Sous la pression du Collectif Latcho Rom, la ville de Strasbourg se bouge (à la vitesse d’un glacier) pour les Roms

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Si on notait les adjoints de la Ville de Strasbourg, Marie-Dominque Dreyssé, chargée des Affaires sociales, et donc des campements de Roms, se verrait décerner un “peut mieux faire”, comme le suggère la journaliste des DNA, MSK, auteure de deux bons reportages ce jour.

Depuis des semaines, le Collectif Latcho Rom intervient pour que ces populations voient leur sort s’améliorer. Et en attendant une solution durable, le Collectif réclamait des mesures urgentes,minimalistes, comme l’installation de conteneurs à ordures, de points d’eau, de branchements électriques, et de WC.

La ville ne répond que partiellement à ces urgences, en installant des conteneurs et des toilettes sèches, et encore pas dans tous les campements concernés.

Elle finit cette semaine d’installer une annexe à l’Espace 16, rue des Remparts, qui permettra de loger 13 familles. Et les autres? Une population estimée à 250 personnes devra-t-elle passer les fêtes de Noël et le Nouvel An les pieds dans la boue ou sur le sol gelé des terrains indignes qui les accueillent?

Marie-Dominique Dreyssé s’était engagée à ce qu’un terrain suffisamment grand, sec, et viable soit trouvé avant le jour de Noël.

Le sais-tu, Marie-Do, que nous sommes le 17 décembre.

Il te reste 7 jours!

DNA

Du concret malgré les difficultés

Il serait caricatural de décréter nulle et non avenue l’expérience de la Ville à l’Espace 16. Elle s’étend, modestement, et pourrait être complétée par un chantier d’insertion.

L’assignation en référé, par la Ville et la CUS, des habitants de quatre campements roms, cet été, a été l’occasion d’un bras de fer mémorable. La collectivité faisait valoir son droit à urbaniser et préserver la sécurité sur des sites lui appartenant. Le collectif Latcho Rom (*), créé pour l’occasion, faisait pression sur les élus en titillant leur fibre humanitaire. Comment pouvait-on ainsi ajouter du stress et des risques d’expulsion à la misère ?

Aujourd’hui, les élus strasbourgeois tiennent toujours fermement à leur objectif de fermeture des sites de la rue Clause, de la rue Wodli, de la rue de Koenigshoffen et de Saint-Gall. Tant pour des raisons de dignité humaine que pour préserver les riverains. Mais elle y met les formes et des moyens.

« Parce que nous ne pouvons pas répondre à tous les besoins de mise à l’abri de ces personnes, nous avons choisi d’améliorer provisoirement, pour la période d’hiver, les conditions sur deux terrains », indique l’adjointe au maire en charge des affaires sociales, Marie-Dominique Dreyssé.

À Saint-Gall et Wodli sont apparues des toilettes sèches et des bennes à ordure pour permettre le nettoyage des sites.

L’extension de l’Espace 16 ouvre cette semaine

Dans le même temps, les services sociaux de la ville « avancent » sur la signature de conventions avec 13 familles (50 personnes) qui seront relogées sur l’extension de l’Espace 16, rue du Rempart. « L’idée est de procéder petit à petit à partir de cette semaine et de boucler l’installation des gens aux environs du 10 janvier », précise Marie-Dominique Dreyssé.

Une installation qui doit permettre un suivi plus régulier dans l’accompagnement social, de santé, la scolarisation des enfants ou l’apprentissage du français par les adultes.

Reste la question non résolue de l’accès au travail. La circulaire interministérielle du 26 août supprime la taxe due par l’employeur lors de la délivrance du titre de séjour (attachée à la promesse d’emploi). Et ouvre, en théorie, des métiers supplémentaires aux ressortissants roumains et bulgares. Parmi ces « métiers », les contrats d’insertion sont préconisés désormais comme mesures d’accompagnement des populations migrantes précitées.

« Nous n’avons pas encore pu observer le changement concret qu’induit cette nouvelle politique », constate Thierry Kuhn, directeur de la structure d’insertion d’Emmaüs à Mundolsheim.

Sa promesse d’embauche d’une résidante de l’Espace 16 comme vendeuse a été rejetée par Pôle Emploi pour défaut de titre de séjour. Ce dernier ne pouvant être obtenu que si la personne a un travail… « Notre demande de dérogation au préfet est sur son bureau depuis cinq mois, sans résultat ».

Un projet d’autoconstruction

Malgré ces obstacles administratifs, le collectif Latcho Rom a élaboré un projet d’insertion pour les populations roms de Strasbourg. « L’idée est de trouver des solutions dignes et durables, mais aussi globales pour le traitement de ces situations », démarre Thierry Kuhn. Le projet s’inspire de chantiers des Bâtisseurs d’Emmaüs, notamment à Aubervilliers. Il s’agirait tout simplement de l’autoconstruction de cabanes par les personnes qui les habiteraient.

Le concept est durable avec ossature bois et murs en palettes recyclées. Les participants construisent les petits bâtiments d’un terrain provisoire eux-mêmes, dans le cadre de contrats aidés, et en acquérant des savoir-faire. L’État, les collectivités, l’Europe seraient mis à contribution financièrement.

« Du point de vue de l’image, on arriverait à quelque chose de réellement positif, qu’on pourrait optimiser avec l’aide d’architectes afin que le terrain ne soit pas agencé comme un ghetto », précise Thierry Kuhn.

Cette manière de logement social à bas coût et haute valeur ajoutée humaine demanderait, évidemment, que le préfet de Région ne bloque pas les dossiers d’insertion par le travail. Et que la Ville de Strasbourg mette un terrain à disposition. On croit savoir que dans les services concernés, cette piste est à l’étude.

(*) Latcho Rom regroupe des représentants de nombreuses associations dont Arpomt, Emmaüs Mundolsheim, Médecins du Monde, le Secours Populaire, le collectif Justice et Liberté…
par MSK, publié le 18/12/2012 à 05:00

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