Le massacre apporte un éclairage sur les combattantes kurdes

Sakine Cansiz, Abdullah Ocalan

Copyright 2008 Associated Press.

Sur cette photo du début des années 1990, Sakine Canzis, une des fondatrices d’un groupe militant combattant les troupes turques depuis 1984, à gauche, et une autre femme entoure Abdullah Ocaln, le dirigeant du Parti des travailleurs du Kurdistan, ou PKK, au camp rebelle de Mahzun Korkmaz dans la vallée de la Bekaa, au Liban.

Canzis et deux autres femmes ont été « exécutées » au Centre kurde à Paris, jeudi. 10 janvier 2013.

Il n’est pas clair qui a tué ces femmes, qui appartenaient au PKK, un groupe que la Turquie et ses alliés occidentaux, y compris les Etats-Unis et l’Union européenne considèrent comme une organisation terroriste.

(AP Photo – IHA,)

Par SUZAN FRASER
De Associated Press
Janvier 11, 2013 10:37 AM EST

ANKARA, Turquie (AP) La photo montre une jeune femme en tenue de guérilla, de long cheveux attachés par derrière, tenant une mitraillette. Elle est à côté d’Abdullah Ocalan, le chef craint des militants kurdes séparatistes de Turquie, un témoignage de son rôle éminent dans l’insurrection.

Le lieu était un camp d’entraînement de la guérilla au sommet de la rébellion kurde. La femme était Sakine Cansiz, la militante kurde exilée qu’on a trouvée tuée par balle avec deux autres femmes, jeudi à Paris.

Cansiz, Dont le nom de guerre était « Sara » était légendaire parmi les Kurdes de Turquie comme fondatrice du mouvement séparatiste, une championne des droits des femmes et une combattante inébranlable qui a enduré des années de torture dans une prison turque. Un télégramme de l’ambassade US à Ankara de 2007, révélé par le site Internet dévoilant les secrets Wikileaks, montre que les responsables US avaient identifié Cansiz dirgeante du PKK illégal, comme l’une des deux « financières les plus notoires » en Europe et voulaient sa capture pour arrêter le flux d’argent aux rebelles.

Et sa vie et sa mort apportent la lumière sur un paradoxe apparent : Des femmes ont joué un rôle proéminent de leadership et de combat dans l’insurrection d’un groupe ethnique connu pour ses valeurs conservatrices dominées par les hommes.

Cansiz, âgée de 55 ans a été trouvée au Centre d’information kurde à Paris avec de multiples balles dans la tête. Deux autres militantes kurdes étaient couchées, mortes, à ses côtés. Les autorités françaises ont appelé l’attaque une exécution, et des centaines de Kurdes en colère se sont immédiatement rassemblés devant le building en prétendant que les tueries étaient un assassinat politique.

Il n’y a pas eu de revendication immédiate de responsabilité. Des militants kurdes ont accusé la Turquie pour le massacre tandis que certains responsables turcs insistaient sur une possible querelle entre factions à l’intérieur du PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan.

Ces meurtres surviennent au moment où la Turquie a repris ses discussions avec le leader rebelle emprisonné, Ocalan, avec une demande de persuader le groupe de désarmer et de mettre fin à un conflit de près de 29 ans qui a tué des dizaines de milliers de personnes. Certains spéculent que les massacres pourraient bien être une tentative pour faire avorter les efforts de paix.

Cansiz et l’ancienne épouse d’Ocalan, Kesire Yildirim, étaient les deux seules femmes dans le groupe central qui a fondé le PKK dans un village au sud-est de la Turquie en 1978. L’organisation a grandi depuis en des groupes séparatistes les plus sanglants du monde où des femmes constituent +/- 12% du nombre estimé de 5.500 combattants.

Les détails sur les premières années de Cansiz sont vagues. Des rapports turcs et kurdes disent qu’elle est devenue une militante kurde et jeune dans la province en majorité kurde d’Alazig dans les années 1970 avant de contribuer à fonder le PKK lors d’un « congrès » au début de sa vingtaine. Elle a été arrêtée pendant le coup militaire de 1980 en Turquie et jetée en prison dans la ville de Diyarbakir tristement célèbre pour la torture et les mauvais traitements d’après Ahmet Deniz, un porte-parole du PKK.

Après sa libération en 1991, elle a passé du temps dans des camps du PKK, d’abord dans la Vallée de la Bekaa au Liban, qui à cette époque était contrôlée par la Syrie, et plus tard dans le nord de l’Irak, où elle a dirigé et organisé les ailes de groupe de femmes, a dit Deniz.

Les combattantes féminines du PKK ont fait les grands titres au milieu des années 1990 par une série de suicides à la bombe qui a tué des dizaines de membres des forces de sécurité et des civils. Certaines apparaissaient comme des femmes enceintes déguisant les bombes attachées sur leur ventre.

