Israël ne peut soumettre l’occupation à un referendum immoral

Hutzpah!

(Toupet)

(Yiddish) unbelievable gall; insolence; audacity

cheekiness, insolence, impertinence, impudence, crust, freshness, gall – the trait of being rude and impertinent; inclined to take liberties

par Gideon Levy
publié le lundi 29 novembre 2010.
http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/israel-can-t-put-occupation-up-for-immoral-referendum-1.327291

Trad. M.C.

La démocratie israélienne dans toute sa splendeur : le peuple tout entier se prononcera sur le prochain accord de paix, mais pas sur la question des colonies et des annexions, et pas sur la question des guerres.

28.11.10

La duperie israélienne dans toute sa splendeur : les législateurs adoptent des lois relatives au jour où on arrivera à un accord et dont le but est de différer l’arrivée de ce jour aussi longtemps que possible. Et la morale israélienne apparaît dans toute sa splendeur. On formule une question manifestement immorale en vue d’un referendum, et on aggrave notre cas parce que nous seuls, Israéliens, qui appartenons au peuple élu, déciderons du sort d’un autre peuple qui vit sous occupation depuis des générations et parce que nous osons qualifier toute cette bouffonnerie de démocratie. En fait, c’est le toupet israélien dans toute son horreur.

La question qui sera soumise à referendum est immorale. Voilà que la poursuite de l’occupation fait objet de scrutin, —comme s’il était concevable de poser une telle question. Les électeurs se verront demander qui est en faveur de la poursuite de l’occupation et qui est contre.

Exactement de même qu’un accord conclu dans le milieu du crime organisé sur des biens volés ne serait jamais acceptable dans une salle d’audience, ce type de question sur la poursuite d’une occupation est totalement indéfendable.

De même, l’idée que nous soyons les seuls à décider si les résidents syriens du Plateau du Golan ainsi que les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza se verront accorder le droit à l’autodétermination et les libertés fondamentales est totalement absurde et montre à quel point les valeurs de moralité et de justice sont déformées et perverties dans ce pays. Le fait essentiel a depuis longtemps été oublié, comme s’il n’avait jamais existé : ce qui est en cause ici est une conquête illégitime qui n’est reconnue par aucun état au monde.

Vu ces circonstances, les Israéliens n’ont pas le droit de discuter de l’avenir de cette occupation. Ici, ce fait élémentaire est perçu comme une illusion, car tout ce qui se rapporte au droit international est rejeté comme illusoire ou antisémite.

Si referendum il doit y avoir, il devrait porter sur la seule question pertinente : un seul état ou deux ?

Ces deux possibilités légitimes devraient être à l’ordre du jour du referendum : octroi total des libertés civiles à la population conquise ou fin de l’occupation. Voulez-vous vraiment un référendum ? Dans l’affirmative, il peut uniquement porter sur cette question. Vous voulez la démocratie ? Dans l’affirmative, il faut consulter tout le monde, y compris les Palestiniens.

Le problème est que ces idées sont à des années-lumière de la mentalité israélienne ; elles sont considérées comme irrecevables, et nous nous sommes bâti notre propre monde imaginaire dans lequel nous sommes les seuls acteurs. Le referendum voulu par Benjamin Netanyahu et son gouvernement a été concocté dans le seul but de semer davantage d’embûches sur le chemin d’un accord de paix et de soustraire à leur devoir des dirigeants lâches.

Le gouvernement actuel et ceux de ses prédécesseurs qui étaient animés du même esprit n’ont jamais organisé de referendum sur la construction des colonies, qui est une mesure non moins cruciale que le retrait territorial ; et ils n’ont pas non plus organisé de referendum sur l’annexion des Hauteurs du Golan et de Jérusalem-Est ou sur la cessation des guerres. Aucune de ces mesures n’a justifié un referendum ; mais pour les décisions actuelles, voilà tout d’un coup que le consentement populaire est nécessaire, apparemment dans l’espoir que le peuple s’opposera à toute concession.

En attendant, il n’y a toujours ni accord de paix ni referendum, et les dégâts empirent. D’autre part, le monde regarde comment Israël accumule toujours davantage d’obstacles et de difficultés afin d’empêcher tout accord de paix.

Et pourquoi ne devrait-il en aucun cas y avoir de referendum —même dans un scénario où la Knesset rejetterait un accord proposé ? La réponse est que l’organisation d’un “referendum-quoi-qu’il-arrive” favoriserait et promouvrait l’établissement d’un accord.

Voici la vraie question : mais bon dieu, qu’est-ce que vous voulez à la fin, et où allons-nous ? Les colonies continueront à se construire, l’occupation se fera plus profonde et plus écrasante —Alors ?

Combien d’Israéliens pourraient ne serait que répondre à la question : que voulez-vous qu’il y ait ici dans dix ans ? Dans vingt ans ? À votre avis, qu’est-ce qui se maintiendra ici : est-ce qu’il y aura toujours statu quo ?

Le premier ministre a-t-il une réponse à ces questions ? Le négociateur palestinien Saeb Erekat a récemment décrit la situation de cette façon : “J’ai rencontré des premiers ministres israéliens inquiets pour la sécurité d’Israël dans 300 ans, et d’une certaine façon je les comprenais ; mais un premier ministre dont l’unique souci est ce que vont dire les prochaines actualités télévisées est quelque chose que je n’avais jamais imaginé.”

Le temps des questions et des referendums devrait venir avant même le prochain journal télévisé. Ce moment est en fait venu depuis longtemps. Mais rassemblons enfin le courage de nous poser les questions réellement importantes.

par Gideon Levy

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