Témoignage d’un sans papiers arrêté lors de la rafle à Barbès (Paris)

img_6534Pendant les rassemblements contre les groupes d’extrème droite qui ont tué Clément . 

Les sans papiers arrêtés hier devraient passer mercredi prochain au JLD de Paris.

Article mis en ligne le samedi 8 juin 2013

Il y a eu une rafle gigantesque à Barbes hier après midi, le quartier a été entierement bouclé pendant plus de deux heures , et les dizaines et dizaines de sans papiers arrêtés étaient amenés dans des bus stationnés au métro. On sait d’ores et déjà qu’une partie des gens est désormais au CRA de Vincennes.

Jeudi 6 juin dans l’après-midi, une rafle comme on n’en voyait plus depuis la guerre d’Algérie ou depuis les grandes vagues d’expulsions de squatts au début des années 1980, a eu lieu à Barbès. Pendant presque deux heures tout un quartier a été bouclé, les gens ne pouvant plus ni entrer ni sortir, bloqués par des centaines de flics de toute sorte arrivés à bord de dizaines de véhicules, quadrillant la zone jusqu’à la Gare du Nord, La Chapelle, Château Rouge et Anvers. A l’intérieur du périmètre qui comprenait la rue de la Goutte d’Or, la rue des Islettes et une autre rue parallèle à la rue des Islettes, les flics se déploient. A l’extérieur du périmètre ils sont apparemment aussi extrêmement nombreux. Divers contrôles sont effectués : papiers et ventes à la sauvette, hygiène dans les établissements (d’après ce que disent certains commerçants mais ça je n’ai pas vu).

Des gens commencent à s’entasser aux différents check points. Protestations molles, entre résignation et agacement. Très vite, à l’intérieur du quartier bouclé, beaucoup moins de “vrais gens” que d’habitude et une multitude de patrouilles de robocops qui interpellent au faciès. Comme souvent, délit d’extranéité et de classe sociale sont de mise, à savoir que les cibles principales du contrôle sont les Africains qui ressemblent à des mecs qui viennent d’arriver du bled.

A chaque fois qu’ils en capturent, les bleus appellent victorieusement leur central avec leur talkie pour annoncer combien ils en ont attrapé. Puis ils les ramènent vers des bus d’embarquement sur le boulevard Barbès. Apparemment tout un staff technique et bureaucratique était installé dans les cars.

A un moment, une vieille dame juive a attrapé un jeune sans papier qui était capturé et elle a dit que c’était son fils. Les flics voulaient quand même l’emmener car évidemment ils ne la croyaient pas mais elle criait et s’accrochait au jeune homme et ils ont finalement du le lâcher.

Quand les flics bouclent un quartier ils sont plus ou moins obligés de relâcher les barrages qui empêchent de sortir et entrer dans le quartier pour la sortie de l’école. Du coup ils ont ouvert les barrages à 16h25

Mais attention, ouvrir les barrages et laisser les gens circuler dans le quartier ne signifie pas que les contrôles vont s’arrêter… Au contraire, et de fait plein de gens se sont fait attraper comme ça. Voyant que certains flics en uniforme partaient et que les camionettes de CRS qui barraient les rues se poussaient, pas mal de personnes, sans doute réfugiées dans des halls, sont sorties de leur cachette… Mais c’était sans compter avec des groupes de civils qui par quatre ou cinq ou six sillonnaient le quartier, pour certains avec des camouflages assez réussis (le rasta, le gars qui ressemble à un sans papier, la fille déguisée en jeune de quartier), et contrôlaient et arrêtaient les gens. Les personnes arrêtées étaient alors conduites menottées dans des bus stationnés à ce moment-là sous le métro au carrefour Barbès. Le dernier bus rempli est parti vers 16h30.

En tout cas, même à 4 ou 5 ça vaut le coup de commencer à gueuler. Dans
cette apathie déprimante où on a l’impression que les gens sont menés à
l’abattoir dans la passivité la plus totale si ce n’est quelques
ronchonnements individuels (mais on est prisonniers dans notre quartier)
ou désabusés (Ah ici c’est comme ça ils cherchent les cigarettes, les
sans papiers, pff) ça finit toujours par entrainer des personnes qui
n’osaient pas se lancer pour protester et se transformer en petit
rassemblement, ça permet de discuter de ce qu’il se passe. Ca met un
rapport de solidarité minimal mais essentiel avec les gens arrêtés et
les autres qui y ont échappé. A une époque où, de plus en plus, chacun/e
pointe mutuellement l’ « Autre » comme responsable de ses petits tracas
et des malheurs du monde (les Rroms, les vendeurs à l sauvette, les sans
papiers, les jeunes…) ça permet de rappeler que la cible de l’Etat
qu’il soit estampillé de droite ou socialiste c’est toujours les pauvres.
Même seul/e, et bien pareil on peut toujours discuter (et donc de ne pas
rester seul/e) et même parfois donner des petits coups de main à des
gens pour essayer de leur éviter d’être controlés. Et puis ça permrt
toujours d’essayer d’analyser comment cela se passe et raconter.
Plus tard, au rassemblement pour l’assassinat de Clément Méric nous
avons appris qu’une partie des gens emmenés dans les bus avaient été
conduits au commissariat de la rue de Clignancourt. Cela avait un vrai
sens par rapport à l’assassinat de Clément Méric et à ses engagements de
lier les 2 événements. C’est en tout cas ainsi que plusieurs d’entre
nous l’ont ressenti. On ne peut pas laisser des Manuel Valls affirmer
vouloir « éradiquer la violence d’extrême droite » le matin et faire
rafler 150 sans-papiers à Barbès l’après-midi. On ne peut pas ignorer
que les politiques de tous bords depuis des années instrumentalisent la
montée de l’extrême droite pour leurs objectifs électoraux tout en
faisant son terreau en favorisant le nationalisme et en désignant des
bouc-émissaires (les « clandestins », les Rroms, les vendeurs à la
sauvette…) à la misère sociale dont ils sont les gestionnaires. Cela a
d’ailleurs été rappelé aux socialistes tels Anne Hidalgo qui sont venus
au rassemblement mais qui ont du très vite le quitter sous les cris de «
les fascistes assassinent à saint lazare ; le PS rafle à barbès »

