Quand l’armée U.S interdisait aux noirs de défiler lors de la libération de Paris

Lors de la Libération de Paris, un seul soldat noir faisait partie de la 2e Division blindée du Général Leclerc. À la demande des Américains, l’armée avait été blanchie un an auparavant en prévision de la bataille de France.

liberation-2eb-paris

© AFP/Archives | La foule accueille les chars de la 2e division blindée (DB) du général Leclerc lors de la parade militaire du 26 aout 2014, place de la Concorde

Le 15 août 1944, lors du débarquement en Provence, des dizaines de milliers de tirailleurs sénégalais ont posé le pied sur le sol français pour participer à sa libération. L’”Armée B”, dirigée par le général de Lattre de Tassigny était composée pour moitié de soldats africains. Une dizaine de jours plus tard, à Paris, la 2e division blindée du Général Leclerc présentait un tout autre visage. Un seul soldat noir, Claude Mademba Sy, a fait son entrée dans la capitale française, le 25 août.

Les tirailleurs noirs constituaient pourtant l’essentiel des ressources en hommes de la colonne Leclerc en 1941, puis de la force L, transformée en 2e DB, deux ans plus tard. Mais les Américains, qui ont équipé les trois divisions blindées françaises, ont en ensuite décidé autrement. Dans l’esprit de leur politique ségrégationniste d’alors, ils exigèrent que la 2e DB ne compte aucun soldat noir. “Les Américains estimaient que les Noirs n’étaient pas suffisamment instruits pour combattre dans une division blindée”, a ainsi expliqué à l’AFP l’historienne Christine Levisse-Touzé.

De Gaulle et Leclerc acceptèrent cette exigence américaine. Les tirailleurs sénégalais de la division furent alors versés dans la 1ère division française libre du général de Lattre de Tassigny, qui débarqua en Provence, ou démobilisés.

Un blanchiment plus racial que colonial

Comme l’explique par ailleurs l’historien Jean-François Muracciole dans “La libération de Paris, 19-26 août 1944″ (Tallandier, 2013), les Américains ne pouvaient pas concevoir de voir des soldats noirs faire une entrée si symbolique dans Paris enfin libéré. Il cite une note du général Walter Bedell Smith, chef d’état-major d’Eisenhower, qui écrit : “Il est hautement désirable que la division soit composée de personnels blancs”. Mais ce “blanchiment”, ajoute Jean-Baptiste Muracciole fut bien “plus racial que colonial”. Lors de son entrée à Paris, la 2e DB comptait en effet dans ses rangs d’autres soldats africains : quelque 1 300 soldats maghrébins.

Décédé en avril dernier, Claude Mademba Sy réussit toutefois à déjouer cette directive américaine. Fils du premier chef de bataillon noir de l’armée française, il fit son entrée dans la capitale avec son char dénommé “Pantagruel”. “L’objectif bien sûr était l’entrée dans Paris, nous étions très inquiets, car nous savions que Paris s’était insurgé. Donc, on savait que si on n’y arrivait pas, si nous avions été déroutés, la répression aurait été terrible, avec la menace de voir Paris coupé en deux. De plus, beaucoup d’entre nous avaient des attaches, j’avais vraiment hâte d’arriver dans Paris car nous étions sans nouvelles depuis des semaines”, avait-il décrit quelques années plus tard, selon le site Français Libres. Il participa ensuite avec la 2e DB à la libération de Strasbourg et la prise du nid d’aigle de Hitler à Berchtesgaden, près de Munich.

Avec AFP

http://www.france24.com/fr/20140820-liberation-paris-combattants-noirs-2e-division-blindee-africains-mademba-sy/

Similar posts
  • Manifestation et Free party à Strasbo... https://taranis.news/2021/01/strasbourg-16-1-2021-pplsecuriteglobale-freeparty/ 5 à 600 personnes dans la rue, malgré le froid et les interdictions de la préfecture, dans la rue, hier à Strasbourg, de 13 à 17h contre les lois liberticides! Le QG Gilets Jaunes Strasbourg République avait donné rendez-vous, comme depuis plus de deux ans, à 13h, place de la République, pour tenir une [...]
  • Livreur condamné pour antisémitisme :... Tribune refusée de publication par les Dernières Nouvelles d’Alsace, le 15 janvier 2021. Livreur antisémite : quand l’ambassade d’Israël en France s’en mêle l’antisémitisme augmente. Parce qu’il devait livrer de la cuisine israélienne, un livreur Deliveroo de Strasbourg a refusé en expliquant qu’il ne livrait pas les juifs. C’est une parole et un acte antisémites. [...]
  • Bordeaux: tensions entre associations... “L’affaire” déclenchée par la LICRA continue d’alimenter les gazettes. Ci-dessous le lien vers un site d’extrême droite local. Puis le texte paru ce soir sur le site du Monde pour les abonnés. Une précision: Marik Feytout invente la réunion que j’aurais -André Rosevègue- tenue avec le CRIF, alors que le débat qui s’est tenu fort [...]
  • Encore un procès contre un militant s... Alain H. était convoqué ce matin devant le Tribunal judiciaire de Strasbourg pour une prétendue “rébellion” en date du 16 mai 2020. C’est à 11 h 40 seulement que son procès allait commencer. Une quinzaine de manifestants solidaires étaient présents, du NPA, d’Attac, du PCOF, de l’UJFP, des Gilets Jaunes et d’ex Zadistes anti-GCO. 13 [...]
  • Atlantico: tout va bien à Gaza… Atlantico Quand on dit « Gaza » il faut ajouter aussitôt : « camp de concentration à ciel ouvert ». L’expression a été forgée par les gauches pro-palestiniennes car Auschwitz les Juifs connaissent bien. Il ne faut pas oublier non plus de l’assortir d’une mention obligatoire : « les victimes sont devenues des bourreaux ». [...]

1 Commentaire

  1. Federmann Georges Yoram Federmann Georges Yoram
    25 août 2014    

    Juste avant Thiaroye:

    Le massacre de Thiaroye ou Tiaroye1 (prononcer tiaroïe), ou tragédie de Thiaroye, s’est déroulé dans un camp militaire de la périphérie de Dakar au Sénégal le 1er décembre 1944 quand des gendarmes français renforcés de troupes coloniales ont tiré sur des tirailleurs sénégalais, anciens prisonniers de guerre récemment rapatriés, qui manifestaient pour le paiement de leurs indemnités et pécule promis depuis des mois. Le bilan officiel, rappelé par le président François Hollande lors d’un discours à Dakar le 12 octobre 2012, est de 35 morts. Dans un rapport du 5 décembre 1944, le général Dagnan dénombrait cependant 70 tirailleurs morts

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.