L’UJFP-Alsace et la “tentation de départ” (DNA)

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Bonsoir: ci-dessous la réponse que nous (UJFP Alsace) avons envoyée aujourd’hui en réponse à un article paru ce jour dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, intitulé : “Communauté Juive – La tentation du départ “

Chère Madame, cher Monsieur,

Suite à la publlcation dans les DNA du 23 janvier 2015 d’une pleine page sur « La tentation du départ », l’Union Juive Française pour la Paix-Alsace souhaite apporter les informations suivantes :

– L’une des personnes interviewées affirme avoir entendu des « cris de ‘mort aux juifs’ » lors des manifestations de cet été contre les bombardements de Gaza (qui ont fait plus de 2200 morts dont un quart d’enfants). Où a-t-il entendu ces cris ? a-t-il participé à ces manifestations ? L’UJFP s’élève avec force contre cette affirmation car aucun slogan antisémite n’a été proféré à Strasbourg. Cela n’aurait pas été toléré par les organisateurs et, le cas échéant, la ou les personnes auraient immédiatement été expulsées de la manifestation.

– La confusion entre « juif » et « israélien » est savamment entretenue par le gouvernement d’extrême-droite israélien, afin de pousser les juifs à l’émigration en Israël. A cet égard, il faut malheureusement reconnaître que le développement de l’antisémitisme est, pour ce gouvernement, une aubaine pour la réalisation de ses objectifs. Cette confusion est dangereuse, et l’UJFP la combat activement car elle peut en effet conduire dans les bras de l’antisémitisme des jeunes qui, sans formation politique suffisante, s’opposent à la politique israélienne. Ce devrait être un devoir pour tous les médias d’être vigilants dans l’emploi de ces termes.

– Concernant la peur de l’antisémitisme en France exprimée par certains de nos concitoyens juifs, nous nous associons aux mots de pierre Stambul, coprésident de l’UJFP :

« S’il y a bien un pays où les juifs sont en insécurité, c’est Israël. Il en sera ainsi tant que cet Etat niera les droits fondamentaux des Palestiniens. Je refuse la propagande selon laquelle les juifs de France seraient à la veille d’une nouvelle nuit de Cristal. C’est une folie. Les actes antisémites existent et progressent. Oui, il y a des monstres en France. Les actes racistes et islamophobes sont aussi à un niveau élevé [128 actes anti-musulmans en deux semaines !]. La solution, ce n’est pas le repli et la peur, c’est la mobilisation de la société française dans toutes ses composantes contre la haine. Comment combattre l’antisémitisme et les tentations d’affrontements identitaires ? Il faut recoudre le tissu social ».

– Un dernier mot : La formule “L’an prochain à Jérusalem” exprime non une adhésion au sionisme mais une espérance messianique bien plus ancienne, dont pléthore de rabbins n’ont cessé de rappeler qu’il ne s’agit pas d’une incitation à se rendre physiquement en Palestine.

En espérant que vous voudrez bien publier cette réponse,
Bien à vous,

Union Juive Française pour la Paix – Alsace

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DNA

Communauté juive

La tentation du départ

Outre des raisons religieuses ou idélogiques, un sentiment de peur et de malaise exacerbé par les récents attentats incite de plus en plus de membres de la communauté juive française à émigrer vers Israël. D’une inquiétude qui pousse à partir à la volonté ferme de ne pas céder à la terreur : témoignages au sein de la communauté strasbourgeoise.

Alain Lévy est l’auteur du « Guide pratique pour faire votre alyah », paru en septembre dernier, qui se veut un « compagnon de route » pour les Français qui souhaiteraient s’installer en Israël. Depuis la tuerie de Charlie Hebdo et la prise d’otages de l’Hyper Casher de la porte de Vincennes où quatre personnes ont trouvé la mort, le Strasbourgeois est « inondé de demandes de renseignements pour partir ». Il encourage d’ailleurs ses proches à « faire des papiers » israéliens. Au cas où. « Quand on voit tous les lieux de culte protégés par l’armée, on comprend que ce n’est pas une situation viable », juge-t-il. Selon lui, les derniers événements ont achevé de convaincre un nombre important de juifs de France de quitter le pays ou tout au moins de se poser la question du départ.

« Je flippe le matin quand j’emmène mes enfants à l’école »

Faire son alyah [«montée » en hébreu] avec son épouse et ses deux enfants, c’est une idée qui trotte dans la tête de Gabriel depuis quelques mois déjà. Sa famille a l’intention de tenter l’expérience « pour voir comment ça peut se passer professionnellement et comment on se sent ». Mais ce n’est pas de gaîté de cœur. « Je suis né en France. C’est mon pays, ma culture, c’est la langue que j’aime. Mais la réalité c’est que je flippe le matin quand j’emmène mes enfants à l’école », confie le Strasbourgeois.

L’idée d’un départ date de l’affaire Merah, se souvient-il. « J’ai senti qu’il y avait quelque chose de cassé dans l’idée républicaine. Et le coup de grâce, ça a été les cris de “mort aux juifs” entendus cet été, pendant plusieurs manifestations pro-palestiniennes ». Gabriel ne se revendique pas du sionisme. Et s’il envisage sérieusement de partir vivre en Israël plutôt qu’ailleurs, c’est notamment parce que le pays lui offre, en tant que juif, des facilités d’installation (lire l’encadré). « La vie n’y sera peut-être pas plus belle, mais elle y sera plus sereine », dit avec regret le père de famille, « soulagé » par le discours du Premier ministre mais en attente « d’applications concrètes ».

