À Calais : soigner la gale en mettant les « galeux » à la rue ! Bernard Cazeneuve répète les erreurs de ses prédécesseurs

Et rebelote ! Une nouvelle expulsion de camps à Calais, programmée par le préfet du département pour le 27 mai 2014, cette fois sous couvert d’épidémie de gale qu’il faudrait arrêter en dispersant les victimes. La France chasse donc les « galeux » au lieu de les soigner.

Il va de soi qu’une telle décision ne relève pas du seul préfet du département. Elle bénéficie nécessairement de l’aval du nouveau ministre de l’Intérieur. Bernard Cazeneuve entend sans doute ainsi s’inscrire dans la lignée de ses prédécesseurs, célèbres pour avoir manié le bâton contre les étrangères et les étrangers du Calaisis : entre autres, Nicolas Sarkozy avec sa fermeture de Sangatte en 2002, et Eric Besson avec son évacuation théâtrale et musclée de la « jungle des Pashtouns » en 2009. Les ministres changent. Leur politique stérile de la violence perdure.

Cette décision, qui prend donc prétexte d’une épidémie de gale, fait suite, en réalité, à la pression de la maire de Calais pour qui les camps où s’abritent les migrants donneraient une mauvaise image de la ville.

Natacha Bouchart a raison : ces camps d’infortune font la honte de la ville, de la France et de l’Europe, qui se refusent à accueillir dignement des personnes qui ont fui des pays en guerre. Leur insalubrité comme leur indignité devraient conduire à se féliciter de leur disparition si l’administration imaginait des alternatives décentes.

Mais les solutions proposées relèvent du mépris et sont contraires au principe d’inconditionnalité de l’hébergement tout comme à la circulaire du 26 août 2012.

Seuls les mineurs et les demandeurs d’asile se verront offrir un hébergement. Et là encore, quel sérieux dans les propositions annoncées !

  • Les mineurs seront conduits à la base d’Ohlain, propriété du conseil général en charge de l’aide sociale à l’enfance. Mais cette base de loisirs n’est pas prévue pour recevoir des adolescents traumatisés, et leur gardiennage, organisé dans la précipitation, et plus encore les conditions dans lesquelles leur sera proposée cette mise à l’abri laissent présager une dépense inutile et négative de l’argent public.
  • Les demandeurs d’asile seront dirigés dans des structures d’hébergement d’urgence sociale inadaptées à leur situation.
  • Une fois de plus les personnes majeures en transit vers la Grande-Bretagne sont totalement ignorées.

Comme d’autres États de l’Europe, la France ne sait qu’opposer une politique de dissuasion à ces étrangères et à ces étrangers. Dans ces conditions, ils et elles ne risquent pas de vouloir s’établir sur le territoire et de solliciter une protection. Acculés à l’errance et à l’invisibilité, les unes et les autres devront ouvrir d’autres squats insalubres en y colportant leur gale.

Leur maladie, prétexte aux démantèlements, a été signalée à l’Agence Régionale de Santé (ARS) depuis deux mois déjà par les associations, sans que rien ne soit mis en œuvre pour y remédier. Mais le préfet promet des soins le jour de l’expulsion alors que l’information sur l’imminence de l’opération disperse les malades qui entendent ainsi éviter leur placement en centre de rétention et leur éloignement. Écœurante propagande et mépris absolu des impératifs de santé publique.

Cette nouvelle initiative répressive dans le Calaisis est en cohérence avec la politique du gouvernement qui vient d’annoncer une réforme de la réglementation relative à l’asile. Bâti sur l’idée que la grande majorité des demandes d’asile repose sur des mensonges, le projet de loi vise principalement à multiplier leur examen dans des conditions expéditives et à expulser les victimes qui n’auront ainsi pas pu bénéficier d’une étude équitable de leur situation.

