Les médias parlent parfois du sort des étrangers dits sans-papiers, dont certains ne voient de la France que les Centres de rétention administrative, et des Français solidaires, mais ça reste un peu abstrait.

Il se trouve qu’on a été engagé depuis le 7 octobre dans la solidarité avec un couple qui transitait en France de retour d’Espagne, interceptés en gare de Strasbourg par les diligents services de police qui traquaient la “grande criminalité transfrontalière” excusez du peu.

Je ne sais pas s’ils en attrapent beaucoup des grands criminels transfrontaliers, mais à défaut, avec leur filet à maille extra large, ils tombent facilement sur des étrangers de passage. Les pauvres ignorent sans doute que la France ressemble plus à celle de 1938, sous les lois xénophobes de Daladier, ou pire à 1940 sous celles antisémites de Pétain, qu’à celle des droits de l’homme.

Alors pour informer de première main, sur cette politique et ses effets ainsi que sur les tracas causés, mais aussi sur la solidarité en acte, repassons le film de la journée.

Il s’agit du coule russo-géorgien dont la Feuille de Chou a parlé ici déjà.

http://la-feuille-de-chou.fr/?p=12110

http://la-feuille-de-chou.fr/?p=12144

A 9 h ce matin, j’ai cherché Olga au Neuhof où elle avait été logée 4 nuits, son séjour en ce lieu s’achevant. heureusement pour elle, les réseaux de solidarité s’étaient mobilisés et elle avait une nouvelle adresse de destination le jour même pour une durée de 10 jours.

Mais elle ne pouvait s’y rendre qu’à 16h.

A 9h30 achat d’un téléphone portable à Auchan vu que le sien, espagnol, ne fonctionnait pas de ce côté des Pyrénées.

Puis, passage au Consulat de Russie, afin d’apporter les photos d’identité manquantes pour la demande de passeport déposée vendredi dernier afin qu’elle puisse rentrer chez elle en Russie. Une file de 7 à 8 personnes dans le couloir surchauffé du Consulat, place Brant.

Rappelons que grâce à sa grossesse elle avait échappé, contrairement à son compagnon, à la rétention au CRA de Geispolsheim. Mais bien entendu, l’administration préfectorale qui avait “la bonté”, grâce au certificat médical,de ne pas la mettre derrière les grilles, n’allait tout de même pas se préoccuper de son hébergement. Le Préfet sous-traite en réalité ce genre de problèmes bassement matériels aux réseaux de solidarité.

Vers 11h, Olga peut se reposer et déjeuner chez un bénévole. Vers 15 h, départ vers le nouvel hébergement assuré par les réseaux protestants dans une petite ville alsacienne. Un pasteur et 4 autres bénévoles sont au comité d’accueil. Olga découvre son studio, beaucoup plus confortable que le petit appartement partagé avec deux autres femmes au Neuhof.

A peine arrivés, nous recevons l’annonce de la libération, sous ultimatum, de son compagnon, Ivan, par la Cour d’Appel de Colmar. Nous ne savons pas où il se trouve, mais apprenons rapidement que les méthodes de la gendarmerie affectée au CRA ont changé. Jadis, il y a peu, ils ramenaient les retenus, après libération éventuelle par le tribunal, au CRA afin qu’ils prennent leurs bagages et les lâchaient devant les grilles. Pas évident de s’y retrouver pour des gens ne parlant pas français afin de revenir sur Strasbourg. Il y a un bus sur l’arrière du Leclerc de Geispolsheim.

Mais la nouveauté, c’est que maintenant, ils font voyager les retenus jusqu’au tribunal avec leurs bagages et qu’ils les lâchent devant le tribunal. Donc Ivan s’est retrouvé devant la Cour d’Appel de Colmar “libre”.

Comme il demandait aux gendarmes s’ils ne pouvaient pas le ramener vers Strasbourg, ceux-ci ont argué des problèmes d’assurance au cas où il y aurait un accident.

Le temps de trouver la gare de Colmar peu éloignée heureusement de la Cour d’Appel, et un train, vers 18h30 il était à la gare de Strasbourg où, après un appel téléphonique, il a été récupéré.

Dernier épisode de la journée: un nouveau trajet vers la petite ville alsacienne où enfin Olga et Ivan ont pu s’embrasser, “libres”avant de passer leur première nuit depuis le 6 octobre.

C’est là qu’on a découvert qu’ Ivan avait certes été libéré du Centre de Rétention de Geisposheim, et qu’il pouvait à nouveau retrouver sa compagne enceinte de 7 mois, mais qu’il était porteur d’un ultimatum de la PAF lui enjoignant de se présenter sous 48 h à la PAF (Police de l’Air et des Frontières) de Strasbourg-Entzheim, qui avait conservé son passeport, afin d’être “reconduit” comme disent les keufs, expulsés comme on dit, vers sa Géorgie natale.C’est ainsi qu’une journée de bénévolat commencée à 8h30 au Neuhof s’achevait vers 20 h pour ceux qui avaient pris en charge le couple.

Demain, 12 octobre, c’est grève, reconductible, on espère, et manifestation. Mais ce qui est sûr, c’est que ni la PAf, ni la police ni la gendarmerie , ni leurs chefs ne se mettront en grève de la reconduite des étrangers hors de France.

Alors engagez-vous rengagez-vous dans l’aide bénévole aux étrangers pourchassés par notre ex beau pays…