Bordeaux: tensions entre associations juives , suivi d’un commentaire de Michel Warschawsi en défense de Houria Bouteldja

“L’affaire” déclenchée par la LICRA continue d’alimenter les gazettes. Ci-dessous le lien vers un site d’extrême droite local.

Puis le texte paru ce soir sur le site du Monde pour les abonnés. Une précision: Marik Feytout invente la réunion que j’aurais -André Rosevègue- tenue avec le CRIF, alors que le débat qui s’est tenu fort correctement dans un café et dont on voit la photo est bien réel, il y a quelques années).

J’ajoute l’article du jour de Sud-Ouest et pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore eu le texte de Mikado (Michel Warschawski) à propos de la fameuse phrase de Houria “nul n’est israélien innocemment“.

L’UJFP-Aquitaine sortira un communiqué de presse.

Licra-UJFP : tensions entre associations juives à Bordeaux


Polémique à Bordeaux autour d’une commission contre le racisme et l’antisémitisme

LICRA, UJFP: tensions entre associations juives à Bordeaux

http://www.infos-bordeaux.fr/2021/actualites/licra-ujfp-tensions-entre-associations-juives-a-bordeaux-11590

Le Monde

Polémique à Bordeaux autour d’une commission contre le racisme et l’antisémitisme
La Licra a fait savoir qu’elle ne participerait pas au plan de lutte de la mairie en raison de l’invitation faite à l’Union juive française pour la paix, qui se revendique antisioniste.

Par Claire Mayer(Bordeaux, correspondante)
Publié aujourd’hui à 17h40

Le mot « antisémitisme » ne sera pas supprimé de la commission Mémoires et lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Par cette décision, le maire de Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic, a tenté, lundi 11 janvier, d’éteindre la polémique née quelques jours plus tôt. A l’issue d’une réunion, le 6 janvier, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a en effet annoncé qu’elle quittait la commission municipale de lutte contre les discriminations, et le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a menacé de suivre.
En cause, la présence de l’Union juive française pour la paix-Aquitaine (UJFP), qui se revendique antisioniste et est proche du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), et sa demande de supprimer le terme « antisémitisme » de l’intitulé de la commission. « L’UJFP est une organisation juive, laïque, antisioniste, et nous considérions dommage que soit gardé le syntagme “contre le racisme et l’antisémitisme”, qui fait de l’antisémitisme un racisme à part ; nous pensons que, dans la lutte contre le racisme, cette mise à part de l’antisémitisme est contre-productive », explique André Rosevègue, porte-parole de l’UJFP local.

Les désaccords qui opposent l’association au CRIF-Bordeaux-Aquitaine et à la Licra sont profonds. « L’actualité récente de l’UJFP est revenue sur le devant de la scène pour avoir publié le billet d’Houria Bouteldja [la fondatrice du Parti des indigènes de la République] sur Miss Provence, qui a défrayé la chronique et entraîné le retrait du contenu sur Mediapart. Si c’est ça la lutte contre l’antisémitisme voulue par la mairie de Bordeaux, ça pose question », dénonce Stéphane Nivet, délégué général de la Licra. Albert Massiah, président du CRIF-Bordeaux-Aquitaine, ajoute qu’il « ne peut pas travailler avec une association qui a soutenu dans une tribune les propos d’Houria Bouteldja, qui se déclare antisioniste et, dans ses déclarations, politise le débat ». Dans son billet, Houria Bouteldja revenait sur les attaques dont a été l’objet April Benayoum, Miss Provence au concours Miss France, du fait de ses origines israéliennes. « On ne peut être israélien innocemment », avait-elle écrit.

Des divergences bien connues

Lancée pendant le mandat d’Alain Juppé, la commission Mémoires et lutte contre le racisme et l’antisémitisme avait l’ambition de mettre en place un « plan d’actions concrètes » à Bordeaux, qui n’a jamais vu le jour. Désireux de reprendre le projet, l’adjoint au maire Olivier Escots invite les mêmes acteurs à siéger autour de la table. Mais en y ajoutant de nouveaux invités, notamment l’UJFP-Aquitaine. « Olivier Escots nous a expliqué qu’il souhaitait garder les membres de la commission qui existaient avant l’élection, mais y ajouter d’autres personnes, raconte André Rosevègue. Je lui ai précisé que si je venais dans cette commission, ce serait en tant que porte-parole de l’UJFP-Aquitaine, ce à quoi Olivier Escots m’a dit qu’il en était ravi. Je lui ai dit que cela risquait peut-être de poser des problèmes à d’autres membres. Sa réponse a été qu’il était ferme sur cette question, qu’il fallait élargir à d’autres forces que celles qui étaient antérieurement déjà dans la commission. »