Les organisations signataires réclament que :

  • au vu de l’urgence de la situation, un camp humanitaire encadré par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et/ou des ONG missionnées soit installé à Calais et partout où ce sera nécessaire ;
  • conformément à la décision du Défenseur des droits du 13 novembre 2012, l’usage de la violence policière cesse dans le Calaisis ;
  • la situation de toutes les personnes migrantes soit sérieusement et individuellement examinée et qu’elles puissent être correctement soignées, sans menace d’expulsion ;
  • l’État respecte l’inconditionnalité de l’hébergement et mette en place des dispositifs d’accueil adaptés et suffisants ;
  • les associations soient effectivement parties prenantes aux discussions et ne servent pas de faire-valoir à des décisions arbitraires ;
  • Le traité du Touquet soit renégocié ;
  • le gouvernement et le Parlement renoncent à modifier dans un sens dissuasif la réglementation relative à l’asile (cf. préconisations de la Coordination française pour le droit d’asile (CFDA) [1]).

Calais & Paris, le 27 mai 2014

 

Liste des signataires :

ACC Minorités Visibles / Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT)) de Calais / ADRA Dunkerque / Aide Migrants Solidarité (AMIS) Téteghem / L’Auberge des migrants / Calais, Ouverture et Humanité / Carrefour des Solidarités du littoral Nord / Collectif de soutien des exilés (Paris) / Comité Anne Geneviève pour les droits des étrangers / Collectif contre le racisme et les idées d’extrême droite de Cherbourg / Fédération des associations de solidarité avec les travailleur.euse.s immigré.e.s (FASTI) / Fédération du Pas-de-Calais de la Ligue des droits de l’Homme / Flandre Terre Solidaire / Fraternité migrants Bassin minier 62 / Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s (GISTI) / Intégration « les 3I » / Itinérance Cherbourg / Jesuit Refugee Service (France) / La Cimade Nord-Picardie / Le Réveil Voyageur / Ligue des Droits de l’Homme Dunkerque / Médecins du Monde (délégation Nord-Pas-de-Calais) / MRAP Dunkerque / Réseau Education sans frontières (RESF) / Salam Nord-Pas-de-Calais / Terre d’errance Flandres littoral / Terre d’Errance Norrent-Fontes / Terre d’Errance Steenvoorde

 

[1] « Recommandations de la Coordination française du droit d’asile pour une réforme d’envergure », CFDA, 17 février 2014.

 

Read
Similar posts
  • Stocamine éjecté de la restitution du... Merci à la correspondante qui a attiré l’attention de la Feuille de chou sur cet article de Rue89Strasbourg On y ajoutera, sous peu, (au retour de la manif Gilets Jaunes…) des commentaires sur le rendu de cette réunion envoyé par mail à chacun.e qui ne transcrit pas les interventions orales des 50 intervenants mais seulement [...]
  • Archives: Avec la mairie de Vendenhei... Il était une fois…Es war einmal… Du temps que les arbres de la forêt du Krittwald n’avaient pas été abattus (dont les quatre chênes face au Club canin) quand la mairie de Vendenheim arborait fièrement son opposition au Grand Contournement Ouest de Strasbourg. N’est-ce pas, M. Pfrimmer? Avec la mairie de Vendenheim, contre le GCO [...]
  • Migrants Strasbourg D’ailleurs Nous Sommes D’ici 67 communiqué de presse le 1 février 2019   Strasbourg  la forteresse   On se rappelle dernièrement les campements de migrant-e-s laissé-e-s  dans le froid et dans la précarité à Strasbourg. Encore une fois la Préfecture et la Mairie n’avaient pas pris leur responsabilité. Il aura fallu la campagne d’interpellation des [...]
  • Avenir du territoire après la fermetu... [...]
  • GCO non merci: deux blocages pour le ... D 45 près du spot de Kolbsheim, les zadistes et leurs ami.e.s bloquent le chantier GCO D 45, le jour se lève sur le chantier du GCO; les salariés sont bloqués. Un camion de Vinci stoppé sur la D 45; on établit la circulation alternée,pour que les gens puissent aller au boulot; puis, une fois [...]

Aucun commentaire jusqu'à présent.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.