« Théorie du genre » : des universitaires alsaciens contre la rumeur

L’Alsace 29 janvier 2014

http://www.lalsace.fr/actualite/2014/01/29/theorie-du-genre-des-universitaires-alsaciens-contre-la-rumeur

Après avoir provoqué un absentéisme inhabituel dans un certain nombre d’écoles bas-rhinoises vendredi dernier, suscitant les réactions du rectorat et de la Ville de Strasbourg, l’initiative des « anti-genre » risque-t-elle de gagner le Haut-Rhin ? Le site des JRE (pour « Journée de retrait de l’école ») annonce en tout cas une date pour Mulhouse, en février, tout en s’abritant derrière l’anonymat d’organisateurs, impossibles à joindre.
Les contradicteurs de ce mouvement utilisant largement les réseaux sociaux, qui tiennent à faire l’information face aux rumeurs, s’affichent, par contre, de plus en plus clairement. Parmi eux, un groupe d’universitaires alsaciens, dont nous publions ci-dessous la tribune :

Pour en finir avec les idées reçues.
Les études de genre, la recherche et l’éducation : la bonne rencontre

Depuis quelques jours, les élèves et les parents d’élèves sont harcelés de mails et de SMS provenant d’associations extrémistes qui propagent la rumeur selon laquelle, parce que « le genre » est introduit dans les programmes scolaires, leurs enfants seraient en danger à l’école. Non seulement cette manœuvre de déstabilisation des parents est révoltante (les enfants ont été privés d’école) mais de plus cette rumeur est totalement mensongère.
NON, les enfants ne sont pas en danger. Non, il n’y aura pas de projection de films « sexuels » à l’école, et les garçons ne seront pas transformés en filles (et inversement).
NON, la prétendue « théorie du genre » n’existe pas. Le genre est simplement un concept pour penser des réalités objectives. On n’est pas homme ou femme de la même manière au Moyen-Âge et aujourd’hui. On n’est pas homme ou femme de la même manière en Afrique, en Asie, dans le monde arabe, en Suède, en France ou en Italie. On n’est pas homme ou femme de la même manière selon qu’on est cadre ou ouvrier. Le genre est un outil que les scientifiques utilisent pour penser et analyser ces différences.
OUI, les programmes scolaires invitent à réfléchir sur les stéréotypes de sexe, car l’école, le collège, le lycée sont le lieu où les enseignants promeuvent l’égalité et le respect mutuel, où les enfants apprennent le respect des différences (culturelle, sexuelle, religieuse).
OUI, l’école est le lieu où l’on permet à chacun, par les cours de français, d’histoire, de SVT, d’éducation civique, d’éducation physique, de réfléchir sur les conséquences néfastes des idées reçues et d’interroger certains préjugés, ceux qui ont fait que pendant des siècles un protestant ne se mariait pas avec une catholique, ceux qui font que l’on insulte encore aujourd’hui une ministre à cause de sa couleur de peau, ceux qui font que des petits garçons sont malmenés aux cris de « pédés » dans la cour de l’école, ceux qui font que Matteo n’osera jamais dire qu’il est élevé et aimé par deux mamans, ceux qui font qu’Alice veut mourir car on la traite de garçon manqué, ceux qui créent la haine et la discorde.
Les études de genre recouvrent un champ scientifique soutenu par le Ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur et le CNRS, et elles ont des utilités nombreuses dans l’éducation et la lutte contre les discriminations : ces études et ces travaux existent à l’université depuis longtemps. Ainsi, l’Académie de Strasbourg organise une journée de formation continue sur cette question, à destination des professeurs d’histoire géographie et, à l’Université de Strasbourg, un cours d’histoire des femmes et du genre est proposé dans la licence de Sciences historiques, tout comme, par exemple, plusieurs cours de sociologie, de sciences de l’éducation, d’anthropologie portent sur le genre. Des séances de sensibilisation aux questions d’égalité entre les sexes sont intégrées dans le parcours de formation des enseignants du primaire et du secondaire.
« Vati liest die Zeitung im Wohnzimmer. Mutti ist in der Küche. ». Voilà comment les petits Alsaciens apprenaient l’allemand, à travers les aventures de Rolf et Gisela, dans les années 1980. Réfléchir sur le genre, c’est réfléchir sur les effets de ce type de messages.
En permettant aux élèves de se demander pourquoi les princesses ne pourraient pas aussi sauver les princes, en montrant que, selon les lieux et les époques, les rôles des hommes et des femmes ont varié et que l’amour a des formes multiples, les chercheurs, les enseignants et les professeurs des écoles permettent aux enfants, citoyens et citoyennes de demain, de construire un monde plus égalitaire et plus harmonieux.

