Étudiants et personnels de l’Université de Strasbourg en lutte

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Une nouvelle AG s’est tenue au Patio, ce mardi, rassemblant 200 étudiants et personnels de l’Unistra en lutte contre la loi El Khomri. Une autre aura lieu jeudi, avant la manifestation car il est désormais acté qu’une AG hebdomadaire unique est insuffisante vu l’importance de la mobilisation et ses développements quotidiens.

Après un inventaire des initiatives à travers le pays (opérations de blocages dans certaines villes, appels à des débrayages nationaux chez PSA, occupations de plusieurs Facs…), différentes propositions ont été faites pour favoriser les rencontres entre étudiants et travailleurs, salariés, précaires et chômeurs. Une commission a été créée à cet effet.

Le parallèle a été établi entre les réformes structurelles déjà mises en place -dont celle de l’Enseignement supérieur- et la loi Travail, toutes relèvant d’un même programme néo-libéral d’augmentation des horaires et cadences de travail, de précarisation des jeunes, de défonctionnarisation, etc…

Dommage que cette observation pertinente n’ait pas été poussée plus avant et le parallèle établi entre toutes ces réformes et l’état d’urgence actuel, l’ensemble constituant un nouveau modèle d’économie, de gestion des populations et de gouvernance, à grande échelle.

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Les étudiants et personnels réclament un positionnement officiel de la présidence de l’Université de Strasbourg

En ce qui concerne l’université de Strasbourg, à plusieurs reprises il a été affirmé que l’attitude et les consignes de la présidence faisait volontairement obstacle à la mobilisation : arrachage systématique des affiches, des appels à mobilisation et des informations, des annonces de RDV de tractage et d’AG, pression sur les étudiants et personnels, vérouillage de l’accès à la salle de reprographie pour interdire la reproduction de tracts…

La comparaison a été faite avec la position de la Présidente de Paris 8, Danielle Tartakowsky qui, s’exprimant dans un communiqué adressé à ses collaborateurs affirme que « l’avant-projet de loi est un facteur d’aggravation de la précarité », qu’elle « partage l’inquiétude et le mécontentement » des étudiants et personnels en lutte et « demande de ne pas pénaliser les étudiants et occupations en cours».

Ainsi l’AG a voté sur le champ d’aller interpeller directement le Président de l’Unistra, de lui faire part des revendications et de leur droit d’exprimer leurs libres opinions, sans pression ni sanction, dans l’enceinte de la Fac.

Une délégation d’une soixantaine d’étudiants et personnels s’est rendue après l’AG dans le bâtiment de la présidence:

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« Nous sommes les étudiants en lutte ! »:

Les revendications et demandes sont énoncées au directeur général des services, Frédéric DEHAN, lequel est prié de les transmettre au président de l’Unistra, Alain Beretz.

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F. Dehan propose de rencontrer des élus de l’équipe présidentielle dans une salle du rez-de-chaussée, sous escorte de la sécurité privée.

 

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Frédéric DEHAN, directeur général des services, Yves Larmet, Vice-président Patrimoine et Jean-Yves Pabst, Vice-président Finances et stratégie du numérique, reçoivent -dans leurs petits chaussons- la soixantaine d’étudiants et personnels. En route pour 30 minutes d’enfumage…

Extraits:

Un étudiant de l’AG: « On est les étudiants réunis en AG à midi et la première demande, ça serait de pouvoir avoir un affichage libre sur l’Université afin de pouvoir sensibiliser d’avantage les étudiants et personnels sur ce projet de loi Travail, on a besoin d’avoir de l’affichage dans le hall du Patio, sur les murs, dans les salles… On aimerait aussi pouvoir disposer d’une salle pour nous réunir, et enfin de pouvoir utiliser la reprographie.»

F. Dehan : « Est-ce que le collectif d’étudiants que vous représentez est représentatif des organisations du type UNEF, FAGE…?»

Des étudiants de l’AG: « C’est quoi l’intérêt de la question? On est les représentants des étudiants réunis en AG !», « On est des gens mobilisés !»

F. Dehan : « Y’a pas de représentants de l’UNEF ?»

Le représentant de l’UNEF : « Y’a moi»

F. Dehan : « Donc l’UNEF est partie prenante, c’est bien ça ?»

Le représentant de l’UNEF : « Oui, mais on ne représente pas l’AG des étudiants, on en fait partie.»

F. Dehan : « Donc, y’avait 3 demandes : une première sur l’affichage, une sur la disposition des salles, et la troisième sur l’impression. On peut répondre sur ce dernier point : jusqu’à présent on n’a jamais mis à disposition d’un quelconque mouvement l’imprimerie de l’Université.»

