Beyrouth à l’heure de la Laïque Pride

dimanche 25 avril 2010, par La Rédaction

« C’est mon cœur qui m’a dit d’être ici, s’enthousiasme Rajah, un graphiste de 40 ans. C’est impensable que nous soyons, nous Libanais, encore à l’âge de pierre concernant les droits humains ! » Perdu dans la foule sur le front de mer de Beyrouth, il regarde avec émotion les banderoles de toutes les couleurs réclamer l’égalité homme-femme, l’instauration du mariage civil, l’abolition du confessionnalisme politique et plus généralement la laïcité pour ce pays où 18 communautés religieuses cohabitent.
A 11h30, le cortège quitte la Corniche d’Aïn el-Mreisseh, direction le Parlement libanais, dans le centre-ville. Alexandre Paulikevitch, danseur, chorégraphe et co-organisateur de cette marche citoyenne, s’étonne de la mobilisation. Lancée il y a moins de 6 mois par cinq amis sur une page Facebook, cette Laïque Pride s’est répandue comme une traînée de poudre sur tous les réseaux sociaux libanais. Paulikevitch attendait à peine 1.000 personnes, le quadruple a répondu à l’appel : « C’est juste incroyable de voir tout ce monde ici ! Il y a des gens de tous âges, de tous horizons ! Je ne sais pas si cette marche changera quelque chose, mais c’était important de faire entendre notre voix. »
Dans la manifestation, les slogans scandés au mégaphone et repris par ces partisans de la laïcité, sont clairs : « Quelle est ta confession ? De quoi je me mêle ! », « On veut le mariage civil, pas la guerre civil », « La laïcité est la solution » ou encore « Ni française, ni turque, vive la laïcité à la libanaise ! ».
Ces Libanais sont venus en famille, avec leurs enfants, ou simplement en couple comme Ghada et Fadi. Ces derniers, de religions différentes, ne peuvent pas se marier sans que l’un ne se convertisse à la religion de l’autre. Victimes du système confessionnel censé protéger les minorités, Ghada et Fadi n’ont qu’une solution : s’envoler pour Chypre ou ailleurs pour contracter un mariage civil. Un choix que de nombreux jeunes Libanais sont acculés à faire. « Ça n’a pas de sens de devoir quitter notre pays pour nous marier ! Nous, nous voulons vivre ensemble malgré nos différences ! », poursuit Fadi.
Arrivée à 200m du Parlement, la manifestation se fige : un cordon policier empêche le passage. Intraitables, les forces de l’ordre ne bougent pas d’un centimètre. Dans la foule, musiciens et chanteurs prennent le relais, dans la foulée de l’hymne de cette marche écrit par le rappeur Rayess Bek. « Les hommes politiques ont peur de nous et de notre projet, assure Joseph Younès, membre du collectif d’organisation. Nous représentons la fin de leur système politique. Ce n’est pas étonnant si on nous barre la route du Parlement. » A midi, alors que la foule continue de chanter en chœur devant des policiers amusés, le muezzin de l’une des nombreuses mosquées du centre-ville de la capitale libanaise lance son prêche. Une image ne manquant pas de sel.
Finalement, les manifestants se dispersent rapidement, toujours en chantant. En repartant du centre-ville par où elle était arrivée, Tania se pose une question : « Je me demande si les Libanais étaient nombreux au Trocadéro à Paris, ce midi, pour leur Laïque Pride… »

( Par David Hury, dimanche 25 avril 2010 )

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