CRA Geispolsheim: aucune barrière n’arrêtera la solidarité avec les internés des camps de rétention!

VIGICRAGE

Vigilance CRA GEispolsheim

jeudi 8 avril 2010

En ce moment même, un reportage sur France 2 sur les camps d’internement en France de 1938 à 1946…

Prochain épisode, les centres de rétention sous la Ve République?
Le préfet du Bas-Rhin n’a pas digéré la libération d’Eléna Ten, cette étudiante russe, retenue du 1er au 6 avril au CRA de Geispolsheim et libérée après une brève mais efficace campagne de solidarité au grand dam du ministère de l’Intérieur qui a noté que, dès le lendemain de sa rétention, la presse régionale et nationale, prévenue par un blog, a médiatisé cette affaire.

Le soutien de personnalités ajouté à celui d’en bas a permis de faire libérer Eléna, assignée à résidence jusqu’aux résultats de ses examens que nous souhaitons positif.

Tout avait commencé jeudi 1er avril, suite à l’action de solidarité de 6 personnes de VIGICRAGE devant les grilles du CRA.

Pour ce jeudi 8 avril, avait été annoncée, sur le blog et au rassemblement place Broglie, une nouvelle action de solidarité.

A 13h45h, trois personnes étaient au tram Montagne-Verte. Départ pour le CRA.

Arrivés là-bas, à 14h, nous y trouvons un journaliste qui nous attend, et, surprise, une belle barrière rouge et blanc abaissée au début du chemin qui mène au centre,en face du panneau Geispolsheim-Gare, et derrière la barrière, deux gendarmes, plutôt beaux gosses, dans leur seyant uniforme noir de (Play) Mobile, en faction, à côté d’un véhicule.

On s’avance, on dit vouloir nous rendre au CRA. Les gendarmes demandent le nom de ceux que nous voulons visiter!

Il faut savoir que, jusqu’à présent, on pouvait accéder par le chemin, jusqu’au double grillage du CRA, et parler librement aux “retenus” dans la cour.
C’est ce qui nous avait permis, la semaine précédente de faire la connaissance d’Eléna, de la visiter, une fois son nom connu, et enfin de la faire libérer.

C’en était trop pour le ministère de l’Intérieur et pour le Préfet (il apprend vite) qui a donc fait ajouter un obstacle supplémentaire à la solidarité.

S’il s’imagine que cela nous fera renoncer, il se trompe. Et d’ailleurs, la preuve en a été faite immédiatement cet après-midi.

Entre temps, cinq autres personnes étaient arrivées devant le chemin menant au Centre de rétention administrative. On était donc huit, deux de plus que la semaine précédente. (Note bien Préfet!).

Dont trois étudiants de Sciences Politiques à qui le Préfet offrait des Travaux pratiques bienvenus. Ils ont beaucoup appris, sur le terrain, profitant à la fois de l’expérience des anciens et de de l’épreuve inattendue gracieusement offerte .

Nous nous sommes procurés, après quelques coups de téléphone, le nom d’un retenu. Deux d’entre nous ont alors passé le barrage, en riant autant que les gendarmes.

Petite marche apéritive sous le soleil tempéré par les arbres de la forêt proche. On longe un plan d’eau bucolique avec des cabanes de pêcheurs. Près des grilles, pendant que les gendarmes contrôlaient pour la seconde fois nos papiers, nous avons largement eu le temps de parler aux visiteurs qui discutaient avec les retenus dans la cour et avec ces mêmes retenus qui nous ont obligeamment transmis quelques noms de personnes à visiter pour les suivants.

On en avait plus qu’on pouvait en visiter, mais pas de problèmes, avec ces réserves, qu’on garde au frais,il y a de quoi revenir tous les jours…

Première visite pour un Russe. Les gendarmes nous disent qu’il a refusé de parler depuis qu’il est au centre, c’est à dire 11 jours. On ne sait pas s’il acceptera notre visite. Finalement, il nous reçoit (si on peut dire) dans le bureau aménagé en parloir, sous la surveillance de deux gendarmes derrière la vitre.

