le doigt sur la gazeuse, puis les flics décident de dégager à nouveau sur le bord de la place. Les gens applaudissent : « Lâche ton casque, viens avec nous ! », « on est des salariés comme vous, on a les mêmes problèmes ». Les gens reviennent au contact et quelques CRS acceptent de discuter : « Mais madame, si on se mettait de votre côté, on se ferait immédiatement désosser par nos officiers ! », « Mais monsieur, faut nous les envoyer vos officiers, on va s’en occuper, on ne va pas vous laisser tomber ! ».
Pendant près de 1h30, j’ai été avec mon badge du NPA (sur Macron) bien en évidence, pas une seule remarque (dans aucun sens d’ailleurs !). Quelques camarades de LO avec leurs badges anonymes sur les augmentations de salaire. Quelques collègues sont allés de groupe en groupe pour écouter, discuter, débusquer les éventuels racistes. Peine perdue. Un mec néanmoins a bien le look facho avec sa croix de fer autour du cou. Un moment il veut jouer les conseilleurs sur comment faire avec les flics (plutôt pour aller à la confrontation…) mais personne ne l’écoute vraiment. C’est horizontal et ça se voit.
Et puis brutalement, c’est le mot d’ordre (venu d’où ?) : tous à la gare de Lyon ! Une belle petite manif et nouveau blocage. En attendant que les bleus rappliquent à nouveau, il se dit que qu’aller à Bercy serait pas mal non plus « les flics n’ont qu’à courir, et puis il faut qu’on nous voit partout ». Je finis par décrocher convaincu par ce que j’ai entendu : « de toute façon on va revenir, on n’a rien à perdre ». L’ambiance est fraternelle, la colère intacte.

Jean-François

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