Jeunes dans le mouvement social

La coordination nationale étudiante pour une journée d’action le 4 novembre

Le 24/10/2010 à 21:04

La coordination nationale étudiante, réunie samedi et dimanche au Mans, a appelé à une nouvelle journée de grève et de manifestations le 4 novembre, jour de la rentrée des lycéens, a-t-elle annoncé dimanche dans un communiqué.

Les quelque 200 délégués de 40 universités ont par ailleurs invité les jeunes à participer à la journée de manifestation de mardi, en dépit des vacances de la Toussaint dans certaines universités, et aux journées du jeudi 28 octobre et samedi 6 novembre, selon le communiqué.

“La possibilité de faire céder le gouvernement et d’obtenir le retrait” de la loi sur la réforme des retraites “devient réellement crédible”, écrivent les étudiants, qui souhaitent “amplifier le mouvement et aller vers un blocage total du pays, par la grève d’une majorité de jeunes et de salariés”.

“Le mouvement contre le CPE (Contrat première embauche, ndlr) a prouvé qu’il était possible d’obtenir le retrait d’une loi même après son vote”, soulignent les délégués dans leur communiqué.

Selon la coordination, plus de quarante universités sont mobilisées contre le projet de réforme des retraites, dont une vingtaine en grève et une dizaine bloquées.

La prochaine coordination nationale se tiendra les 6 et 7 novembre à Paris-13 Villetaneuse, selon la même source.

© 2010 AFP

lu dans Politis

Source : “Politis”, 21 octobre 2010

La jeunesse en quête d’avenir

jeudi 21 octobre 2010, par Pierre Duquesne

La crainte d’un futur sombre et un ras-le-bol vis-à-vis de la politique du gouvernement ont poussé lycéens et étudiants à entrer dans la mobilisation.

Constance est plus habituée aux harmonies de son instrument de musique, la harpe, qu’aux tonitruants pétards lancés par les cheminots et les postiers. Le 13 octobre, cette étudiante en lettres de l’université Paris-III figure pourtant dans cet impétueux rassemblement devant le Sénat pour demander le retrait de la réforme des retraites. La jonction entre la jeunesse et les salariés s’est bel et bien opérée, comme lors des grandes démonstrations des 12, 16 et 19 octobre. À Saint-Nazaire, des centaines de lycéens se sont rassemblés devant le chantier naval en compagnie de salariés de STX et d’Airbus. Le 14, à Toulouse, les lycéens défilaient avec les salariés en dehors de tout appel à manifestation nationale. Le lendemain, un comité a été créé à Saint-Denis par une assemblée générale de l’université Paris-VIII mêlant syndicats de salariés et d’étudiants.

Si l’arrivée des jeunes dans les cortèges a donné un second souffle au ­mouvement social, Jean-François, employé Biatoss (bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers de service et de santé) de l’université Paris-VIII, notait, en fin de semaine dernière, qu’on était encore loin des grands mouvements étudiants. À Nanterre, qui n’est pas la fac la moins effervescente, Caroline, militante à l’Unef et membre du NPA, soulignait l’attentisme de certains étudiants. Thibault est l’un des rares de sa promotion de l’IUFM de Paris à défiler. « Tout le monde ne se sent pas encore concerné, et beaucoup estiment qu’il y aura un changement en 2012 et que cette réforme va sauter. »


« Une mobilisation, ça se construit ! » Tel fut donc le message de la numéro 2 de l’Unef, Anna Mélin, devant la centaine d’étudiants mobilisés à « Tolbiac la Rouge » le jeudi 14. À Paris-VIII, 200 étudiants se réunissaient en assemblée générale dès la semaine de rentrée. Aux AG suivantes, ils étaient deux fois plus nombreux. Amaël, militant à SUD-Étudiant, s’en félicite : « Pour le contrat première embauche, cela avait pris des mois. La réforme avait été adoptée en août [2005], et ce n’est qu’en février [2006] qu’ont eu lieu les premières manifestations. » Depuis le mois de mai, en effet, les organisations progressistes de jeunesse font front, contrairement à ce qui s’était passé avec le mouvement contre la loi d’autonomie des universités. Mardi, Jean-Baptiste Prévost, président de l’Unef, se réjouissait d’une montée de la mobilisation, avec « beaucoup d’étudiants en AG ».

