Israël/Palestine/”La Paix maintenant” (sic)

Tribune libre

La Feuille de Chou publie, pour information, des textes de la mouvance La Paix maintenant, Shalom Arshav, avec lesquels elle est en désaccord, pour l’essentiel, car leur inspiration est sioniste “de gauche”…Mais il y a à grapiller cependant sur l’état d’esprit de ces gens.

David Chemla dispose maintenant d’un blog sur le site du Nouvel Obs : http://davidchemla.blogs.nouvelobs.com/

La semaine dernière les grands quotidiens nationaux israéliens publiaient un
encart publicitaire sous le titre « Pour une seconde révolution sioniste ».
Cet encart financé par un groupe d¹étudiants d¹extrême droite, Im Tirtzu,
accusait le New Israel Fund, une fondation soutenant plusieurs associations
militant pour les Droits de l¹Homme en Israël, d¹être responsables du
rapport Goldstone. Ce rapport rédigé par le juge sud africain Richard
Goldstone, lui-même juif et sioniste, à l¹intention du Conseil des Droits
de l¹Homme de l¹ONU accusait principalement Israël mais aussi le Hamas de
crimes de guerres commis pendant l¹opération Plomb durci de l¹an dernier.
Cet encart publicitaire représentait la professeure Naomi Chazan, Présidente
du New Israel Fund et ancienne députée du Meretz à la Knesset avec des
cornes sur la tête. Il accusait les associations financées par cette
fondation, dont les “Médecins pour les Droits de l¹Homme” ou “Brisons le
silence”, l¹association des soldats israéliens témoignant contre
l¹occupation, d¹être à l¹origine de 90 % des allégations de crimes de guerre
figurant dans le rapport Goldstone. Suite à cette publication, Le Jérusalem
Post, journal classé à droite, supprimait la tribune que Naomi Chazan
tenait toutes les semaines dans ses colonnes. Un voyage prévu de longue date
de Naomi à Chazan à l¹étranger pour lever des fonds pour la fondation était
supprimé. Dans Maariv, Yemini Ben-Dror, un éditorialiste accusait le New
Israel Fund ainsi que les associations qu¹il soutenait « d¹être l¹ennemi
principal, non seulement d¹Israël mais aussi du monde libre et des droits de
l¹Homme ». Ce climat malsain qui souffle en ce moment dans une certaine
presse et entretenu par la droite israélienne a des relents de maccarthysme.
Jeremy Ben Ami, le Directeur de J Street, le nouveau lobby juif américain
pour la paix, nous apprend par ailleurs que Im Tirtzu est un groupe militant
pour les colons, financé par les Chrétiens Unis pour Israël, une
organisation chrétienne fondamentaliste dirigée par le pasteur John Hagee
qui avait autrefois déclaré que Dieu avait envoyé Hitler pour conduire les
Juifs en Israël. Les « Chrétiens Unis pour Israël » ont levé l¹an dernier
100 000 $ pour le développement de la colonisation en Cisjordanie.
Bradley Burston revient dans Haaretz sur le rapport Goldstone et nous montre
qu¹en refusant de collaborer à l¹enquête menée par le juge sud africain,
Israël s¹est tiré une balle dans le pied.

Ha¹aretz, 12 février 2010

http://www.haaretz.com/hasen/spages/1148871.html

Israël a besoin de Goldstone
Bradley Burston

Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant

« Etat de choc : syndrome grave. Parmi ses manifestations et symptômes :
modifications mentales comprenant une sensation de grande angoisse, de
mauvais pressentiments, de confusion et, parfois, d¹agressivité. »
Cet article traite de la peur du noir. Du monstrueux. En l¹espèce, de la
terreur de finir par découvrir de quoi nous sommes réellement faits.
Cet article traite de jusqu¹où nous sommes prêts à aller pour protéger ce
dont nous avons désespérément besoin de croire sur nous-mêmes. Car combien
de combien de temps aurons-nous besoin que d¹autres nous accusent, nous
vilipendent, nous attaquent, fassent de nous des boucs émissaires et nous
diffament, avant que nous ne nous regardions vraiment et honnêtement dans le
miroir ?