Un appel à se rendre au commissariat de la rue de Clignancourt pour
20h30 a donc circulé. La rue était bloquée à la circulation par
plusieurs camionettes et un bus de la police qui sert à transporter les
gens arrêtés dans les manifs. Les premières personnes arrivées ont
constaté que dans ce bus posté juste devant le commissariat étaient
parqués plusieurs sans-papiers. Quelques autres sortaient libres. Ils
nous ont dit que dans le commissariat ils avaient été triés : certains
comme eux pouvaient sortir et d’autres qui allaient être conduits au
centre de rétention de Vincennes étaient montés dans le bus. Ils
pensaient que les gens emmenés à Vincennes étaient ceux qui avaient déjà
un « quitte » (oqtf). Cela faisait plusieurs heures que ces derniers
étaient enfermés là sous une chaleur écrasante, sans pouvoir boire ;
manger, aller aux toilettes. Sans attendre l’heure du rassemblement, des
slogans ont commencé à fuser « Liberté », « solidarité avec les
sans-papiers » auxquels les dizaines de personnes emprisonnées dans le
bus ont répondu chaleureusement en criant eux aussi et en tapant sur les
vitres. Très vite les flics ont violemment repoussé les quelques
personnes présentes en bas de la rue à grand renfort de coups de tonfas,
coups de pieds, insultes, … Très vite, alors qu’en bas de la rue
quelques autres personnes commençaient à arriver, le bus a commencé à
partir, protégé par un grand renfort de flics dont certains étaient
flashball à la main. Nous n’avons pu qu’unir nos slogans à ceux de ceux
qui étaient enfermés à l’intérieur.

Le lendemain nous avons su qu’une quarantaine de personnes étaient
enfermés au centre de rétention de Vincennes. D’autres sont peut être
dans d’autres centres de rétention. Les gens arrêtés devraient passer
devant un JLD mardi ou mercredi si ils ne sont pas expulsés d’ici là.


Témoignage d’un sans papiers arrêté lors de la rafle d’hier à Barbès.

” Les flics nous ont traités comme des terroristes. Ils nous ont mis des menottes en plastique. Elles étaient très serrées, on a encore les marques. On va aller voir le médecin pour faire un certificat.
Ils ont encerclé Barbès et ils contrôlaient « au visage », tous les Arabes, les
Noirs… Ils étaient très méchants et ne respectaient personne. Il sont arrivés vers 14 heures et gueulaient après tout le monde dans la rue. Il y a des gens ça fait 10 ans qu’ils sont ici et ils n’avaient jamais vu ça.

Moi je sortais de chez le coiffeur et c’est un policier en civil qui m’a arrêté. C’était comme Guatanamo. Ça veut dire quoi ? Parce que on est arabe, on
est des terroristes, ou quoi ? On a risqué notre vie sur un bateau, on est passé par Lampedusa et ici il n’y a pas de liberté.
On a cru qu’on était en Tunisie. On n’ a pas de problème avec les
gens ici, on a un problème avec les flics.

Ensuite ils nous ont
amenés au commissariat de Clignancourt, on était 40 dans une
cellule et on ne pouvait pas respirer. Et si on protestait, les flics
disaient : «  Ferme ta gueule. Pourquoi vous êtes venu
ici, Restez chez vous ! 
 ». Il y avait aussi un vieux
touriste marocain au commissariat, sa famille a apporté ses papiers
et il a été libéré. Quel accueil touristique !

Devant le commissariat il y avait des dames qui n’étaient pas d’accord et qui criaient Liberté ! Et les flics les ont frappées.

On a doit être 40-50 de Barbès au
CRA‌. Même en Tunisie la prison c’est pas comme ça. Personne ne
mange. On a décidé de faire la grève de la faim la semaine prochaine. La
prison c’est mieux parce que là je ne sais ce qui va se passer demain. Il n’y a
pas de solution. (…)

Centre de rétention de Vincennes, vendredi 7 juin 2013

Les sans papiers arrêtés hier devraient passer mercredi prochain au JLD de
Paris. Soyons nombreux pour les soutenir !

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