Initialement Ocalan était hésitant à avoir des membres féminines dans le PKK, craignant qu’elles ne distraient les combattants masculins. Dans les années 1990, il a changé d’avis et a cherché activement à recruter des femmes, en partie pour des raisons idéologiques. Inspiré par l’idéologie marxiste, Ocalan était convaincu que plus de liberté pour les femmes kurdes aiderait à abattre le système féodal basé sur des clans qui régnait encore toujours dans les régions kurdes du sud-est de la Turquie, d’après Necati Alkan, l’auteur ( ou auteure) d’un livre sur les femmes dans le PKK. Alkan a dit que le slogan d’Ocalan était : « Des femmes libres reviennent à un pays libre, et un pays libre revient aux libertés ».

Au milieu des années 1990, au sommet du conflit entre le PKK et les forces de sécurité turques, on estime que 20 à 25% des combattants de groupe étaient des femmes, d’après Nihat Ali Ozcan, un expert en terrorisme à la Fondation de Turquie de la recherche en politique économique basée à Ankara. « Parfois elles combattaient aux côtés des hommes dans une attaque majeure, d’autres fois, elles combattaient seules, » a dit Ozcan.

En mars, les forces de sécurité turques ont tué 15 combattantes rebelles kurdes dans un affrontement dans une zone forestière dans le sud-est de la Turquie, considéré comme le taux de pertes pour les femmes combattantes de la guérilla en un seul jour a été le plus important. Une autorité de la sécurité turque s’exprimant dans les conditions d’anonymat conformes aux règlements du gouvernement, a dit que les forces de sécurité n’avaient pas réalisé qu’ils combattaient des femmes jusqu’à ce qu’elles soient toutes mortes et qu’ils avaient récupérés les corps.

Les femmes subissent le même entraînement rigoureux que les hommes dans des camps dans les montagnes du nord de l’Irak, mais s’entraînent et vivent séparées de leurs camarades masculins. Le PKK interdit les relations entre combattants féminins et masculins, craignant un affaiblissement de leur cause. D’après Ozcan, le PKK a exécuté des combattants qui “tombaient amoureux” parce qu’ils violaient les règles strictes des groupes.

Pour certaines femmes kurdes, rejoindre le PKK, était une évasion des mœurs sociales rigides de la culture kurde, les mariages forcés, les meurtres pour l’honneur et d’autres pratiques restrictives qui sont communes dans le sud-est. Beaucoup d’autres ont rejoint le PKK en rêvant d’un état séparé pour les Kurdes ou pour venger des Kurdes tués, emprisonnés et torturés par les forces de sécurité turques.

A l’origine, le PKK a été fondé pour lutter pour un état séparé pour les Kurdes, qui constituent +/- 20% de la population turque. Il a plus tard revu son objectif, en faveur d’une autonomie et de droits plus importants pour les Kurdes, y compris l’annulation de l’interdit de la langue kurde imposée dans les années 1980.

Une série de réformes soutenues par l’Union européenne ont largement étendu les droits culturels et la liberté des Kurdes, ces dernières années. Une télévision d’état diffuse des programmes en kurde, des étudiants peuvent maintenant choisir d’apprendre le kurde dans les écoles, et il existe des projets pour permettre aux détenus de se défendre eux-mêmes en kurde dans les tribunaux.

On pense que Cansiz s’est installée e Europe au milieu des années 1990, devenant une dirigeante militante pour les droits des femmes kurdes. Des rapports médiatiques turcs non confirmés disent qu’elle a été envoyée en Europe à la suite d’une dispute avec certains dirigeants du PKK dans le nord de l’Irak.

Cansiz a reçu l’asile de la France en 1998, d’après Devris Cimen, qui est à la tête du Centre kurde pour l’information publique basé à Francfort.

Le câble de Wikileaks suggère que Cansiz et une autre membre du PKK identifiée comme Riza Altun, étaient les financières principales du PKK en Europe, contribuant à canaliser « jusqu’à US$ 50 à 100 millions annuellement » pour l’organisation. Le PKK est considéré comme une organisation terroriste par la Turquie et ses alliés, y compris les Etats-Unis.

« Nous devons redoubler nos efforts pour supprimer les flux financiers d’Europe vers les quartiers généraux du PKK » en Irak du nord, se trouve dans le câble. « Nous devons concentrer notre objectif en identifiant et en poursuivant les deux cibles principales, Riza Altun et Sakine Cansiz.”
Le câble suggère que le PKK réunit de l’argent en Europe par des activités de recueil de fonds et d’affaires ainsi que de la drogue, de la contrebande et de l’extorsion. « Nous pouvons contribuer…en coordonnant avec des renforcements de la loi et les contreparties de renseignement en Europe, pour assurer que ces deux terroristes soient emprisonnées, » dit le câble.

Le co-dirigeant d’un Parti politique pro-kurde en Turquie, cependant, a fait l’éloge de Cansiz pour son courage. « Elle a craché au visage de ses tortionnaires et de ses oppresseurs, » a dit jeudi Gultan Kisanak. Dans un documentaire de 2011, Cansiz avait raconté la torture qu’elle avait subie dans la prison de Diyarbakir, à présent fermée, y compris un passage à tabac enduré en étant forcée de patauger dans des « eaux d’égouts jusqu’au cou ».

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