Néolibéralisme, colonisation de la pensée

Néolibéralisme, colonisation de la pensée

Avec Dominique Jacques ROTH, psychanalyste,

auteur de « Economie et Psychanalyse, le progrès en question »

et de « Essai sur la servitude formelle » à paraître en avril 2012.

Invité par l’Association KRITIKOS association née à Mulhouse en 2011

http://www.lalsace.fr/actualite/2012/01/04/kritikos-une-association-pour-developper-la-pensee-critique

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Néolibéralisme : colonisation de la pensée

D.J. Roth aborde le sujet à l’aide des concepts qu’il développe dans son ouvrage à paraître « Essai sur la servitude formelle ». Si le titre paraît savant, l’auteur s’appuie sur une réalité concrète que tout le monde comprend pour le vivre. Si les concepts et les termes qui soutiennent le propos sont ceux de la psychanalyse (la parole, le langage, l’inconscient, …) c’est toujours au service de la compréhension

Comme tous les penseurs, D-J Roth est pessimiste et il précise : les néolibéraux au contraire sont de grands optimistes et ils se portent bien. Après 6 sommets ils font des communiqués triomphant ….puis tout est parterre, mais ils continuent comme si rien n’était arrivé.

L’optimisme est une façon de se désolidariser de la misère du monde.

Voici pêle-mêle ce que j’ai retenu.

L’illustration de son livre « Économie et Psychanalyse » figure Saint Sébastien. Au Moyen-Age il protégeait les hommes de la peste. Nous sommes en présence d’un nouveau type de peste, la peste néolibérale qui empêche la parole d’advenir.

Si les régimes de terreur sont passés maîtres dans l’art de faire parler les hommes (par la torture), le néolibéralisme est passé maître dans l’art de les faire taire.

Prépondérance du domaine financier : le court terme, les intérêts des spéculateurs qui travaillent à dégager des entreprises des plus-values, à faire travailler le moins-payé possible de sorte que le produit excédentaire est accaparé par une minorité.

On a pu croire que la mondialisation ferait un monde meilleur. Malgré les promesses initiées par le siècle des Lumières, les inégalités n’ont cessé de croître.

Séparation : droits du marché contre droits sociaux, la compétition contre le partage et la coopération.

Rapport du FMI en 1996 : 20$/mois est un salaire trop important pour un travailleur africain. 66h/semaine c’est trop laxiste. Dans ces conditions, qui peut concurrencer le travailleur ? Les enfants. Le travail des enfants a été multiplié par 6 en 20 ans.

Organisation Internationale du Travail : une paix durable ne peut-être établie que sur la justice sociale et du respect du bien commun.

La misère sociale depuis la moitié du XIXè siècle ne découle pas d’une loi naturelle mais des institutions. Il n’y a pas de Cour mondiale pour faire respecter le droit du travail ou les droits de l’homme, mais il existe un juge pour faire respecter le droit du commerce.

« On lie des bœufs par les cornes et les hommes par la parole ».

La psychanalyse peut démasquer le langage mensonger, l’infiltration de la langue libérale dans l’inconscient. Le sujet est imprégné par le langage. L’exploitation de l’homme par l’homme passe par le langage.

Science, Technique, Marché (STM par la suite)

Lacan : l’inconscient est le chapitre censuré de notre histoire occupé par le mensonge.

Le Marché a pris une tournure poétique :

« Libéralisme » : vient de liberté mais le signifiant est détaché de son sens historique en latin. Au cœur du libéralisme il n’y a pas de liberté mais une rationalité : efficacité, production, rendement. Un ordre à préservé. Une illusion générée par un mot usurpé et perverti.

Un opérateur de téléphonie : « Nous allons vous faire aimer l’an 2000 ». Il ne s’agit pas d’amour mais de pérenniser le profit.

