VIGICRAGE au CRA de Geispolsheim

A l’est, rien de nouveau, à l’ouest, des expulsions.

M. M. est Tchétchène. Il est au centre de rétention depuis 19 jours et fait la grève de la faim. Sa femme et ses deux enfants de 1 an et demi et 6 ans et demi sont logés par le 115. L’ainé est scolarisé et parle français, Plusieurs membres de la famille ont été tués ou torturés en Tchétchénie. La famille M. est venue directement de Russie en France, sans passer par la Pologne. Or,la France, dans ce cas, en général, n’expulse pas les Tchétchènes vers la Russie. Alors pourquoi le maintenir en rétention s’il doit être relâché après 30 jours?

M. M.que nous avons rencontré au parloir se fait l’écho de plaintes de plusieurs ressortissants de pays de l’est actuellement retenus au CRA de Geispolsheim.
Ils reprochent aux permanentes de l’Ordre de Malte de ne pas accompagner leurs demandes d’asile avec assez de conviction. Et s’étonnent dans plusieurs cas qu’à peine 3 jours après une demande d’asile, une réponse négative arrive, même pendant l’Ascension. Le délai ne semble pas respecté. Par ailleurs les permanentes refuseraient de déposer avec eux des recours qui sont pourtant de droit, en disant qu’ils doivent repartir dans leur pays.

Après la visite à M. M., nous avons parlé à plusieurs de ces ressortissants de pays de l’est à travers les grilles sous la pluie ce jeudi après-midi.
Il y avait un Géorgien en France depuis janvier 2010 dont la demande d’asile déposée le 11 mai a reçu dès le 14 un refus!
Un Albanais arrivé en France depuis 15 jours, emmené à Paris à l’OFPRA et qui a reçu un niet deux jours après!
Un Arménien qui est passé par la Suisse pendant deux mois, puis a obtenu un droit d’asile au Luxembourg, mais a été interpellé à la gare de Strasbourg.
Un Azerbaïdjanais depuis 2003 en Allemagne, renvoyé en Azerbaïdjan, venu en France où on lui refuse le recours après refus du droit d’asile.
Un Tchétchène réfugié en Lituanie où on lui refuse l’asile; il est renvoyé en Russie avec sa femme enceinte ; ils retournent en Lituanie où sa femme perd son enfant; il est arrêté à Strasbourg.
Un Géorgien encore, passé par la Pologne ; il a une hépatite et un rendez-vous avec le Pr. Abergel le 7 juin.
Comme on le voit, la machine à expulser tourne à plein régime, au mépris des droits humains!
Mais de cela, les journaux parlent moins que d’une loi au sujet d’un morceau de tissu.

Une réaction à l’article

Bonjour,

Je me permet d’intervenir ici suite à cet article dans la feuille de chou du groupe Vigicrage car je trouve inadmissibles les accusations portées à l’encontre des intervenantes de l’Ordre de Malte, sans qu’il ait été visiblement procédé à une demande de clarification préalable de leur part.

Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur l’Ordre de Malte d’une manière générale, les juristes qui interviennent au centre de rétention sont totalement dévouées à la défense des étrangers retenues qu’elles accompagnent. De ce que j’ai pu observer, elles sont extrêmement compétentes et font de leur mieux, au vu des moyens qui leur sont alloués.

Il est tout à fait possible que l’OFRA rejette une demande d’asile en quelques jours, sans procéder à un entretien préalable avec l’intéressé. C’est ce qu’on appelle la procédure prioritaire. Quand j’intervenais pour la Cimade au CRA de Geispolsheim c’est arrivé une ou deux fois, quand les officiers de protection estimaient la demande infondée. Malheureusement, vu les conditions d’exercice du droit d’asile en centre de rétention (5 jours pour remplir le formulaire OFPRA en français, à l’aide d’interprètes bénévoles contactés par téléphone quand on arrive à en trouver + pour faire traduire les documents à l’appui de la demande), je ne pense pas qu’il soit très constructif d’attaquer les intervenants de l’Ordre de Malte qui, je le répète, font de leur mieux.

Quant au recours qu’elles refuseraient de déposer et qui sont pourtant “de droit”, je suppose qu’il s’agit du recours contre la décision de rejet de l’OFPRA auprès de la CNDA. Je voudrais rappeler que ce recours, dans le cadre de la procédure prioritaire (or, tous les demandeurs d’asile qui sont autorisés à déposer une demande d’asile en centre de rétention sont automatiquement placés en procédure prioritaire) n’est pas suspensif. Autrement dit, il n’empêche pas la mise à exécution de la mesure d’éloignement. Pour être claire, au mieux le demandeur d’asile n’est pas renvoyé dans son pays et il sera bien plus bénéfique pour lui de faire ce recours avec des spécialistes de la question (CASAS fait ça très bien), soit il est renvoyé dans son pays et le recours formulé est rejeté d’office. Il est donc contre-productif de faire un recours à la CNDA en centre de rétention, et ce d’autant plus que rédiger un recours est très, très, très long et que cela se fera au détriment d’une réflexion sur la stratégie de défense à adopter quand le juridique ne sert plus à rien.