Les signataires : Sandra Boehringer, maîtresse de conférences, faculté des sciences historiques, Université de Strasbourg (Unistra) ; Philippe Clermont, maître de conférences, Ecole supérieure du professorat et de l’éducation, Unistra ; Jean-Pascal Gay, maître de conférences, faculté des sciences historiques, Unistra ; Estelle Ferrarese, professeure, faculté des sciences sociales, Unistra ; Céline Petrovic, chargée d’enseignement, faculté des sciences de l’éducation, Unistra ; Sylvie Monchatre, maître de conférences, faculté des sciences sociales, Unistra ; Frédérique Berrod, professeure de droit, spécialiste de droit de l’Union européenne, institut d’étude politique, Unistra ; Claire Metz, maître de conférences en psychologie clinique, Ecole supérieure du professorat et de l’éducation, Unistra ; Thomas Brunner, professeur agrégé, faculté de sciences historiques, Unistra ; Anne Thevenot, professeur en psychologie clinique, faculté de psychologie, Unistra ; Alexandre Sumpf, maître de conférences, faculté des sciences historiques, Unistra ; Odile Schneider-Mizony, professeure de linguistique, faculté des langues et cultures étrangères, Unistra ; Corinne Grenouillet, maître de conférences, faculté des lettres, Unistra ; Dominique Schlaefli, ingénieur de recherches, service formation continue, Unistra ; Loup Bernard, maître de conférences et archéologue, faculté des sciences historiques, Unistra ; Isabelle Laboulais, professeure, faculté des sciences historiques, Unistra ; Céline Clément, professeure en psychologie et sciences de l’éducation, Ecole supérieure du professorat et de l’éducation, Unistra ; Michele Audin, professeure, UFR mathématiques et informatique, Unistra ; Florence Lecomte, chargée de recherche, institut de recherche mathématique avancée, CNRS et Unistra ; Fabienne Muller, maître de conférences, faculté de droit / institut du travail, Unistra ; Michel Koebel, maître de conférences, faculté des sciences du sport, Unistra ; François Bonnarel, ingénieur de recherche CNRS, unité mixte de recherche CNRS/Unistra “observatoire astronomique de Strasbourg” ; Nicole Poteaux, professeure émérite de sciences de l’éducation, faculté de sciences de l’éducation, Unistra ; Hervé Polesi, maître de conférences associé, faculté des sciences sociales, Unistra ; Audrey Kichelewski, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, faculté des sciences historiques, Unistra ; Mélanie Jacquot, maîtresse de conférence en psychologie clinique et psychopathologie, faculté de psychologie, Unistra ; Corine Pencenat, maître de conférences, faculté des arts, Unistra ; Nicolas Poulin, ingénieur de recherche, UFR de mathématiques et d’informatique, Unistra ; Roland Pfefferkorn, professeur, faculté des sciences sociales, Unistra ; Patricia Legouge, chargée d’enseignement, faculté des sciences sociales, Unistra ; Anne Masseran, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication, ITIRI-lsha, Unistra ; Eric Tisserand, professeur agrégé, Ecole supérieure du professorat et de l’éducation, Unistra ; Valérie Lozac’h, maîtresse de conférences, Institut d’études politiques, Unistra ; Vincent Dubois, professeur de science politique, Institut d’études politiques, Unistra ; Sébastien Michon, chargé de recherche CNRS, laboratoire SAGE/Unistra ; Pascal Maillard, professeur agrégé, faculté des lettres, Unistra ; Isabelle Hajek, maître de conférences, faculté des sciences sociales, Unistra ; Thierry Ramadier, directeur de recherche, laboratoire sociétés, acteurs, gouvernement en Europe, CNRS et Unistra ; Ioana Cirstocea, chargée de recherche, CNRS, UMR 7363 SAGE, Unistra ; Philippe Chavot, maître de conférences, faculté de sciences de