Le surmoi STM ignore l’éthique du bien commun. La mort et la maladie sont des fonds de commerce. L’espérance de vie diminue aux États-Unis, chantre du libéralisme.

Un chimiste allemand : « Une leucémie crée 9 emplois. Est-ce là notre programme de lutte contre le chômage ? ».

Sur 200 000 médicaments répertoriés par l’OMS 240 sont réellement utiles.

35% du PIB est de la spéculation dont 70% est traitée par des automates. Spéculation sur les prix du riz, du blé, …

Le PIB est l’indicateur des sommes d’argent qui changent de main. Une rivière propre ne contribue pas au PIB. Une rivière sale contribue 3 fois : 1) par le déchet rejeté, 2) par le malade qui va chez le médecin pour soigner ses allergies et intoxications, 3) par la technologie de nettoyage.

Une saine gestion des ressources n’autorise pas le gaspillage.

La Psychanalyse = économie psychologique et non économie compulsion, = être présent avec les autres.

Quels rapports les hommes politiques entretiennent-ils avec le néolibéralisme. L’armement n’est jamais abordé dans les campagnes électorales. La cotation en bourse de l’alimentation de l’humanité valide la dimension criminelle du néolibéralisme.

40 ans d’un discours qui a failli : du Chili aux USA en Grande Bretagne et en Europe.

Aujourd’hui, on nous asphyxie avec la dette grecque alors qu’aux USA quand on produit 1$ on crée 6$ de dette. Aucune politique d’austérité ne pourra juguler cette dette.

On nous dit que pour réduire notre dette qui s’élève à 1700 milliards il faudrait économiser 11 milliards par an. Cela fait une politique d’austérité 154 ans !!! (1700/11 c’est même pas des mathématiques, c’est de l’arithmétique)

Élites incompétentes ou malhonnêtes ou irresponsables. Le livre qui vient qui vient de sortir : « L’oligarchie des incapables » n’est que la reprise de « Le culte de l’incompétence » d’Émile Faguet mort en 1916. http://www.editions-coda.fr/pid43-LE-CULTE-DE-L-INCOMPETENCE

Leur but est de préserver un système à l’agonie, alors qu’il est impossible de régler le problème dans le modèle néolibéral.

Claude Levi-Strauss : l’humanisme a été décrit trop près de la pensée et pas assez du vivant : végétal, animal, humain.

Sauvetage des banques :

Montesquieu « Il ne faut pas prendre au peuple des besoins réels pour des besoins imaginaires ».

Les Grecs réclament une politique pour les humains et non pour les bénéfices.

Sans la connaissance, le sujet de la parole a des difficultés à s’imaginer le sujet de sa propre vie.

La valeur de l’humain est inférieure aux objets qui eux ont une valeur. C’est ce que signifie la bombe à neutrons utilisée contre Bagdad qui tue les hommes et préserve les biens. L’homme est « tuable » quand ils nous disent qu’ils veulent le sauver.

Tout devient chose et objet et entre dans une transaction économique.

Connivence entre savoir et pourvoir (voir aussi le film Les nouveaux chiens de garde qui vient de sortir, bientôt à Mulhouse au Bel Air).

Les thuriféraires du STM (

« il faut bien que » : Il faut bien que le progrès suive son cours…. Ou sa version négative « il ne faut pas que » : La liste des catastrophes a beau s’allonger rien n’y fait : il ne faut pas que le PIB se dégrade. Il faut bien être moderne quelles que soient les conséquences.

Référence de lecture: « L’ennemi du peuple » de Ibsen.

Les conséquences des découvertes ne sont pas débattues d’avance : nucléaire, OGM, nanotechnologies, …

Ils (nous ?) préfèrent la mort qui rode à la réduction du train de vie. La culture du risque est à la mode pendant que ceux qui alertent sont décimés. Il existe même une nouvelle discipline universitaire sur la gestion du risque. L’industrie du risque à ses agences (sur le modèle des agences de notations).

