La fille de son père est déjà au gouvernement…

lu sur Mediapart

(extraits)

  • Nous y voilà. Là précisément où il ne faut pas être. Marine Le Pen a réussi depuis cinq jours une OPA spectaculaire sur le débat public. C’est en boucle, dans les journaux, radios et télévisions. Les dernières inepties xénophobes de la « fille de », qui a un congrès à gagner et une succession à arracher en janvier, et qui, avec deux phrases, a pu confisquer l’espace, nous imposant ses thèmes, ses mots, ses analyses.

    Il faut s’interroger, même si ce vieux débat dure depuis un quart de siècle, sur la responsabilité des médias ou plutôt son absence de toute mémoire dans le traitement du Front national. Marine Le Pen est-elle une « bonne cliente » ? Oui, si l’on en croit la forte audience rassemblée jeudi dernier par l’émission « A vous de juger » d’Arlette Chabot : 3,3 millions de téléspectateurs et le quatrième meilleur score, derrière Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn et le duo Rachida Dati/Bernard Tapie.

    Fallait-il l’inviter ? Sans doute puisque, quoi qu’on en pense, elle représente un courant électoral dont on peut redouter qu’il se situe encore aujourd’hui aux alentours d’un potentiel électoral de 15% des voix. Seuls importent dès lors les questionnements, explications et prolongements.

    Il est autrement plus inquiétant de voir, samedi, dimanche et lundi, micros et caméras se ruer sur la future dirigeante du Front national. L’avez-vous dit ? Le rediriez-vous ? Le pensez-vous vraiment ? Du pain bénit pour celle qui, du coup, a improvisé une nouvelle conférence de presse lundi, suivie d’interviews relais lui permettant de poursuivre son occupation du terrain. Mediapart a publié de nombreuses enquêtes sur Marine Le Pen, sa base électorale du Pas-de-Calais, l’épuisement de Jean-Marie Le Pen et les crises de son parti (elles peuvent être retrouvées sous l’onglet « Prolonger »). L’objet n’est évidemment pas d’ignorer le FN. Il est de ne pas lui laisser les porte-voix et tribunes sans condition ni précaution.

    De ce point de vue, les médias ne portent pas la seule responsabilité de cet embrasement de l’extrême droite. L’essentiel est ailleurs et nous ramène une fois encore au pouvoir sarkozyste et au parti majoritaire, l’UMP. Nous avons vécu durant vingt ans, de 1987 à 2007, dans un principe républicain à peu près intangible : pas d’alliance, pas même de proximité entre la droite de gouvernement et une extrême droite frappée de racisme et de xénophobie.

    Cela ne s’est pas fait sans mal (dérapages multiples, phrases scandaleuses de Jacques Chirac, alliances dans les conseils régionaux, petits arrangements de députés) mais ce principe a tenu bon. Et le débat qui était né dans les années 1980 sur la « porosité » entre la droite classique et le FN s’est éteint durant les années 1990. Et voilà qu’aujourd’hui cette porosité n’est plus un débat mais un fait. Une partie de l’UMP et de ce gouvernement campe sans complexe sur les territoires de l’extrême droite, estimant que le hold-up réussi en 2007 par Nicolas Sarkozy sur les voix du Front national l’autorise à tout.

  • «Le politiquement correct islamiste»

    Faisons un cauchemar : Marine Le Pen est présidente de la République ou premier ministre. Et à cette aune, revisitons discours et décisions de ces derniers jours :

    Mercredi, le ministre de l’intérieur annonce à la Une du Figaro un nouveau plan de lutte contre l’immigration illégale. Il s’agit d’« amplifier » ce qui a été entrepris.

    Vendredi, le préfet de l’Allier, Pierre Monzani, s’en prend sur la radio publique France Info aux « gauchistes » : « Vous êtes des minables ! » Le 25 novembre, il avait fait interpeller en toute illégalité un militant syndicaliste pour l’empêcher d’aller manifester contre Nicolas Sarkozy, en déplacement dans le département.

    Pierre Monzani.

    Pierre Monzani.

    Nommé préfet en juillet 2009, Pierre Monzani est d’abord un militant de choc. Ancien proche de Pasqua, il a été le porte-parole de « La Droite libre », ce groupuscule d’ultras (la « droite décomplexée », disent-ils) logé au sein de l’UMP et passerelle toute trouvée vers l’extrême droite. Elle fut créée par l’un des conseillers de Nicolas Sarkozy, Rachid Kaci, lui aussi recyclé dans la préfectorale depuis.La Droite libre vient d’applaudir l’approbation par les Suisses de l’expulsion des étrangers condamnés. Leurs idées peuvent être découvertes ici, tout comme de consternants écrits de Pierre Monzani (ici par exemple : « Nous avons supporté sans, hélas, broncher toutes les vilénies contre la France, contre le christianisme, contre le judaïsme, et il faudrait aujourd’hui nous incliner devant le politiquement correct islamiste. Nous croit-on suffisamment dévertébrés pour penser que notre Occident en soit arrivé là ? »)

    Vendredi, le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, condamné pour propos racistes, vole au secours de policiers condamnés pour faux témoignages. Des parlementaires UMP dénoncent une magistrature gangrenée par les gauchistes du syndicat de la magistrature.

    Samedi, le dirigeant du parti présidentiel, Jean-François Copé, estime qu’il faut « revenir aux fondamentaux », lutte contre l’insécurité, contre l’immigration clandestine, relance du débat sur l’identité nationale. « A nous d’être très offensif, à l’image de ce que fait Brice Hortefeux dans le domaine de la sécurité et de la lutte contre l’immigration clandestine », dit-il (notre article ici).

    Dimanche, le ministre de l’intérieur « persiste et signe ». Oui, il faut soutenir les policiers dans leur difficile tâche de lutte contre la délinquance.Lundi, le même ministre de l’intérieur réunit tous les préfets et les appelle à « amplifier » les expulsions d’étrangers en situation irrégulière pour atteindre l’objectif 2010 de 28.000 reconduites à la frontière. « Je veillerai personnellement à vos résultats », prévient-il. Le 25 novembre, l’expulsion d’un Rom avait retenu l’attention : il avait récupéré une machine à laver jetée dans une déchetterie.

    Dans la nuit de lundi à mardi, les députés UMP passent en force contre l’avis du Sénat pour rendre payant l’accès à l’aide médicale d’Etat. Elle offrait, jusqu’à présent, une couverture médicale gratuite aux étrangers en situation irrégulière dont les revenus sont inférieurs à 634 euros par mois. « Pas question d’alourdir d’un euro de plus le déficit budgétaire», avait ordonné la semaine précédente François Fillon (lire notre article ici).

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