Les Saoudiennes tracées électroniquement lors de leurs voyages à l’étranger


Les Saoudiennes tracées électroniquement lors de leurs voyages à l’étranger

Par: rédaction
21/11/12 – 12h38 Source: afp.com

Privées du droit de conduire et de voyager sans autorisation, les Saoudiennes
sont désormais soumises à une nouvelle mesure de contrôle avec un système
électronique mis en place par les autorités avertissant leur famille dès
qu’elles quittent le royaume.

Depuis la semaine dernière, le “gardien” de la femme saoudienne –père,
époux, frère ou tuteur– reçoit sur son téléphone un message SMS l’informant
que la femme placée sous sa garde légale a franchi les frontières du royaume,
même si elle voyage en sa compagnie.

C’est la militante Manal al-Chérif, icône de la campagne pour obtenir le droit
des femmes à conduire qui a relayé l’information sur Twitter, après avoir été
alertée par un couple. L’époux, qui voyageait pourtant en compagnie de sa
femme, a reçu un message par SMS des services de l’émigration, l’informant que
son épouse “a quitté l’aéroport international de Ryad”.

“Les autorités ont recours à la technologie pour surveiller les femmes”,
déplore la romancière et éditorialiste Badriya al-Bichr, dénonçant “l’état
d’esclavage dans lequel est maintenue la femme saoudienne”.

Les femmes n’ont pas le droit de quitter le royaume sans une autorisation de
leur “gardien”, qui peut être son propre fils pour une veuve ou une divorcée,
et doivent produire à l’aéroport ou aux frontières du royaume une “feuille
jaune” signée par ce dernier servant d’autorisation de voyager.

Cette nouvelle décision a été violemment dénoncée sur Twitter, rare bulle de
liberté dans le royaume. “Qu’ils nous passent les menottes, tant qu’ils y
sont”, affirme une femme. “Il ne reste plus qu’à équiper nos femmes d’une puce
électronique, pour qu’on puisse suivre tous leurs déplacements!”, ironise un
homme.

“La technologie au service d’une mentalité arriérée”
“C’est la technologie au service d’une mentalité arriérée. Ils veulent garder
les femmes prisonnières”, estime de son côté Badriya al-Bichr, qui a dénoncé
dans ses romans l’état de servitude des Saoudiennes, estimant que “le
gouvernement ferait mieux de s’occuper des femmes soumises à la violence
familiale”.

Le royaume applique une interprétation rigoriste de l’islam et il s’agit du
seul pays au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire. Des
militantes avaient lancé en juin 2011 une campagne pour braver cette
interdiction, et avaient adressé une pétition au roi, mais sans obtenir gain
de cause.

Le roi Abdallah, un prudent réformateur, a accordé le droit de vote aux femmes
à partir des prochaines élections municipales en 2015 et allégé la pression de
la terrible police religieuse, qui traque les femmes qui ne sont pas dûment
voilées ou les couples non mariés.

Pour la militante libérale Souad Al-Chammari, c’est “l’establishment
religieux” qui fait pression pour maintenir les restrictions sur les femmes,
“traitées comme des mineures toute leur vie, même si elles occupent des postes
élevés”. Elle estime “qu’il ne peut y avoir de véritables réformes en Arabie
saoudite sans changer le statut de la femme et lui accorder l’égalité avec les
hommes”.

Outre les restrictions sur leurs déplacements, les femmes sont obligées de
sortir voilées, qu’elles soient Saoudiennes ou étrangères. L’interdiction de
la mixité rend en outre difficile l’accès des femmes à plusieurs métiers et
cette situation fait que le taux de chômage dépasse les 30% parmi les
Saoudiennes selon une étude officielle, alors que le royaume fait appel à
quelque huit millions de travailleurs étrangers.

En octobre, la presse locale avait rapporté une directive du ministère de la
Justice selon laquelle les avocates seraient autorisées à plaider devant les
tribunaux dès le mois de novembre. Dans cette directive, le ministère
demandait aux tribunaux de permettre aux avocates, détentrices d’un diplôme en
droit et ayant effectué un stage de trois ans dans un cabinet de droit, de
plaider devant eux, mais cette annonce est restée lettre morte.

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