Les gouvernements ne sont plus constitués de personnes. On parle de « gouvernance ». La responsabilité est diluée. Les salariés qui gagnent des procès ne peuvent pas faire appliquer les sanctions car on ne sait pas qui gouverne l’entreprise.

Langage et mensonge :

Le gouvernement : « Ce n’est pas une récession, c’est une croissance négative ». Le gouvernement et les médias : « Non, la coque de la centrale de Fukushima n’est pas percée, elle n’est plus étanche ».

Demi-mensonges, hypocrisies. La croissance est revendiquée comme si elle était durable. Plus de la moitié de la croissance accumulée depuis des millions d’années a été dilapidée en 250 ans.

Peu importe le réel pourvu que l’on tienne le discours et que la définition puisse être sauvée.

La Psychanalyse : le réel c’est ce qui ne marche pas, ce qui nous pète à la gueule. Le langage c’est l’appareil de la jouissance, sa condition (Lacan). La jouissance devient celui de l’un tandis que l’autre à disparu. Dans l’accord de Marrakech qui crée l’OMC on ne parle plus des hommes.

Le « Dispositif » en psychanalyse, c’est ce qui hypothèque la pensée, conditionne les conduites et détermine le modèle, contrôle, assure les gestes, opinions et discours… Nous participons aux impostures et validons les plus improbables.

On pourrait définir l’éthique ainsi : ce qu’on ne peut pas s’autoriser à faire en aucun cas, par opposition à d’autres définitions (éthique néolibérale, éthique nazie ) .

Le QUI de l’histoire ce n’est pas nous c’est la technique. Le marteau peut servir à toutes sortes d’usages d’enfoncer un clou à tuer une personne. Le forgeron qui fabrique un marteau connaît tous les usages qu’on pourra en faire. Quand Pierre et Marie Curie découvrent le Radium, ils ne savent pas tous les usages qui pourront en être faits.

Illusion d’une technologie supérieure qui pourrait réparer les désastres produits par la précédente et nous sauver.

Les « Lumières » : le progrès est la solution pour tous. Or le progrès est devenu un problème.

Livre « 1984 » de Georges Orwell : le progrès sera celui de la souffrance.

La psychanalyse est une opération de limitation de la jouissance et trouve l’usage de la parole dans une double ethnique : refus du néolibéralisme et « Le livre Noir de la Psychanalyse » de Michel Onfray a pour but de l’en empêcher.

Dans son prochain livre, Dominique Jacques Roth montre qu’il n’y a pas d’alternative. Il faut dire NON ! Les Indignés disent non. Il faut bien poser le problème. Le problème est mal posé, surtout par les politiciens qui parlent de croissance.

L’idéal du moi du néolibéralisme c’est le capitalisme totalitaire chinois. Si ce qui fonde l’éthique néolibérale sur la compétitivité alors l’idéal se situe en Chine car le coût horaire du travail est 80 fois moins élevé que chez nous et que les syndicats y sont interdits.

La démocratie est en péril. Aux États-Unis, 1/3 des richesses est concentré dans les mains de 1% de la population. En France 10% de la population détient 50% des richesses. Le principe démocratique est en péril et il n’y aura pas de changement tant que le discours tiendra le coup.

La critique du libéralisme est une critique du capitalisme. Le néolibéralisme a libéré le capitalisme de toute bride étatique et éthique.

L’homme est impuissant à lutter contre la science car le discours de la science se passe de tout sujet. Il n’y a pas de responsable.

René Dumont : « je n’avais pas les moyens de vous promettre l’enfer ».

La Chine possède 4900 milliards de réserve monétaire et prétend en dernier ressort aider les États en besoin. Elle prêtera en échange de l’abolition de tout état social.

Remèdes ? Arrêter la concentration des richesses. Mais le réel n’affecte plus les riches actionnaires. Nous sommes dans l’éthique de la démesure.

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