Avant de publier un tel article, il serait donc judicieux de chercher à comprendre plutôt que de porter des accusations faciles. Je me tiens à la disposition de quiconque aurait besoin d’informations sur le fonctionnement du CRA et de la mission d’assistance juridique. N’oubliez pas que l’Ordre de Malte intervient dans le centre de rétention dans le but d’aider les retenus à faire valoir leurs droits. Elles ne sont donc pas des ennemies mais des partenaires. Il serait bien plus utile aux retenus d’essayer de comprendre ce dont elles auraient besoin pour améliorer les conditions dans lesquelles elles exercent leur mission plutôt que d’essayer de les décrédibiliser.

Je suis désolée de la longueur du message mais je ne pouvais laisser passer de tels propos sans réagir.

Réponse

Comme l’article le montre, il s’agit du point de vue des retenus dont nous nous faisons les porte-parole .

On ne saurait exiger d’eux, dans la situation où ils se trouvent, de connaitre les subtilités du droit des étrangers!

Et c’est la même chose pour les bénévoles de Vigicrage.

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2 Commentaires

  1. Schlomo Schlomo
    21 mai 2010    

    Comme l’article le montre, il s’agit du point de vue des retenus dont nous nous faisons les porte-parole .

    On ne saurait exiger d’eux, dans la situation où ils se trouvent, de connaitre les subtilités du droit des étrangers!

    Et c’est la même chose pour les bénévoles de Vigicrage.

  2. Sadia Sadia
    20 mai 2010    

    Bonjour,

    Je me permet d’intervenir ici suite à cet article car je trouve inadmissibles les accusations colportées à l’encontre des intervenantes de l’Ordre de Malte, sans qu’il ait été visiblement procédé à une demande de clarification préalable de leur part.

    Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur l’Ordre de Malte d’une manière générale, les juristes qui interviennent au centre de rétention sont totalement dévouées à la défense des étrangers retenues qu’elles accompagnent. De ce que j’ai pu observer, elles sont extrêmement compétentes et font de leur mieux, au vu des moyens qui leur sont alloués.

    Il est tout à fait possible que l’OFRA rejette une demande d’asile en quelques jours, sans procéder à un entretien préalable avec l’intéressé. C’est ce qu’on appelle la procédure prioritaire. C’est ce qui arrive quand les officiers de protection estimaient la demande manifestement infondée. Malheureusement, vu les conditions d’exercice du droit d’asile en centre de rétention (5 jours pour remplir le formulaire OFPRA en français, à l’aide d’interprètes bénévoles contactés par téléphone quand on arrive à en trouver + pour faire traduire les documents à l’appui de la demande), je ne pense pas qu’il soit très constructif d’attaquer les intervenants de l’Ordre de Malte qui, je le répète, font de leur mieux.

    Quant au recours qu’elles refuseraient de déposer et qui est pourtant “de droit”, je suppose qu’il s’agit du recours contre la décision de rejet de l’OFPRA auprès de la CNDA. Je voudrais rappeler que ce recours, dans le cadre de la procédure prioritaire (or, tous les demandeurs d’asile qui sont autorisés à déposer une demande d’asile en centre de rétention sont automatiquement placés en procédure prioritaire) n’est pas suspensif. Autrement dit, il n’empêche pas la mise à exécution de la mesure d’éloignement. Pour être claire, au mieux le demandeur d’asile n’est pas renvoyé dans son pays et il sera bien plus bénéfique pour lui de faire ce recours avec des spécialistes de la question et qui auraient les moyens de le faire, soit il est renvoyé dans son pays et le recours formulé est rejeté d’office. Il est donc contre-productif de faire un recours à la CNDA en centre de rétention, et ce d’autant plus que rédiger un recours est très, très, très long et que cela se fera au détriment d’une réflexion sur la stratégie de défense à adopter quand le juridique ne sert plus à rien.

    Avant de publier un tel article, il serait donc judicieux de chercher à comprendre plutôt que de porter des accusations faciles. Je me tiens à la disposition de quiconque aurait besoin d’informations sur le fonctionnement du CRA et de la mission d’assistance juridique. N’oubliez pas que l’Ordre de Malte intervient dans le centre de rétention dans le but d’aider les retenus à faire valoir leurs droits. Elles ne sont donc pas des ennemies mais des partenaires. Il serait bien plus utile aux retenus d’essayer de comprendre ce dont elles auraient besoin pour améliorer les conditions dans lesquelles elles exercent leur mission plutôt que d’essayer de les décrédibiliser.

    Je suis désolée de la longueur du commentaire mais je ne pouvais laisser passer de tels propos sans réagir.

    Cordialement,

    Sadia
    ex intervenante au centre de rétention de Geispolsheim

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