Les autres participants ont découvert les nouveaux invités lors de la réunion du 6 janvier. « On peut comprendre que, pour des raisons politiques, on modifie la liste des membres, mais il n’y a eu ni concertation ni discussions en amont », déplore Albert Massiah. Les divergences entre l’UFJP, le CRIF et la Licra étaient pourtant bien connues de la municipalité. « Quand je suis devenu adjoint au maire de Bordeaux il y a six ans et demi, j’avais invité tous les acteurs du monde associatif, développe Marik Fetouh. Dans le listing, il y avait l’UJFP, et nous avons invité André Rosevègue. Nous nous sommes rendu compte qu’il était dans un discours extrêmement prosélyte sur le conflit israélo-palestinien. Il a beaucoup attaqué la Licra et la réunion a fini un peu en pugilat. »
Le groupe d’opposition mené par Philippe Poutou (NPA) à la mairie de Bordeaux a communiqué son soutien, le 12 janvier, à l’UJFP-Gironde. Pour tenter d’éteindre ce nouveau brasier municipal, le maire Pierre Hurmic a annoncé lundi qu’« afin de clarifier et garantir la sérénité des travaux de cette commission » il proposerait, « à l’ensemble de ses membres, une charte qui les engagera à consacrer leurs travaux à la mise en place d’actions locales visant à lutter effectivement contre le racisme et l’antisémitisme ». Avant de préciser, au Monde : « On s’arrangera pour que la charte soit suffisamment exigeante afin que cette commission soit vraiment engageante. »

Claire Mayer(Bordeaux, correspondante)

A ma camarade Houria Bouteldja
Michel Warschawski 11 janvier 2021 Analyses, opinions & débats
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https://ujfp.org/a-ma-camarade-houria-bouteldja/

Non, on n’est pas innocemment Israélien. La responsabilité collective, ça n’existe pas. Chaque individu est responsable de ses actes, de ses non-actes, de ses silences plus ou moins complices. Cette vérité ne doit pourtant pas en cacher une autre : une société peut être évaluée, jugée, en fonction du comportement de la majorité qui la compose.

L’Allemagne a été nazie entre 1933 et 1945, la France collaboratrice entre 1940 et 1944, l’Afrique du Sud a été une société d’apartheid. Ces définitions sociétales mettent d’ailleurs en valeur les minorités qui se sont mises à contre-courant, souvent au prix de leur liberté ou de leur vie. Pendant l’Apartheid, on ne peut être blanc sud-africain innocemment, ou Français innocemment pendant l’empire colonial : soit on se bat, soit on collabore au crime, ne serait-ce qu’en fermant les yeux. Celui qui a longtemps été la conscience d’Israël, le Professeur Yeshayahou Leibovitz, a défini le courage comme la capacité d’aller à contre-courant et de ne pas craindre le qu’en dira-t-on ; c’est ainsi qu’il décrivait les soldats réfractaires de la guerre du Liban.
De même ne peut-on être innocemment Israélien, alors que notre régime est colonial et sa politique une politique d’apartheid : soit on se bat contre le colonialisme, soit on perd son innocence. La société juive-israélienne, dont l’immense majorité soutient, activement ou passivement, la politique coloniale ne peut donc clamer son innocence. Et qu’on ne vienne pas brandir les quelques milliers de Juifs israéliens qui résistent aux côtés des Palestiniens : ils sauvent leur dignité individuelle, mais ne forment pas la masse critique qui justifierait de parler de deux Israël, un colonial et un anti-colonial.

Masse critique, tout est là. Revenons à mes sources culturelles, en l’occurrence la Bible. Le chapitre 18 de la Genèse raconte l’extraordinaire plaidoirie d’Abraham pour sauver Sodome que Dieu a décidé d’éradiquer pour le mal que commettent ses habitants. ‘’S’il y’a 50 Justes a Sodome, épargneras-tu la ville ?’’ Oui, répond  le Seigneur. ‘’Et 40 ?’’ Oui. ‘’Et 20 ?’’ Oui ‘’Et 10 ?’’ Oui. Mais comme Juste, il n’y avait que Lot. Trop peu pour justifier d’épargner la ville. Sodome est dans sa totalité une ville pécheresse. Remarque d’actualité : c’est son attitude envers les étrangers (les migrants  dirait-on aujourd’hui) qui a fait de Sodome la ville à éradiquer.

Il y a eu des moments dans l’histoire moderne du pays où l’on pouvait, où l’on devait, parler de deux Israël : pendant la guerre du Liban, par exemple, ou encore dans les années quatre vingt-dix autour de la question  de l’occupation coloniale et de la reconnaissance de l’OLP. Ce sont des moments où le consensus national s’est cassé en deux, deux camps qui se battaient entre eux pour déterminer la politique à suivre. Notre camp a gagné la première de ces batailles, mais perdu la seconde, suite à la trahison de sa direction (‘’les offres généreuses’’ de Barak). On ne s’en est pas remis, et le dit ‘’mouvement de la paix’’ s’est évaporé. Notre châtiment est le régime semi-fasciste de Netanyahou, la corruption généralisée et l’écroulement des institutions partiellement libérales qui caractérisaient l’ancien régime.
Clairement : on ne peut être innocemment israélien, car l’État d’Israël est un régime colonial d’apartheid, et la société israélienne l’accepte, même si pour beaucoup c’est avec un goût amer dans la bouche.

C’est le mérite de Houria Bouteldja de l’avoir dit, sans craindre – pour reprendre l’expression de Yeshayahou Leibovitz – le qu’en dira-t-on,  ou les chasses aux sorcières.

Michel Warschawski
11 Janvier 2021

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