Des étudiants de l’AG: « Faux ! », « CPE, 2009-2010 ! LRU1, LRU2 ! »

F. Dehan : « Ah, bah, peut-être mais je parle des périodes où j’étais ici à l’Université.»

Des étudiants de l’AG : « Nous aussi… !», « Manifestement, on est plus informés que vous !»

F. Dehan : « En tous les cas, c’est un point sur lequel j’ai eu le temps d’échanger avec le président, il ne souhaite pas mettre à disposition l’imprimerie.»

Des étudiants de l’AG : « C’est justement pour ça qu’on est là !»

Yves Larmet : « C’est un outil qui est destiné à la formation et à la recherche. Peut-être qu’il y a eu un moment où c’était possible, mais aujourd’hui, ce n’est plus possible.»

 

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Un personnel de l’AG : « Comment se positionne la présidence de l’Université de Strasbourg vu que la présidence de l’Université de Paris 8 a appelé à ne pas sanctionner les étudiants mobilisés, à leur laisser à disposition des bâtiments de l’Université qui sont leurs lieux d’étude et de travail?»

Yves Larmet : « Ce qui est le cas d’une université n’est pas transposable à une autre université…»

Des étudiants de l’AG : « C’est bien pour ça qu’on vous pose la question ! Quel est votre positionnement ?»

Yves Larmet : « Pour l’imprimerie, on vous a répondu.»

Des étudiants de l’AG : « L’imprimerie, c’est pas la question !»

Yves Larmet : « En ce qui concerne l’affichage, il y a de très nombreux panneaux d’affichage. Là où nous préservons le bien collectif, c’est de ne pas laisser abimer les murs et de mettre des choses qui soient euh… qui détériorent l’outil de travail des étudiants.»

Des étudiants de l’AG : « Vu l’état de la Fac, le seul bâtiment qui pourrait être abimé, c’est celui-là (bâtiment neuf de la présidence) !» (Rires)

Jean-Yves Pabst : « Donc, OK pour les panneaux d’affichage à l’extérieur, OK pour les panneaux à l’intérieur prévus à cet effet, et pour l’imprimerie, vous avez les Amicales…»

Des étudiants de l’AG : « Vous n’avez pas bien compris ce qu’on est venu vous dire !», « Y’a ici des gens mobilisés qui vous imposent de nous donner les clés de la reprographie et d’investir les bâtiments de lieux d’études !», «Ce que vous nous donnez, on l’a déjà, aujourd’hui, on vient prendre de nouveaux droits !»

Un personnel de l’AG : « Donc ça veut dire que vous continuerez à arracher les affiches sur les murs à l’intérieur et à l’extérieur, d’empêcher la mobilisation, voire de bloquer la reprographie puisque la porte est verrouillée, de maintenir les patrouilles de police sur l’Université, la sécurité, on ne sait pas trop ce qu’elle fait-là et quels sont ses droits réels, donc si c’est comme ça, on a qu’à occuper ce bâtiment jusqu’à ce que vous compreniez qu’il y a un rapport de force, qu’on est plus forts que vous et ce n’est qu’un début !» (Applaudissements)

(…)

Un étudiant de l’AG : « Et les étudiants qui se mobilisent, ils vont se faire sanctionner parce qu’ils n’ont pas été à un TD, parce qu’ils n’ont pas été à un cours ? On va donner les infos au CROUS pour qu’ils perdent leur bourse ou est-ce que la présidence va se positionner par rapport à ça ? Ou est-ce qu’on va toujours se faire prendre en otage entre soit se mobiliser, soit se faire virer du TD parce qu’on a été absent ou perdre notre bourse parce que les absence ont été relayées au CROUS ? Parce que c’est ça aussi, à un moment donné, empêcher une mobilisation ! Et vous n’êtes pas sans le savoir étant donné les postes de responsabilité que vous occupez…»

Yves Larmet : « Sur la question de la mobilisation, vous êtes libres de vous mobiliser. Sur la question des absences, la position est la suivante : je rappelle que dans une université, il y a une indépendance académique des enseignants et des composantes à laquelle nous tenons énormément. Donc, si un étudiant ou un groupe d’étudiants souhaite qu’un TD ou un cours soit déplacé ou reporté suite à une mobilisation, le premier niveau d’échange c’est les étudiants et l’enseignant.»

Des étudiants de l’AG : « ça marche pas, ça !»

Yves Larmet : « Le deuxième niveau, si jamais ça marche pas, c’est avec le doyen de la composante, de la Faculté, de l’École, l’IUT, qui a une autorité sur l’enseignant. Si jamais, il y a des cas que vous nous signalez de sanctions ou des mesures disciplinaires, et bien nous interviendront pour faire en sorte que ces mesures ne soient pas appliquées.»

