Faut-il “supprimer les partis politiques”?, par Daniel Cohn-Bendit

L’ex trublion Dany-le-rouge, depuis longtemps passé au vert-libéral-libertaire a commis une brochure de moins de 40 pages où il livre ses “Réflexions d’un apatride sans parti”.
Sur la photo de couverture, on le voit avec l’expression et la gestuelle caractéristiques du pédago à l’oeil bleu et vif qu’on luit connait depuis toujours et ce côté provoc gentil qui va avec.
Libertaire, il n’a voté pour la première fois qu’à 39 ans. Depuis, il s’est bien intégré dans les mécaniques parlementaires allemande, française et européenne: il siège au PE depuis 1994 et lors des retransmissions télévisée, c’est souvent sa tronche que les caméras visent. On l’a vu il y a peu lors du discours de Shimon Pérès, où personne, en séance, n’a pipé mot..
Dany, c’est le must des babies boomers.
Avec humour, il raconte qu’il a choisi en 1984.la nationalité allemande pour échapper à l’armée.
Après avoir défrayé la chronique en 68, libertaire alliée des pas encore troskistes de la JCR à Nanterre, il a adhéré aux Grünen.
Ce qui est sympathique chez lui c’est que membre de partis, il n’a jamais abdiqué de son autonomie d’individu, ruant dans les brancards de nombreuses fois. C’est une critique en acte du stalinisme et du bolchévisme sacrificiel.
Le libertaire; influencé par Socialisme et Barbarie, une scission de la Quatrième Internationale, est devenu écolo et libéral en économie.
Parfois, dans son récit, il révise quelque peu la véracité des faits, comme lorsqu’il met das le même sac, toute l’extrême-gauche avec les staliniens et le socialistes, alors qu’au mouvement du 22 mars il cotoyait les JCR .
Il mentionne les intellectuels qui l’ont inspiré, comme ceux de l’École de Francfort, dont Habermas, ou André Gorz et Castoriadis, un ex trotskiste aussi. “Ne pas appartenir”, à un parti, rester autonome, refuser la violence, c’est là qu’il a trouvé ces modes d’agir.
On peut partager l’essentiel, sauf qu’il oublie de rappeler qu’historiquement, c’est toujours la classe dominante qui use en premier de la violence quand ses intérêts sont menacés, que ce soit la classe capitaliste, de la Commune de Paris à nos jours, comme dans les dictatures bureaucratisées à l’est jusqu’à la chute du mur.
Même aujourd’hui, en France on voit que la violence vient de l’extrême-droite alliée à l’UMP sous l’égide de la pasionaria Frigide Barjot qui promet du sang, quand les homophobes le font déjà couler.
Dès 1984, il dit avoir “déchiré le fantasme révolutionnaire”. Comme il ne distingue pas le “fantasme”, celui du Grand-Soir, qui n’existe que dans la tête des contre-révolutionnaires, de l’aspiration à changer radicalement le système capitaliste mondial, il ne peut que verser dans la défense d’un capitalisme “régulé” et du parlementarisme augmenté d’un peu de participatif qui ne change rien du tout.
Quand il écrit que “l’idée de démocratie renfermait quelque chose qui protège les sociétés contre elles-mêmes”, il passe à côté des avancées du courant “démocratie et socialisme”, au sein de l’Internationale trotskiste, sans compter que la “démocratie” sans qualité, “bourgeoise” ou “prolétarienne” comme on disait jadis, n’est rien d’autre que la première forme.
Qu’elle soit en général le moins pire des régimes pour reprendre Churchill, n’empêche pas que ce soit encore le règne de l’exploitation, du chômage, de la misère.
Adjoint au maire de Francfort, il produit certes des avancées sociétales, pour les étrangers en particulier. Cet ancien libertaire pacifiste invente le Panzer Pacifism et l’armée allemande peut à nouveau intervenir dans le monde sous des prétextes humanitaires ou de maintien de la paix qui masquent un nouvel impérialisme “démocratique”.
Il n’a pas de mal à souligner l’échec de Europe Écologie.
On le suit, pour avoir fait des expériences du même tabac à la LCR, quand il écrit: “Un parti, c’est un blindage, une structure fermée… qui capte une grande partie de l’énergie des militants pour régler des problèmes internes”.
Oui, il faut ouvrir les fenêtres, cesser de se regarder le nombril, mais pour autant faut-il renoncer à la forme-parti?
On partage aussi l’idée selon laquelle le productivisme se porte aussi bien à gauche qu’à droite. Et on y ajoute, la xénophobie, le racisme, l’islamophobie. On est européen contre les souverainismes et les nationalismes comme contre la “patrie citoyenne” de Mélenchon et du Front de gauche.
Depuis les années soixante-dix, la LC puis la LCR a défendu le concept États-Unis socialistes d’Europe.
Alors, un “mouvement” à la place de partis? Ce qui manque dans le mouvementisme, c’est la mémoire de l’histoire du mouvement ouvrier, la continuité intellectuelle et pratique des expériences bonnes ou mauvaise du passé. certes la forme avant-garde ne peut et ne doit plus fonctionner, mais le spontanéisme n’est pas meilleur pour les combats à mener.
La critique du “révolutionnaire professionnel” peut être faite, mais si c’est pour le remplacer par le parlementaire national ou européen non moins professionnel qu’a-t-on gagné? Ancien libertaire, Dany semble atteint de crétinisme parlementaire sénile avec “le miracle de la boite où tu mets ton bulletin de vote” .
“Décider une fois tous les X années qui foulera aux pieds les droits des citoyens..”, ce rappel léniniste rafraichit l’atmosphère surtout à l’ère des cahuzaqueries.
Comme si on ne pouvait imaginer un système politique dans lequel loin de la “participation” bidon, une grosse dose de démocratie directe soit instaurée. Mais immédiatement, on voit que cela suppose, pour que tous-tes y soient convoqué(e)s, une importante diminution du temps de travail afin qu’on puisse s’occuper des affaires publiques.
Dany a échangé le Principe Espérance ou le messianisme révolutionnaire pour une nébuleuse “éthique du futur”, d’un avenir toujours capitaliste et parlementaire.
Sa “Coopérative politique” peut sembler une belle idée, mais quel bilan depuis son lancement?
Il ne briguera plus, c’est promis, de mandat en 2014.(?).
Il prône le “réformisme subversif”?
C’est à dire, le réformisme, tout court, comme si l’expérience du mouvement ouvrier n’avait déjà pas depuis longtemps (1914) fait la preuve de l’échec.
Allez, soigne ta maladie, et repose toi bien Dany!

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