Vladimir-Claude Fišera/Claude Vancour: ANDRE, PUISQU’IL LE FAUT

ANDRE
in memoriam André Weckmann

« Il fait froid maintenant que tu n’es plus. »
(René Guy Cadou)

André,
tu ne nous laisseras pas
-net wohr?-
repartir tranquillement,
après un signe de croix-simulacre,
te tourner le dos sous prétexte
que tu ne bouges plus,
moi qui t’ai vu sans t’avoir vu
cette dernière fois, il est bon
qu’on ne m’ait pas requis à Stewere,
revu descendre à la maison
du garde-barrière devant
le bistrot toujours fermé par définition
et ce train de Strasbourg-Neudorf
quand reviendra-t-il, on aura
sifflé suffisamment le rectorat et tous
ses affidés, c’était trop, disaient-ils,
d’occuper le bâtiment du lycée, c’était
aussi le refuge des derniers Apaches alsaciens, sachez
qu’André était noir-blanc-bis et qu’il disait
l’amour en alsacien.

Claude Vancour, août 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Claude Fišera/Claude Vancour: ANDRE, PUISQU’IL LE FAUT

Dès mon arrivée à Strossburi en 1984-85 et ma rencontre avec le mouvement culturel alsacien (inconnu au bataillon à la Fac où j’enseignais, pourtant tout à côté) à savoir avec Armand Peter, Michel Gruner puis surtout Emma Guntz qui me pilota avec Armand vers André (d’emblée le prénom, il ne s’est jamais annoncé autrement), j’ai découvert celui qui personnifiait tout ce courant, en était la référence centrale incontestable, incontestée, aimée fermement, pudiquement aussi, hors concours dans cette fraternité. A se lever, non sans humour facétieux, quand il téléphonait à la mairie, à Schillik; Armand le lui disait en soulevant le combiné et les deux et nous tous partions d’un gigantesque éclat de rire, claquant des talons à la Schweik.

Bien sûr, tout de suite, rencontre de ses livres, sur la Russie de la guerre surtout et de ses poèmes en trois langues, dont je comprenais que ceux en alsacien étaient les plus précieux, dont je saisissais la musique impeccable avant le sens. Et puis la version française sans un gramme de gras, ce condensé de lyrisme, moderne, tant, cet Apollinaire, Breton, Cadou venu de Stewere pour reprendre, aller plus loin avec le même flambeau. C’est lui, de par son incroyable modestie, qui me consulta lors d’une réédition de son Fastoff à propos de la translittération , de la traduction de quelques mots, quelques noms russes, polonais ou ukrainiens. Comme plus tard, tout aussi invraisemblablement, c’est lui, A. ( en ce moment, j’évite de trop prononcer son nom, son prénom quand je dois désormais en parler au passé, ce sera dur de s’y faire, horripilant) qui me consulte à nouveau lors de la préparation de ses œuvres complètes en ce qui concerne ses textes poétiques en anglais américain composés juste après la guerre quand il était employé dans une base américaine en RFA. Il fut alors bouleversé par sa rencontre avec les soldats afro-américains, solidaire de leur condition difficile (conquis par leur blues et leur jazz), frappé par le manque de reconnaissance de leur de leur dignité de la part de nos frères de peau blancs. Il avait, comme pour l’Ukraine, tout se suite co-éprouvé la souffrance et ressentit la la valeur de ses frères humains et, dans le cas des Américains, jusqu’à pouvoir presque immédiatement s’exprimer dans leur langue, en poésie.

Et puis, vint un quart de siècle de la Biennale Mitteleuropa, sous sa houlette, parfois -dans nos anthologies- avec la bénédiction d’André sous forme de préface, toujours présent aux ouvertures et vernissages. En tout cas, il nous avait reconnus comme on le fait d’enfants trouvés, retrouvés, découverts, adoptés définitivement. Une fraternité évidente sans trop de paroles sauf l’effusion des saluts d’accueil et des au revoir avec force embrassades et accolades cordiales. Rencontres aussi dans les winstubs discrètes, avec une disponibilité constante lors du passage de confrères de l’autre bout de la Mitteleuropa, avec ce sourire des yeux et le miroir de l’âme qu’est son visage accueillant, confiant, lui, naturellement internationaliste parce que tranquillement sûr dans l’arpentage par ses grandes enjambées du territoire ouvert de notre Europe sans rivage. Enfin, sa joie qui me toucha tout particulièrement quand Prague, après 89 se trouva à nouveau si proche: plus de mur entre nous mais une haiae de fleurs qu’on a entretenue amoureusement ensemble.

V.Cl.F/Cl.V.

La Feuille de chou remercie vivement Vladimir Fišera/Claude Vancour pour le poème et l’hommage envoyés début août, dès l’annonce du décès de André Weckmann, mais reçu, seulement, du fait d’un adressage caduc, fin août.

Claude Vancour Vladimir Fisera

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