Enfouissement des déchets nucléaires. BURE, ils en avaient rêvé, ils tombent de haut

 Les industriels du nucléaire – involontairement ? – glissent souvent du message subliminal dans leur communication :

– on connaissait le laboratoire souterrain belge « HADES » (1)

– on connaissait la poubelle nucléaire souterraine de Finlande « ONKALO » (2)

– on connaissait de l’ANDRA le laboratoire scientifique (3), la ZIRA (4) et le CIGÉO (5) à BURE en France.

Aujourd’hui un degré nouveau est franchi, à travers une discrète information parvenue au CEDRA :
L’IRSN, Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, vient de lâcher une pépite.
L’IRSN, organisme public chargé notamment de contrôler le projet de l’ANDRA d’enfouissement de déchets nucléaires à BURE a ouvert un dossier nouveau qu’elle a dénommé EX-REV.
EX-REV ? Aveu que le rêve de se débarrasser des poisons nucléaires en les glissant sous les pieds de nos enfants n’était qu’un rêve !

EX-REV, officiellement c’est ça, par le titre d’un récent communiqué : « l’IRSN leader de la réflexion prospective internationale dans le stockage géologique de déchets radioactifs ».

Pourtant, et comme souvent, à lire plus loin que les titres ronflants l’investigateur tombe sur des perles.

BURE, leur rêve s’écroule :

La perle de l’IRSN et de son ex-rêve tient en une phrase, somptueuse : « Si de nombreux travaux ont été consacrés à ce jour à la sûreté à long terme d’un stockage géologique de déchets radioactifs, ceux portant sur sa sûreté en phase d’exploitation (ensemble des phases précédant la fermeture définitive de l’installation de stockage) sont beaucoup moins nombreux. »

Faut-il vraiment traduction ? Depuis vingt ans, depuis les années 1991 (loi Bataille)/1993 (nomination de sites d’enfouissement), IRSN et consorts (ASN, CNE, OPECST, OCDE, AIEA…) ont attiré le regard des riverains – populations et élus – sur le long terme, le très long terme (100 000 ans) au détriment de ce qui devrait, au contraire, préoccuper fondamentalement les locaux et les décideurs, l’ensemble des risques dès l’arrivage des premiers fûts de déchets radioactifs à Bure. Le « plus tard » inquiétant beaucoup moins que l’immédiat, bien que peu connue du grand public cette ficelle est exploitée par tout communicant désirant faire sauter un verrou, un refus (la notion mise en avant de « réversibilité » d’un enfouissement procède par exemple de la même démarche psychologique).

Curieux, que l’IRSN se livre ainsi, aujourd’hui ? En réalité, c’est là conclusion logique d’un piège qui avait diaboliquement bien fonctionné jusqu’à ce que… jusqu’à ce que, voici quelques mois, le chercheur Bertrand THUILLIER analyse un copieux dossier technique de l’ANDRA et en tire une étude magistrale, rendue publique depuis, sur la somme de risques majeurs et immédiats attendus dès la mise en exploitation de l’enfouissement à Bure *, si le projet allait à terme. Après une telle bombe, l’IRSN ne pouvait qu’évoquer le sujet à son tour, sous peine de perdre le reliquat de crédibilité que pourrait avoir encore l’institut dans le dossier BURE.

Enfouir : leur rêve s’écroule depuis un premier article remarquable d’un quotidien régional et depuis une conférence publique exceptionnelle récemment donnée dans la région de Bure. Et ça n’est pas fini….

Déchets nucléaires : ne plus en produire, surtout ne pas enfouir, AGIR

(1) les enfers
(2) la cachette, en finnois
(3) laboratoire scientifric, chargé de transformer en gros chèques le silence local
(4) ZIRApa
(5) iCIGÉOnte

* quelques années avant B.THUILLIER, le scientifique Antoine GODINOT avait lui aussi mené une étude identique qui malheureusement était restée largement méconnue

ADDENDA

Chaque année, les promoteurs du nucléaire du monde entier se rencontrent ( à travers « des décideurs de haut rang ») pour traiter du sujet qui bloque (notamment dans l’opinion publique), les déchets, et tenter de faire avancer l’ersatz de solution pour les débarrasser de cet empoisonnant problème, l’enfouissement.

Thème de cette année : « Engagement national – Participation locale et régionale ». Participation locale et régionale ? C’est donc que ça coince tant que ça sur le terrain pour que les décideurs dans leur tour d’ivoire soient ébranlés ? Mais si « des collectivités hôtes locales feront part de leur expérience en la matière », nulle trace des populations concernées, de quelque pays nucléarisé que ce soit > et bien celles de Bure s’inviteront

Toronto (Canada) du 30 septembre au 3 octobre

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