Une tradition strasbourgeoise du vivre ensemble

« Ce climat d’inquiétude ne date pas d’aujourd’hui et est légitime, juge le grand rabbin de Strasbourg René Gutman, à la tête d’une communauté qui compte environ 15 000 personnes. Mais il n’est ni collectif, ni unilatéral. » D’autant, pointe-t-il, qu’« on ne vit pas à Strasbourg les mêmes tensions que certaines communautés d’Ile-de-France », grâce notamment à « une tradition du vivre ensemble » et à des « relations suivies entre les responsables du culte. L’alyah ne doit se faire ni dans la fuite ni dans la peur », tranche René Gutman, qui insiste sur la multiplicité des raisons poussant un Français, juif ou non, à quitter la France, pour Israël ou ailleurs.

Cet ailleurs, Sarah (*), 29 ans, pense l’avoir trouvé à Montréal. Juive pratiquante, mariée et mère de deux enfants, elle a quitté Paris pour Strasbourg il y a deux ans afin de « gagner en qualité de vie ». Elle pense rejoindre le Canada pour les mêmes raisons, pour « fuir le pessimisme français » et trouver là-bas « une autre conception de la laïcité : pas aucune religion mais toutes les religions », indique-t-elle. Ce qui n’était qu’un projet jusqu’à il y a une dizaine de jours est devenu depuis un plan de vie. « On n’a pas peur de demain, mais on ne veut pas faire grandir nos enfants ici », résume la jeune femme, qui raconte s’être demandé cette semaine, s’il était prudent d’emmener avec elle son fils pour faire ses courses dans une épicerie casher. « La présence des militaires me rassure, confie-t-elle. Mais la nécessité de leur présence m’inquiète. Il y a eu Ilan Halimi, Toulouse, Bruxelles, Créteil [où un couple a été violemment agressé en décembre dernier parce qu’il était de confession juive, NDLR] », égrène-t-elle, craignant que « l’opinion publique ne prenne pas la mesure des actes antisémites ». Et si elle pense à fuir « la peur, ce n’est pas pour rejoindre un pays en guerre », dit-elle pour expliquer son choix. « Je me sens française, je ne me sentirai pas plus chez moi en Israël qu’au Canada. »

« Les juifs de France peuvent rester juifs en France », martèle quant à lui le grand rabbin pour lequel l’aspiration à l’alyah tient du cheminement personnel et non d’une fuite en avant.

« Mon pays, c’est la France »

« J’ai la trouille, cède Léa (*), 28 ans, juive traditionaliste. Avant d’apporter une précision à laquelle elle tient : « J’ai la trouille en tant que Française. » Depuis la semaine dernière, juifs et non juifs de son entourage lui ont plusieurs fois soumis l’idée de l’alyah. « Mais je ne vois pas pourquoi je devrais vivre en Israël, s’insurge-t-elle. C’est un pays qui a une culture qui n’a rien à voir avec la mienne. Mon pays c’est la France. Un pays qui a mobilisé des milliers de militaires pour ma sécurité et celle de mes enfants. Ce serait un affront de considérer que je n’ai pas ma place dans un pays qui fait ça pour moi. » Et si la jeune femme estime que « le mot terrorisme » a pris tout son sens les 7 et 9 janvier, elle refuse de « se laisser paralyser ».

Un sentiment que partage Annie (*), née à Strasbourg il y a un peu plus de soixante ans d’un père polonais et d’une mère hongroise. Elle voit une « irruption du réel » dans les attentats parisiens. « Je n’ai jamais pensé que l’antisémitisme avait disparu », prévient la sexagénaire qui a été « très touchée », au lendemain des événements, par les réactions de « cette France que j’aime et qui m’a beaucoup apporté ».

Comme beaucoup d’autres membres de la communauté juive de Strasbourg, elle n’a pas du tout l’intention de quitter cette ville où elle estime que « les religions vivent en harmonie ». Plus encore, elle tient à prendre part au travail de dialogue et de reconstruction qui s’annonce. « Quand on se rassemble autour d’un projet, on a tous les mêmes valeurs, quelle que soit notre religion », appuie la jeune sexagénaire qui souhaite que « la pulsion de vie reprenne le dessus ».

(*) Ces prénoms ont été modifiés.

La réponse (tronquée) de l’UJFP dans les DNA

L’émigration

L’émigration vers Israël

Mme Josiane Olff-Nathan, Strasbourg

« Suite à l’article “La tentation du départ” (DNA du 23 janvier), l’Union Juive Française pour la Paix-Alsace souligne que la confusion entre “juif” et “israélien”, savamment entretenue par le gouvernement israélien afin de pousser les juifs à l’émigration en Israël, est dangereuse ; l’UJFP la combat activement car elle peut en effet conduire dans les bras de l’antisémitisme des jeunes qui, sans formation politique suffisante, s’opposent à la politique israélienne.

Il convient ici de rappeler les mots de Pierre Stambul, coprésident de l’UJFP : “Je refuse la propagande selon laquelle les juifs de France seraient à la veille d’une nouvelle nuit de Cristal. C’est une folie. Les actes antisémites existent et progressent. Oui, il y a des monstres en France. Les actes racistes et islamophobes sont aussi à un niveau élevé [128 actes anti-musulmans en deux semaines !]. La solution, ce n’est pas le repli et la peur, c’est la mobilisation de la société française dans toutes ses composantes contre la haine. Comment combattre l’antisémitisme et les tentations d’affrontements identitaires ? Il faut recoudre le tissu social ».

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