Cet article traite de la guerre que nous avons faite à Gaza, et de ce
qu¹elle a fait à Israël. Du fait que la façon dont Israël a mené cette
guerre a fait bien plus de mal à l¹Etat juif que toutes les roquettes, tous
les mortiers palestiniens réunis.
Cela fait un an et plus qu¹une trêve a été conclue à Gaza et, en grande
partie à cause d¹une politique délibérée par Israël d¹obstruction à l¹égard
des enquêteurs des Nations unies, le monde est toujours en guerre avec
Israël.
Ce n¹est qu¹aujourd¹hui que le résultat commence à se faire sentir. De mille
façons, tous les jours renouvelées, nous avons rapporté la guerre chez nous.

Le plan de bataille d¹Israël qui, de fait, cherchait à matraquer le Hamas et
mettre la totalité de la bande de Gaza en état de choc, a eu l¹effet induit,
intentionnel ou non, de produire un état de choc en Israël même.

Cela fait un an que nous en ressentons les symptômes. Dans l¹état de choc,
le premier signe à apparaître est souvent la confusion. Un curieux sentiment
de faiblesse peut se faire sentir. Une agitation incompréhensible. Un
sentiment de froid, de confusion mentale. D¹apathie, d¹inaction. La vision
peut être brouillée.

Nous pensons : non, ce n¹est pas la guerre. La guerre est finie. La guerre
était là-bas, à un endroit que nous ne pouvons voir, que nous ne saurions
voir. Un endroit, pour tout dire, que nous ne voulons pas voir.

L¹endroit qui nous fait préférer la crainte de la vérité à la vérité
elle-même.

Dans certains cas, l¹état de choc s¹exprime par l¹agressivité. On s¹en prend
même, alors, à ceux qui offrent leur aide.

Dans notre état de choc, nous n¹avons pas su voir que Richard Goldstone
tentait de nous sauver. Et que le rapport Goldstone est exactement ce dont
Israël a besoin. Nous l¹avons combattu de toutes les manières possible,
persuadés que nous étions (comme à Gaza) que la catastrophe qui se déroulait
sous nos yeux était le meilleur des scénarios possibles.

Si Israël avait collaboré avec les enquêteurs, il aurait pu commencer à
apprendre comment empêcher une autre guerre comme celle-ci, et comment à
faire la guerre de manière totalement différente.
Ce n¹est seulement que maintenant, alors que l¹état de choc s¹estompe
lentement, que l¹establishment militaire israélien et les divers conseillers
juridiques commencent à reconnaître publiquement que le fait de combattre le
rapport Goldstone a été une bourde monumentale.

Nous avons combattu Goldstone de toutes nos forces. Comme si notre identité
même en dépendant. Davantage que le Hamas, le Hezbollah, Al Qaida,
Ahmadinejad. Le juge Richard Goldstone est devenu l¹ennemi par excellence.
Par un retournement ironique de l¹Histoire, comparable à quelque chose qui a
à voir avec la haine de soi, la droite a commencé à prendre l¹habitude de
mal prononcer son nom, intentionnellement, avec sarcasme, en « Goldstein ».

Même les gens dont le métier est d¹être mieux informés que les autres, ceux
qui se considèrent comme éclairés, modérés, perdirent l¹esprit en nommant
Goldstone des pires noms.

Le plus instructif dans cette affaire est le fait que, de tous les adjectifs
qu¹Alan Dershowitz jeta au visage de Goldstone lors d¹une interview à la
radio de l¹armée israélienne, il choisit celui considéré comme le pire de
tous, (si grave qu¹il se rétracta plus tard), le mot « moser », utilisé pour
condamner quelqu¹un qui trahit les siens, en INFORMANT. Oui, en divulguant
au monde extérieur des informations dont il disposait en privilégié qu¹il
était.

