« Combattre le philosémitisme » : impasse de l’antiracisme

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Commentaire de Rudolf Bkouche

Première impression à la lecture de ce texte. L’auteur n’a pas compris que le philosémitisme, qu’il soit d’Etat ou pas, est une forme d’antisémitisme. La mise à l’écart d’un peuple, que ce soit en positif ou en négatif, est une forme de racisme.
Ce que dénonce Houria Bouteldja, c’est le philosémitisme d’Etat, c’est-à-dire une forme de discrimination raciale. Même si ne partage pas tout ce qu’elle dit, sur ce point elle pose une question importante qu’on ne peut mettre de côté sous prétexte d’antiracisme.
A côté de la mauvaise conscience européenne liée aux agissements antijuifs européens, lesquels ne se réduisent pas au nazisme, que ce soit l’antijudaïsme chrétien ou l’antisémitisme racial, il faut poser la question du philosémitisme d’Etat dans sa globalité.
Si on veut éviter tout amalgame, il faut d’abord prendre en compte que le philo-truc comme l’anti-truc est une forme de discrimination, de mise à part d’un groupe humain au nom d’une essence, que ce soit pour le rejeter ou pour l’admirer. C’est cet essentialisme qui fonde ce qu’on appelle le racisme et qui ne se borne pas seulement à la race.
A côté de ce point de vue général, il faut regarder les enjeux de ce philosémitisme d’Etat, lequel ne relève pas du seul sentiment.
La judéophilie ou le philosémitisme est une façon que je dirai perverse de reconnaître une culpabilté, perverse au sens ou cette reconnaissance devient vite ce que l’on pourrait appeler une autoamnistie. Si je reconnais ma culpabilité je deviens un peu moins coupable. Et une façon d’être moins coupable c’est la philie envers les Juifs, et parmi cette philie, le soutien à Israël.
Quel Européen pourrait, après la Shoah, contester à Israël son droit à l’existence ?”
écrivait Habermas dans un article du Monde. Reconnaître la culpabilité envers les Juifs permet d’oublier les Palestiniens.
Mais le philosémitisme d’Etat a un autre avantage. La préférence affichée envers les Juifs fabrique du ressentiment chez ceux qui subissent le racisme et cela n’est pas un simple hasard. Les Juifs, parce qu’ils ont été victimes deviennent des victimes privilégies. Si ce ressentiment se traduit pas des déclarations antijuives, voire par des actes antijuifs, cela permettra de dénoncer l’antisémitisme du pauvre, ce qui ne pourra que légitimer l’oppression contre ces nouveaux antisémites. C’est en ce sens que les Juifs deviennent des boucliers idéologiques. La question est d’autant plus important que des Juifs considérés comme représentatif de l’ensemble des Juifs de France sont prêts à accepter ce philosémitisme d’Etat dans la mesure où ce philosémtisme conduit au soutien à Israël.
Ainsi le philosémitisme d’Etat joue un double rôle, envers les Juifs qu’il caresse dans le sens du poil et envers les “nouveaux antijuifs”. Et cela d’autant que l’antisémitisme des banlieues est souvent la copie du vieil antisémitisme européen dont il reprend nombre de poncifs.
S’il faut condamner l’antisémitisme comme toute forme de racisme, il faut condamner tout autant le philosémitisme d’Etat.
Je ne pense pas qu’il faille entendre les déclarations de Houria Bouteldja comme des déclarations antijuives, par contre elle nous rappelle combien le philosémitisme d’Etat est dangereux et qu’il faut savoir le combattre.

rudolf

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