Droit de réponse à François Lamy, Ministre de la Ville

Le Collectif Egalité des droits/Justice pour tou(te)s, composé d’une centaine d’associations et d’organisations, a décidé –  au vu de l’actualité – d’user de son droit de réponse suite à l’article publié dans Libération du 28 juin  dernier, dans la page Rebonds, par M. François Lamy (Ministre Délégué à la Ville)  et de sa décision de désigner un groupe d’experts sur la “mémoire des quartiers populaires”.

Droit de réponse à l’article du 28 juin 2013 – page Rebonds Libération écrit par M. François Lamy (Ministre de la Ville)

La « mémoire des quartiers » n’est pas une marchandise !

 

Depuis plus d’une trentaine d’années, les « quartiers » font l’objet d’un traitement négatif qui alimente en préjugés l’opinion publique : ces territoires sont considérés comme des « zones de non droit », où règnent « délinquance, insécurité, et communautarismes… ». C’est trop vite oublier les causes réelles des situations de grande précarité sociale et économique affectant une grande partie de ces territoires et leurs populations. C’est trop vite oublier les actes et crimes racistes, les incessantes injustices et nombreuses violences policières dont sont victimes notamment les jeunes. C’est ne pas comprendre le sens des révoltes urbaines cycliques, catégorisées trop vite en « émeutes raciales » ou les revendications des Marches successives pour l’égalité des droits du début des années 80, totalement mises sous le boisseau.
La mobilisation du Collectif pour l’Egalité des droits/Justice pour tous (te)s autour de La Marche pour l’égalité ne relève pas de la commémoration ou du devoir de mémoire. Nous n’acceptons aucun « hold-up » idéologique et politique ni aucune récupération des luttes sociales menées dans et depuis les « quartiers ».

 

Dans un article publié le 28 juin dernier dans la page Rebonds du journal Libération, le Ministre de la Ville François Lamy souligne les vertus salutaires du « pouvoir de la mémoire » pour « nos quartiers populaires » et leurs habitants, inscrit comme axe prioritaire des 27 décisions du Comité interministériel des villes du 19 février 2013. Un groupe d’experts dont les compétences dans le domaine des dynamiques urbaines laissent sceptiques – labellisé « Autorité indépendante » et animé par Pascal Blanchard (historien du « fait colonial ») -, vient d’être désigné juste avant les vacances d’été pour remettre son rapport à l’automne !

 

Le Ministre propose – face à la « montée des crispations identitaires » – que « les souvenirs et les analyses des habitants, c’est-à-dire des premiers concernés, soient considérés à la hauteur de leur valeur, comme le fondement préalable à l’élaboration du renouvellement urbain, et comme un levier d’affirmation de ces habitants et de leur pouvoir d’agir ». Le ministre semble ainsi découvrir que la mémoire peut être un moyen de combattre les préjugés et les discriminations dont sont victimes les habitants des territoires de la « rénovation urbaine ». Et c’est par un programme à vocation nationale qu’il prétend redonner de la dignité à tous ces déshérités et exclus de la « chronologie nationale », pour reconstruire le « vivre ensemble ». Mais il est évident, vu les délais, qu’un tel programme « national » ne pourra que s’approprier les réflexions et les expériences que les acteurs de terrain ont accumulées depuis plus de trente ans.

 

C’est donc avec stupéfaction que nous constatons que le Ministre – contredisant d’emblée les ambitions démocratiques qu’il proclame haut et fort – puisse écarter les procédures de consultation élargie et de collégialité de décisions démocratiques de base. Un projet ayant pour finalité de s’attaquer aux « fondements du renouvellement urbain », ne peut pas ressembler à une opération de marketing. L’enjeu politique posé par la « mémoire des quartiers » n’est pas une marchandise qui se monnaye au gré des échéances de l’agenda gouvernemental, que celui-ci soit électoral ou non.

 

Les décisions et les principes avancés par le Ministre de la Ville peuvent être louables sur le fond, mais nous contestons la méthode et les formes choisies pour annoncer cette nouvelle « révolution » dans nos quartiers ! Depuis des décennies – des milliers d’acteurs associatifs et culturels militants ou non, et nombre d’acteurs institutionnels-relais (dont l’ACSE, ex-FASILD…) et élus des collectivités locales sont engagés sur le terrain pour faire face aux multiples situations d’inégalités et de discriminations.

 

Sans sous-estimer la dimension culturelle, il est important de rappeler que les solutions qui doivent être apportées sont avant tout d’ordre social, économique et politique. Un travail sur les représentations et les identités est voué à l’échec s’il ne s’accompagne pas d’une transformation réelle des conditions sociales, culturelles et économiques d’existence des individus et des groupes.
Ce que réclament les « habitants des quartiers » de manière permanente – dans les urnes et dans les révoltes -, ce sont des réponses claires et concrètes aux situations d’inégalités et de discriminations qui ne se réduisent pas aux logiques du « 1% » !

 

Nous ne voulons pas que des experts confisquent la parole des habitants des quartiers en parlant à la place de ceux qui sont directement impliqués et concernés. Aucune politique publique durable ne pourra voir le jour sans une réelle consultation directe et démocratique.

 

Nous sommes favorables à un travail de mémoire et un travail d’histoire critique et permanent donnant les clés d’analyse et d’action pour lutter contre les inégalités et encourager l’émancipation des citoyens.

 

Nombre d’associations, de réseaux associatifs et de collectifs investissent ce champ d’action sur la « mémoire » depuis longtemps. Ces associations agissent pour la majorité dans une démarche non lucrative et la plupart du temps avec peu de moyens. Certes, leurs efforts ne sont pas relayés par les médias, ce qui n’empêche pas que leur action soit réelle et constante. Toutes ces associations– face au contexte de fragilisation politique et économique de l’intervention sociale – n’ont pas attendu l’aval des pouvoirs publics ou de groupe quelconque d’experts pour se fédérer, mutualiser, valoriser leurs expériences et savoir-faire ou construire de véritables partenariats. Elles constituent aujourd’hui une force collective vigilante et soucieuse d’articuler le local et le global, tout en posant les jalons de programmes d’action à visée nationale.

 

Nous refusons par conséquent toute démarche fondée sur une expertise extérieure à sens unique ou sur du prêt à penser. Une politique publique digne de ce nom doit favoriser les actions et les missions d’intérêt général contre toutes formes ou pratiques individualistes, clientélistes ou de mise en concurrence des associations !

 

Le Collectif Egalité des droits/Justice pour tous (te)s
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