Un étudiant de l’AG : « Vous avez le pouvoir de donner votre avis et de dire directement que vous n’acceptez pas que les enseignants pénalisent les élèves ? Est-ce que sur le principe, vous pouvez affirmer ça ?»

Jean-Yves Pabst : « Moi, en tant qu’enseignant, si y’a des étudiants à moi ici, je n’ai aucun problème, vous venez simplement me dire “jeudi, je suis en grève, je ne pourrais pas assister à votre cours”, je n’insisterai pas, c’est bon, terminé.»

Un étudiant de l’AG : « Écoutez, on va quand même vous lire le communiqué de la présidente de Paris 8, Madame Tartakowski :

Chers collègues,

L’avant-projet de loi relatif à la réforme du code du travail soulève l’inquiétude de la jeunesse et des salariés.

Ces dispositions ne peuvent que constituer une étape supplémentaire dans la réduction des droits et garanties des salariés. Elles sont un facteur d’aggravation de la précarité dont un trop grand nombre d’étudiants et de jeunes sont victimes.

Ce projet soulève à bon droit de nombreux débats dans notre université. Je partage, comme beaucoup d’entre vous, l’inquiétude et le mécontentement de ceux qui manifestent aujourd’hui à l’appel de leurs organisations.

Sachant les implications qui sont les vôtres -elle s’adresse à ses collègues et j’imagine que vous pourriez en faire partie-, je vous demande de ne pas pénaliser les étudiants qui sont mobilisés lors de cette journée d’action.

Bien cordialement,

Danielle Tartakowski »

« Moi, j’appelle ça une prise de position ! Et ce que vous êtes en train de faire n’est pas une prise de position… On est venu vous demander une prise de position officielle.»

Yves Larmet : « Encore une fois, la prise de position, c’est qu’il n’y aura pas de sanction envers les étudiants.»

Un étudiant de l’AG : « Faites un communiqué ! On vous demande un communiqué.»

Yves Larmet : « Nous, on est démocratique, donc on ne peut pas faire ça tout seul.»

(…)

Des étudiants de l’AG : « Nous on veut un papier où vous dites que vous ne sanctionnerez pas les étudiants mobilisés.»

Un personnel de l’AG : « Vous dites que ce point dépendait d’abord de la liberté des personnels, en tant que personnel, j’aimerais savoir comment vous allez les prévenir de ce que vous avez dit. D”abord les enseignants, ensuite l’UFR et ensuite vous aplanirez pour qu’il n’y ait pas de sanction, mais alors il faut prévenir les personnels.»

Jean-Yves Pabst : « ça c’est ce qu’on vous dit maintenant, on ne peut pas faire deux choses en même temps donc on va le faire après.»

Yves Larmet : « On va prévenir que tout doit être fait pour ne pas prendre de sanctions sur les étudiants qui manqueraient un cours quitte à déplacer un contrôle continu ou fait ce jour-là.»

Des étudiants de l’AG : « Faites un communiqué !»

Un étudiant de l’AG : « Donc la présidence ne s’exprime pas officiellement là-dessus et renvoie toute cette question à la responsabilité des autres personnels de l’Université.»

 

Une mobilisation sous escorte et sous surveillance : le rôle trouble de la sécurité privée de l’Université de Strasbourg

Durant la rencontre avec les élus de la présidence, la police a été appelée vraisemblablement par le directeur général des services. Seul un agent des Renseignement Territoriaux est entré dans le bâtiment et a rencontré F. Dehan.

Toutefois, depuis mi-janvier, l’Unistra fait appel à une agence de sécurité privée dont les missions sont plutôt opaques comme l’avait justement fait remarquer l’UEC dans 2 articles : L’état d’urgence à l’Université de Strasbourg : après la police, les gardiens de sécurité privés ET L’état d’urgence : quels impacts sur les étudiants ?

 

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Cette période de mobilisation révèle aussi l’étendue des secteurs d’intervention de cette sécurité privée…

Si dès notre arrivée sur le campus, on a pu croiser des patrouilles de 2 agents de sécurité en blousons orange et jaune frappés du logo “SECU EVENT”, on a aussi constaté que ces agents encadraient l’action dans le bâtiment de la présidence et surtout qu’ils ont été ensuite envoyés en équipe ( 7 agents ) pour surveiller la réunion étudiante qui a suivi l’action ! C’est donc encadrés d’une petite dizaine de Playmobil jaunes et oranges que les étudiants ont discuté des suites de la mobilisation !

Le moins que l’on puisse dire c’est que la présidence de l’Unistra envoie des signes de positionnement inquiétants qui n’aident pas à oublier le célèbre sobriquet présidentiel…

A jeudi, dans la rue !

A vendredi, pour saluer El Khomri !

 

 

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