Dernier virage moral à Droite (sur la stigmatisation des rroms)

Capture d’écran 2014-06-20 à 21.11.37

Le philosophe Michel Henry expliquait que le «fascisme (n’était) rien d’autre qu’une doctrine qui procède à l’abaissement de l’individu de façon que sa suppression apparaisse légitime». En abaissant l’individu ajusté comme étranger au corps national, l’Allemagne nazie s’offrait des victimes d’autant plus admissibles qu’elles avaient été dépouillées de tous les attributs visibles de la dignité humaine, selon les normes édictées par la clique alors au pouvoir. Dans les médias qui les stigmatisaient, rien n’était omis, de leur apparence vestimentaire à leurs affaires de mœurs. Rejetées dans l’ordre du monstrueux, leurs dissimilitudes soigneusement recensées construisaient la mesure d’un déficit d’humanité propre à autoriser leur persécution. On les abattait ensuite, plutôt qu’on ne les fusillait, tant ils ne ressemblaient en rien à l’idée que le pouvoir nazi avait fabriquée de l’allemand de souche –les allemands finirent, eux, par se travestir en allemands de souche pour se ressembler un peu… L’Allemagne nazie planifia sa méthode de façon à ce que la morale nationale n’en souffrît point : on commença par les minorités les plus fragiles, les plus visibles et donc les plus aisées à jeter en pâture avec leur style si éloigné de l’idée nationale du bavarois de souche. On était passé du vêtement et du mode de vie à la densité ontologique : ces individus attifés bizarrement n’étaient plus des êtres humains mais quelque chose comme le chaînon manquant, à mi chemin entre la bête et l’homme. Leurs corps, déshumanisés, pouvaient désormais être livrés à la violence de masse. En frappant sa victime physiquement, en la déformant, le bourreau nazi achevait sa transformation en bête. Leur humanité anéantie, ne restait plus que la vie à leur retirer. Le tout justifié par un discours politique imposant le recouvrement de tout le peuple allemand racialement disponible, dans sa corporéité même. Au nom du politique, on inspecta les aspects les plus intimes de la vie, refoulant le vivant de toute part. « Dès que le politique passe pour l’essentiel, le totalitarisme, conséquence de l’hypostase de celui-ci, menace tout régime concevable», affirme Michel Henry. Mais cet abaissement entraîne toujours la ruine de la société qui l’a produit.

Le sort réservé aujourd’hui aux minorités rroms en Europe rappelle cette stratégie nazie, qui déjà avait pris pour cible ces mêmes rroms. Les politiques ont abusé du racisme, ne cessant de l’instrumentaliser comme un outil de régulation politique destiné à faire le plein des voix électorales. Demain il deviendra un instrument de régulation sociale, triant les bons des mauvais citoyens, montant les populations les unes contre les autres dans une concurrence abjecte. L’UMP, le PS, le FN, ont abusé de ces éléments de langage propre à jeter en pâture les populations les plus fragiles pour cristalliser dans la production de cette figure du bouc émissaire la possibilité d’une réconcliation nationale… 

La suite : http://www.joel-jegouzo.com/article-subordonner-les-droits-aux-devoirs-123026459.html

Similar posts
  • 3e semaine de grève chez Kéolis-Strie... La Feuille de chou a accompagné des syndicalistes et des Gilets Jaunes venus soutenir les conducteurs grévistes de Kéolis-Stiebig. Nous avons été successivement sur deux des quatre sites de l’entreprise, à Illkirch-Graffenstaden, puis à Strasbourg. L es grévistes sont présents par roulement H24. Contrairement à l’affirmation du patron, ils ne bloquent pas systématiquement tous les [...]
  • L’islamo-gauchisme selon Olivie... Intéressant éclairage d’Olivier Roy sur le terme islamo-gauchisme et plus généralement sur cette offensive réactionnaire, séparatisme … “D’où vient le terme ? Quels rapports entretiennent progressistes et islamistes ? Que révèlent ces polémiques, de nos dirigeants et du monde universitaire ? Le politologue Olivier Roy, professeur à l’Institut européen de Florence, analyse la polémique et [...]
  • La grève des conducteurs de Striebig ... La direction de Striebig a assigné les grévistes au tribunal. La séance s’est déroulée cet après-midi à 14h. Deux conducteurs CFDT et un conducteur CGT étaient présents, ainsi qu’une responsable CGT de l’UL-Molsheim et le correspondant de la Feuille de chou, gilet jaune par ailleurs. Deux autres soutiens étaient sur le parvis pendant le procès. [...]
  • Avant et après la manifestation du 20... Chaque manifestation à Strasbourg est suivie, et parfois précédée de répression policière ciblée donnant lieu à des inculpations pour des motifs divers, souvent très légers. Et des gardes à vue, GAV, en série. Plusieurs manifestants ont ainsi été interceptés, par la BAC en général, au centre ville, après la manifestation près de l’Hôtel de ville [...]
  • 400 manifestants à Strasbourg Le rassemblement lancé par Alsace Révoltéeet soutenu ici par le QG République Strasbourg commençait à 11h30 place de l’Etoile à Strasbourg. Peu à peu arrivaient des gilets jaunes d’Alsace, de Lorraine, de Franche-Comté, de Bourgogne, d’Allemagne aussi. Les Kurdes étaient aussi présents comme à chaque manifestation. Une première déclaration en préfecture prévoyait de démarrer place [...]

Aucun commentaire jusqu'à présent.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.