Petite étude de la participation quotidienne éventuelle de la page Faits divers-Justice des Dernières Nouvelles d’Alsace à la xénophobie d’État:

 

C’est tous les jours pareil, mais qui le remarque, et le clame?

 

Les lecteurs des DNA, comme ceux des autres médias sont friands de faits divers, pour des raisons que les sociologues (et les psychanalystes) expliquent très bien.

 

Or il ne se passe pas de jour que le diable fait, sans que la page Fait divers, même au printemps, en été, en automne, ne semble participer, souterrainement, mais systématiquement, à la xénophobie ambiante, et faire donc le jeu délétère du F-HAINE, et autres fasciste en complet-veston et robe à fleurs, qui n’ont pas besoin d’en rajouter, puisque le boulot est fait par d’autres, de SarkoGuéant aux médias.

 

C’est ainsi que la vague brune, déguisée en bleu marine (la couleur de la droite traditionnelle) peut se construire une image « sociale », nationale-sociale,[-iste?] même…

 

Tiens, ça me rappelle quelque chose! Pas toi?

 

Ce mardi 30 mars, en page 3 du cahier local LST03 des DNA, on peut ainsi lire quatre faits divers mis en relief, plus trois autres en plus petits dans la colonne de gauche (topologiquement, bien sûr).

 

Premier exemple

 

Une distributrice de publicité [a été] agressée sexuellement ».

 

C’est bon, ça, coco, pas pour la victime évidemment, mais pour le tirage du journal.

 

« …elle a été abordée par un individu à vélo. »

« …le cycliste s’est lancé à ses trousses..; »

« …il lui a touché les… »

« L’individu a été interpellé… »

« Placé en garde à vue, il a été examiné... »

« Le suspect âgé de18 ans..; »

 

Son nom n’est pas cité.

 

Deuxième exemple:

 

« L’héroïne, ‘un poison qui cause votre ruine’.» ” C’est un prévenu malingre…il avoue se droguer… »

« Ce trentenaire…C’est un prévenu malade…Monsieur a besoin d’un suivi…le prévenu a été condamné…Il a l’obligation de se soigner.

 

Son nom? Pas cité.

 

Troisième exemple

 

« Interdit de séjour en France, il réapparaît à Strasbourg ».

 

Là, on a affaire, dès le titre, à un pas français. Car si un Français peut être interdit de séjour dans une zone délimitée en France, seul un étranger peut l’être sur tout le territoire.

 

L’article commence par le nom, manifestement pas, comme dirait la police, de « consonance française », ce qui ne signifie pas qu’il n’est pas français, on n’en sait rien, mais son nom ne « sonne pas français [comme Mariani, par exemple, ou Sarkozy, ou Devedjian…]. On ne le citera pas, bien sûr: on n’est pas aux DNA ici.

 

« Il a été condamné hier à quatre mois de prison ferme pour être venu à Strasbourg malgré une interdiction définitive du territoire… »

 

« …bien connu de la justice, il a bravé cette interdiction pour voir sa femme et son fils » [bon père, bon époux, donc] mais proxénète.

 

« Dehors les proxénètes étrangers »?

« Proxénétons français »?

 

Quatrième exemple

 

« Un casier judiciaire lié à son alcoolisme’ »

 

. »..il était sous l’emprise de l’alcool… »

« …il n’a pas pris son traitement…»

 

Puis dernier paragraphe: le nom du prévenu, condamné, un patronyme arabe, qui, là encore, ne préjuge pas de sa nationalité, est cité . Pas ici.

 

Bilan provisoire des courses: deux sont cités, deux ne le sont pas. Selon quel critère?

 

On suggère à Bernard Delattre, de poser, pour un prochain lundi, la question de savoir s’il est normal (et légal) de ne donner les noms des prévenus et condamnés que lorsqu’ils sonnent « étranger ».

 

Et pour départager les gagnants, que les lecteurs devinent l’origine ou la nationalité des deux dont le nom n’est pas cité…

 

Elsaesserditsch oder Franzözich?

 

Dans la colonne de gauche du Chournal, on a relevé trois autres faits divers.

 

« Un individu a arraché le porte-feuille…il s’est enfui…le voleur a été placé en garde à vue…Il a reconnu les faits…Il sera jugé... »

 

Son nom?

Mystère et boules de gomme.

 

« Quatre SDF... [leur nationalité est citée]….ont été arrêtés. Ils étaient en train de dérober des métauxLes quatre hommes sont convoqués… »

 

Et en-dessous,

 

« Deux individus alcoolisés…ont été interpellés en flagrant délit de vol d’une roue de vélo... Ils ont par ailleurs renversé plusieurs tables et chaises ainsi que des vélos…Les mis en cause s’expliqueront… »

Leur noms? Pas cités!

Encore des Français ou des Alsaciens?

 

Bilan provisoire

 

De deux choses l’une, ou bien le journal veut faire croire qu’il n’y aurait de délinquants qu’étrangers, ou portant des patronymes réputés étrangers, ou bien il y a deux poids deux mesures dans le Journal: les noms des prévenus, mis en cause, ou condamnés ne seraient cités que si leur consonance n’est pas d’ici?

 

Qu’on nous rassure!

 

Acrimed-Schlomo

http://acrimed.org

30 mars 2011