Il y a une raison qui explique pourquoi nous avons reculé avec horreur quand
Goldstone a touché un nerf. Un nerf que nous avions tout fait pour éviter.

Ceux qui ont critiqué le rapport Goldstone ont noté que sa méthodologie
était profondément biaisée et qu¹il ne reconnaissait ni n¹évaluait le
conflit vu du côté israélien. Dernièrement, la droite est allée plus loin en
accusant le New Israel Fund et sa présidente Naomi Hazan, ainsi que ses ONG
alliées, d¹avoir été des sources d¹information pour le rapport Goldstone.

Mais ces attaques ont épargné la seule ONG qui, plus que d¹autres, a été
responsable du flux d¹informations aux auteurs du rapport Goldstone et de la
teneur du rapport final : le gouvernement d¹Israël.

Ce fut Israël qui priva la commission d¹accéder à Sderot e aux victimes
israéliennes des roquettes palestiniennes. Ce fut Israël qui empêcha la
commission de recueillir des témoignages, y compris des réfutations, de la
part du gouvernement et des militaires. Ce fut Israël qui (avant même le
début des travaux de la commission), en refusant toute coopération avec la
commission, garantit un résultat déséquilibré.

Ce même gouvernement israélien fournit, par le fracas des déclarations
publiques du vice-premier ministre, le ministre des Affaires étrangères, et
de hauts gradés de l¹armée, les preuves les plus incriminantes d¹une
stratégie qui apporta la désolation sur la bande de Gaza tout entière,
civils comme groupes armés.

Ce fut le gouvernement israélien ­ prêtant ainsi le flanc à ceux qui
pensaient qu¹il avait beaucoup à cacher ­ qui résista jusqu¹au dernier
moment au résultat le plus crucial mais aussi le plus équitable du rapport
Goldstone : la recommandation qu¹Israël, comme le Hamas, enquêtent de façon
indépendante sur les allégations de violations de droits de l¹homme.

Et ce fut ce gouvernement qui, tout en continuant le blocus de Gaza, en
refusant aux Gazaouis l¹accès au béton et à d¹autres matériaux nécessaires à
la reconstruction des maisons détruites par le feu israélien pendant
l¹opération Plomb Durci, ajouta encore plus de foi aux soupçons du rapport
Goldstone : la politique israélienne a été et continue d¹être une politique
de punition collective d¹une population civile.

Malgré le nombre cauchemardesque de civils tués à Gaza, la droite a défendu
encore et encore l¹argument selon lequel le problème de la guerre a été
qu¹elle n¹a pas été menée de façon assez agressive. Aujourd¹hui, chez nous,
cet argument est entendu. Finalement, la guerre est pressée comme un citron,
les militants de la paix et des droits de l¹homme étant les cibles
principales.

La doctrine Dahiya (tuer toujours plus, exercer constamment une force
inimaginable) est appliquée aujourd¹hui contre les éléments de la société
israélienne qui défendent le plus la démocratie et les droits élémentaires.
Enfin, la guerre est menée chez nous comme la droite le souhaite. Sans
frein. Chaque jour, une nouvelle chasse à la démocratie.

Oui, le rapport Goldstone est profondément biaisé. Mais il est ce dont
Israël a besoin. Un rapport profondément biaisé pour un pays profondément
biaisé. Un pays qui ne se soignera pas, ne se réparera pas, et ne peut le
faire, à moins de faire face avec honnêteté et courage aux questions posées
par le rapport.

Tant qu¹Israël se dérobera et gardera enterrée toute la vérité sur Plomb
Durci, il ne sortira pas de son état de choc. Israël sera plus vulnérable
que jamais face à la destruction de l¹intérieur. Et Gaza, gouvernée par un
Hamas qui souhaite l¹extermination d¹Israël, et qui n¹a fait que s¹enrichir,
être mieux armé et plus populaire avec l¹embargo israélien, continuera de
soumettre la totalité d¹Israël à un état de siège déshumanisant, desséchant,
et finalement destructeur.

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