JÉRUSALEM BRÛLE, par Michel Warschawski

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JÉRUSALEM BRÛLE

Fut un temps où l’état d’Israël avait de vrais dirigeants politiques. Leur capacité à mentir et à cacher leurs véritables (et laids) objectifs sous couvert de modération et d’esprit de compromis les a rendus populaires partout dans le monde (occidental) ; le problème était, disaient-ils, qu’il n’y avait pas, de l’autre côté, de partenaire qui soit prêt –comme étaient censés l’être les dirigeants israéliens– à faire des “compromis douloureux”.
David Ben-Gourion était cette sorte de grand leader-menteur et “grâce” à ses capacités à masquer ses actes derrière un écran de fumée de mensonges, a su gagner le soutien de la communauté internationale pour l’établissement de l’état d’Israël. Teddy Kolek, maire de Jérusalem en 1967, a su annexer Jérusalem-Est tout en préservant son image de politicien modéré mu par la volonté d’œuvrer à une totale égalité entre Juifs et Arabes dans la “ville unifiée”.

Les dirigeants actuels d’Israël ont presque tout oublié de ce qu’ils devraient avoir appris des pères fondateurs, y compris l’aptitude à mentir. Ils disent ouvertement qu’aucune forme de compromis ne les intéresse, que l’idée-même d’égalité entre Juifs et Arabes leur répugne, et que la “judaïsation” de la Cisjordanie, y compris Jérusalem, est leur objectif stratégique.
Un discours aussi clair et direct donne à l’extrême modération de Mahmoud Abbas des airs de triste plaisanterie : il n’a aucun partenaire israélien pour quelque compromis que ce soit, et ses appels à un “retour aux négociations de paix” sont à juste titre perçu comme pathétiques. Après des années passées dans l’expectative, le peuple palestinien a perdu toute foi en un accord politique entre l’OLP et Israël. Ce qu’il croit, ce sont les actes du gouvernement israélien et non plus les vaines promesses de leur président.
Le gouvernement israélien d’extrême droite a décidé d’enterrer Mahmoud Abbas sous les provocations en série, principalement en construisant de nouvelles colonies, non pas avec la discrétion que lui suggère l’administration américaine mais à grand renfort d’annonces tonitruantes. De plus, il a décidé de pousser la provocation encore plus loin, en soutenant les raids des militants de la droite israélienne sur la mosquée al-Aqsa, le site le plus symbolique qui soit non seulement pour le peuple palestinien mais pour des centaines de millions de musulmans dans le monde entier.

Il se pourrait bien que les dernières provocations à al-Aqsa aient été celles de trop : depuis quelques semaines, la population palestinienne de Jérusalem-Est est en état de révolte, et Jérusalem est une ville en guerre ; une guerre de faible intensité, mais une guerre : les Palestiniens manifestent pour défendre leur Lieu Saint et sont prêts à affronter la brutalité de la police israélienne pour faire cesser cette nouvelle agression israélienne. Il y a des centaines de policiers armés qui attaquent brutalement les jeunes manifestants, des gaz lacrymogènes, des hélicoptères qui survolent la ville en permanence — mais la mobilisation prend chaque jour plus d’ampleur.

Il y a quelques mois, j’ai émis l’idée que la prochaine Intifada se produirait à Jérusalem : Netanyahou, Benett et le maire israélien Barkat font tout leur possible pour que se réalise cette prédiction.

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