L’amplification du contingent de jeunes dans la mobilisation est surtout, jusque-là, le fait de lycéens. Selon l’Union nationale lycéenne (UNL), lundi, le mouvement se maintenait dans quelque 550 lycées paralysés. Le lycée Voltaire, à Paris, est systématiquement bloqué. À chaque fois, c’est le même rituel. Peu avant 8 heures, les lycéens arrivent au compte-gouttes, traînant chacun un conteneur à poubelles de la mairie de Paris, immédiatement aligné devant l’entrée. Mais, à l’issue de chaque blocage, Clémence, élève de seconde à la pointe du mouvement, peine à donner des perspectives. Son organisation, l’UNL, n’a appelé qu’à des actions lors des journées organisées par l’Intersyndicale nationale de salariés. Aucune coordination nationale ou parisienne de lycées n’a été créée.

Clémence et ses camarades sont abandonnés à leur spontanéité. Un sit-in sur la chaussée devant le lycée, ou des déplacements au gré des SMS ou des appels Facebook. Chaque jour, des manifestations sauvages surgissent dans la capitale. En province, le sport national lycéen devient l’envahissement des ronds-points. Devant la contagion de débrayages dans les lycées, une action commune est lancée avec l’Unef devant le siège du Medef à Paris. Décidée au dernier moment, elle ne rassemblera qu’un millier de jeunes, concurrencée par d’autres rendez-vous.

Depuis 1968, le pavé a été recouvert d’asphalte, et les Flash-Ball ont succédé aux voltigeurs, mais le zèle policier et le discours autoritaire du gouvernement sur la jeunesse ont peu changé. Entre une déclaration de Nadine Morano dénonçant « l’irresponsabilité des parents de manifestants » et celle de Luc Chatel estimant que « manifester est dangereux », la répression s’est abattue massivement sur les cortèges. À Saint-Denis, des élèves ont été gazés devant l’entrée de leur lycée, situé loin du centre-ville, où sévissaient quelques casseurs. Les violences policières ont dépassé le département de Seine-Saint-Denis et son préfet policier. Depuis lundi, les affrontements se sont multipliés dans plusieurs villes, dont Lyon et Nanterre. À Besançon comme à Caen, des professeurs ont débrayé pour protester contre le comportement de la police envers leurs élèves.

Hors du 9-3, un ras-le-bol général vis-à-vis de Nicolas Sarkozy mobilise aussi. Emmy Cataïfé, étudiante en classe préparatoire, participe aux manifs « pour les retraites et pour le reste. La politique sécuritaire, le traitement réservé aux Roms ou la casse du service public, c’est toute une politique qui me choque de plus en plus ». « 41,5 annuités quand le premier CDI moyen pour les jeunes est à 27 ans, cela fait presque 69 ans ! La cible principale de cette réforme, c’est bien la jeunesse ! », estime Grégoire, étudiant en histoire. « Si les dirigeants arrivent à faire passer cette réforme, prévient Chloé, de SUD-Étudiant, ils pourront supprimer tous les acquis sociaux. » Sacha Feieraben, syndiqué à l’Unef à Villetaneuse, ne dit pas autre chose : « Notre génération a droit à une double peine : on nous offre le chômage et la casse des droits sociaux. »

Derrière un ras-le-bol général et l’envie d’en découdre, le principal ressort de la mobilisation est celui du droit à l’avenir de la jeunesse. « Avec la question des retraites, on fait très vite un rétroplanning de notre vie, explique Caroline, militante de l’Unef et du NPA à Nanterre. D’abord les stages, puis les CDD. Et si, par chance, on échappe au chômage, on aura un salaire faible et une retraite pire encore… Aujourd’hui, mes parents m’aident à hauteur de 500 euros par mois. Mais qui dit que je ne vais pas, avec cette réforme, devoir les aider ? »