l’éducation, Unistra ; Marie Augier, agrégée, chargée de cours, faculté des sciences historiques, Unistra ; Patricia Caille, maîtresse de conférences, département information-communication, IUT Robert Schuman, Unistra ; Françoise Olivier-Utard, maître de conférences, institut de recherches interdisciplinaires sur les sciences et les technologies, Unistra ; Eric Fries Guggenheim, maître de conférences, faculté des sciences économiques et de gestion, Unistra ; Agnes Duclos, technicienne de recherche et de formation, Institut d’études politiques, Unistra ; Anne-Véronique Auzet, professeure, faculté de géographie et d’aménagement, Unistra ; Magdalena Hadjiisky, maître de conférences, Institut d’études politiques, Unistra ; Yasmina chadli, agent administratif, IUT louis pasteur, Unistra ; Hélène Michel, professeure de science politique, Institut d’études politiques, Unistra ; Julien Gossa, maître de conférences, département informatique, IUT Robert Schuman, Unistra ; Jay Rowell, directeur de recherche CNRS, Unistra ; Jean-Pierre Djukic, directeur de recherche au CNRs institut de chimie de Strasbourg, Unistra ; Brigitte Fichet, maître de conférences honoraire, faculté des sciences sociales, Unistra ; Anne-Sophie Lamine, professeure, faculté des sciences sociales, Unistra ; Nicolas Belorgey, chargé de recherche, CNRS et Unistra ; Gaëlle Lacaze, maître de conférences en ethnologie, faculté des sciences sociales, Unistra ; Catherine Delcroix, professeure, faculté des sciences sociales, Unistra ; Vincent beal, maître de conférences, faculté des sciences sociales, Unistra ; Nicolas Cauchi-Duval, maître de conférences, faculté des sciences sociales, Unistra ; Julie Sedel, maître de conférences en sociologie et en science politique, IUT Robert Schuman, Unistra ; Niilo Kauppi, directeur de recherche au CNRS, laboratoire SAGE, Unistra ; Solenne Jouanneau, maître de conférences en science politique, IEP de Strasbourg, Unistra ; Jean-Yves Bart, traducteur, projet Europe, Unistra ; Jacques Haiech, professeur de biotechnologie, faculté de pharmacie, Unistra ; Michelle Poloce, PRCE IUT Louis Pasteur, Unistra ; Michaël Gutnic, maître de conférences, UFR mathématique et informatique, Unistra ; David Bousquet, professeur agrégé, centres de ressources de langues, Unistra ; Christian de Montlibert, professeur émérite, faculté des sciences sociales, Unistra

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1 Commentaire

  1. Federmann Georges Yoram Federmann Georges Yoram
    31 janvier 2014    

    Comment d’ailleurs imaginer que les parents qui détournent leurs enfants de l’école accordent un tel impact à cette “théorie” et lui impute une telle influence comme si les enfants n’avaient pas d’esprit critique?
    Ces parents ne se représentent pas la menace qu’ils exercent sur notre richesse collective représentée par l’école ,l’éducation au mêmes titres que la protection sociale , le salaire , la retraite ,le chômage ,la maternité.
    Ils exacerbent les clivages et les divisions communautaristes et renforcent les mécanismes d’oppression de la femme tout en discréditant les enseignants qui sont “naturellement ” leurs alliés pédagogiques.
    Ils signent la nécessité pour eux d’intégrer leurs gosses dans des établissements privés pour les couper de l’influence d’un enseignement républicain et laïc.
    Pour transmettre quoi alors à leurs gosses?
    D’ailleurs ,je me demande comment ces parents perlent du genre à leurs enfants?
    J’aimerais bien être une petite souris ( ou bien un rat pour respecter l’équilibre des genres et ne pas tomber dans les effets des stéréotypes) et découvrir cela.

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