Il s’appelle Anton Yusupof, né le 25 janvier 1984, à Molodetchno en Biélorussie. Il a le visage fermé, l’air très méfiant et ne desserrera pas les lèvres de la demi-heure au point qu’on se demandait s’il refusait de parler ou s’il était muet.

Cependant, après lui avoir expliqué tant bien que mal que nous étions des humanitaires qui pouvaient rendre service, il a fini par nous répondre par des petits mots en anglais, parfois écrits avec des lettres cyrilliques, sur le verso d’un papier administratif qui résumait sa situation.

Il nous a parlé d’un cousin, et nous avons fini par comprendre que ce cousin était au centre également. Ce retenu avait un téléphone, mais pas de carte Sim. Aussi, à la sortie, l’étudiante lui a fait parvenir, par un gendarme, une carte téléphonique avec quoi il pourra appeler depuis la cabine en plein air dans la cour.

Il nous dit qu’il est en France depuis 3 mois, qu’il a quitté son pays pour des problèmes, sans plus de précision. Il a été arrêté à Gérardmer et conduit au CRA de Geispolsheim. On a essayé de lui faire comprendre que s’il voulait demander l’asile en France, il devait passer par la permanente de l’Ordre de Malte au bureau dans le CRA, qui peut l’aider à remplir les papiers. Son cousin, également interné, s’appelle Andrey Rudnitskii.

Nous sommes sortis du CRA à 16h30, alors que deux autres personnes solidaires y entraient pour voir quelqu’un d’autre.

Dans la cour, il y avait entre autres, une Camerounaise à la veille d’être expulsée, un Sénégalais, Landing Goudiaby, titulaire d’un DEA, depuis le 25 mars au centre, et victime d’un imbroglio administratif en son pays, et aussi Ibrahim Zaouidi (14 jours de CRA) et Zied Benasser.

Voilà, si vous souhaitez les visiter, vous avez les noms qui font lever les barrières…Et n’oubliez pas, si vous y aller de récupérer quelques noms, pour les visiteurs suivants!

En attendant la sortie de nos amis, nous avons eu le plaisir de voir passer un “retenu” libéré. Palestinien né au Liban, dont le grand-père était un réfugié de 1948, il est en France depuis cinq ans, sans papiers. Il a été interpellé, en vain, place de la gare à Strasbourg par des policiers en civil. Basané comme il est, il passe difficilement inaperçu aux yeux perçants de nos pandores exercés à contrôler au faciès.

Mais bien qu’il ait séjourné quelques jours au CRA, c’était en pure perte, car comment voulez-vous expulser un Palestinien en Palestine, un Etat qui bien qu’il ait un quasi siège à l’ONU et une délégation générale en France (bonjour Hind Khoury!) et ailleurs, n’ a pas d’existence réelle en tant qu’Etat puisque Israël fait tout pour l’empêcher, tout en réduisant à vue d’oeil le territoire à 10 % de la Palestine historique. Donc exit le Palestinien!

On l’a raccompagné à Strasbourg, on lui a payé le billet de train pour rentrer chez son amie.

Le plus absurde, c’est que les gendarmes lui ont délivré un papier réglementaire mais inutile pour lui, qui sous le titre de Injonction, signale qu’il est sorti du CRA et qu’il a huit jours pour… quitter la France! Ce qui signifie qu’il ne peut être arrêté par la police et remis en rétention pendant ce répit.

Mais le neuvième jour, rebelote possible. CRA, puis libération, et encore, et encore, car la France (celle des ex-droits humains, vous vous souvenez?) ne peut l’expulser en un pays inexistant!

Quand nous aurons le récit de la seconde visite, nous nous ferons un devoir, et un plaisir de vous le communiquer.

A la prochaine, Monsieur le Préfet du Bas-Rhin!

Et merci au photographe!

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1 Commentaire

  1. C. Georges C. Georges
    9 avril 2010    

    Très bien, très bien pour cette action concrète et inscrite dans la durée. Merci aussi pour l’info prise sur le vif. Je regrette de ne pouvoir participer…

No Pings Yet

  1. « Tourisme » européen sans-papiers. | La Feuille de Chou on 10 avril 2010 at 20 h 53 min

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