Coordination lycéenne

Nous, lycéens de 8 villes réunis en coordination nationale le 24 octobre 2010, constatons l’ampleur de la mobilisation dans la jeunesse. Les manifestations des jeudi 14 mardi 19 octobre et jeudi 21 ont été une réussite pour tous, mais plus particulièrement pour les lycéens, qui étaient plusieurs dizaines de milliers dans les cortèges. Nous refusons d’être une génération sacrifiée, de nous résigner à un avenir de misère et de précarité. Nous faisons peur au gouvernement, car nous nous sommes nombreux et nous donnons confiance au reste des travailleurs pour qu’ils continuent la mobilisation, ce gouvernement qui n’hésite pas à employer une répression brutale à notre encontre : arrestations, lycéens blessés…

Cette réforme est injuste, car elle fait payer aux travailleurs le prix d’une crise dont ils ne sont pas responsables. Pour ceux qui ont un emploi elle signifie se tuer à la tâche, et pour ceux qui en sont privés ou qui n’en n’ont pas encore comme les jeunes elle est synonyme de plus de chômage. Il nous faut des emplois et des vrais salaires. Au contraire, le gouvernement supprime des postes, notamment dans l’Éducation nationale. Pour les jeunes, c’est la double peine : éducation au rabais pour se retrouver au chômage.

Nous ne nous laisserons pas faire ! Chaque jour, des manifestations ont lieu dans de nombreuses villes : manifestations de lycéens, mais aussi avec les autres secteurs en grève. Les grèves reconductibles qui se multiplient dans différents secteurs (transports, raffineries, éducation, communaux.) rendent crédible la possibilité de faire céder le gouvernement et d’obtenir le retrait de la loi. Mais pour cela, il ne faut pas relâcher la pression malgré les vacances et le vote de la loi au Sénat. Avec l’exemple du mouvement contre le CPE, nous savons qu’il est possible d’obtenir le retrait d’une loi déjà votée.

C’est pourquoi, nous appelons les lycéens a rester mobiliser pendant les vacances en participant aux manifestations et actions organisés par les autres secteurs et en continuant à se réunir en comité de mobilisation, coordinations lycéennes locales. Dès maintenant, nous appelons à une nouvelle journée de grève et de manifestation le mardi 9 novembre. A ces occasions, nous appelons l’ensemble des lycéens qui ne sont pas encore mobilisés à rejoindre la grève. Nous invitons aussi l’ensemble des autres secteurs mobilisés à participer à ces échéances.

Pour que la mobilisation se poursuive et pour que les lycéens prennent en main leur propre lutte, il faut la structurer et la coordonner. Nous invitons l’ensemble des lycéens à organiser des assemblées générales sur leur lycée, pour organiser le mouvement localement et pour préparer des cortèges et banderoles par lycée. Nous invitons les lycéens à organiser des coordinations entre les lycées d’une même ville, département ou région afin de décider d’actions communes et de s’entre aider.

Nous appelons à une nouvelle coordination nationale lycéenne le week-end des 13 et 14 novembre à Paris.

Nous invitons l’ensemble des lycéens mobilisés à développer des liens avec les autres secteurs mobilisés étudiants et salariés en participant à des cortèges communs dans les manifestations, à des actions communes pour étendre la grève ainsi qu’aux AG interprofessionnelles qui existent. Nous invitons les lycéens à prendre contacts avec les cheminots grévistes pour organiser des actions communes dans les Gares le vendredi 5 novembre.

Le mouvement doit s’accélérer et s’amplifier pour aller vers la grève générale, seul moyen de faire céder le gouvernement.

Nous exigeons :
– Retrait de la loi
Retraite à 60 ans à taux plein
à 37,5 annuités
prise en compte de la pénibilité au travail
prise en compte des années de formation et des périodes d’inactivité forcée dans le calcul des annuités

Forum de la CNL : http://lecrc.forumactif.fr

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