“Identité nationale” : à qui sert le crime ?

Tribune libre

Festival de l’identité internationale

Association Générale des Etudiants de Nanterre

http://agen-nanterre.over-blog.com/

Programme du festival

Lundi 8 février Amphi B2-12h00

Film « L’Armée du Crime » Robert Guédiguian suivi d’un débat en présence du réalisateur

Mardi 9 février Amphi C1-12h00/14h00

Débat « Identité nationale : à qui profite le crime ?» avec Gérard Noiriel, historien à l’EHESS et Bamba Gueye Lindor, porte-parole des Damnés de la Terre.

Lecture « L’enfant criminel » et « l’ennemi déclaré » de Jean Genet lus par Roger des Près

Mardi 9 février -18h00

Concert HK (du Ministère des Affaires Populaires) et les saltimbanks

Mercredi 10 février Amphi C1-12h00

Film « Adieu Gary » de Nassim Amaouche, suivi d’un débat en présence du réalisateur

Dans le cadre du festival de l’identité internationale

Conférence-débat

Mardi 9 février

Université de Nanterre

Amphi C1 à 12h00


Avec Gérard Noiriel, historien à l’EHESS, auteur de


« Le massacre des Italiens,Aigues-Mortes, 17 août 1893 » (éditions Fayard. Janvier 2010)


et Bamba Gueye Lindor, porte-parole des Damnés de la Terre


Identité nationale : à qui sert le crime ?

A l’issue de trois mois de matraquage sur le thème équivoque de l’identité nationale, il est nécessaire d’éclaircir les enjeux cachés.

Comme sous la Troisième République ou sous le régime de Vichy, l’identité nationale hante à nouveau notre société. Ce n’est pas un hasard. En temps de crise, la France impérialiste et inégalitaire ressort ses épouvantails.

Les citoyens français ont été « convoqués » depuis novembre 2009 pour « répondre à leurs inquiétudes ». 11ème sujet de préoccupations pour les français, loin derrière les 450000 chômeurs de plus en 2009, le pouvoir a voulu faire de la question identitaire le sujet n°1.

Or, s’il est difficile de définir la « civilisation française », il semble que l’on désigne plus facilement ceux qui n’en font pas partie ! Débat sur notre identité ? Non ! Débat de la peur et de la manipulation, il s’agit en fait de savoir qui nous ne sommes pas.

L’exécutif nous enjoignait donc de prendre position à partir d’un questionnaire dans lequel neuf questions sur dix présentent l’immigration ou les enfants de la colonisation comme une menace pour le pays. Pour ceux qui pensent encore que le débat a dérapé, il faut lire la note adressée aux préfectures l’automne dernier. On peut y lire : « ce débat répond aux préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes dont l’affaire de la burqa est l’une des illustrations ». Dès le début, qui est visé? La réponse n’est que trop évidente. Le scénario était donc écrit d’avance : les musulmans escortés par l’armée des sans-papiers font trembler la République!


D’autre part, la petite musique sur l’œuvre positive de la colonisation et le refus de la « repentance » participe au même arôme idéologique. Une vision de l’histoire de France qui glorifie la férocité des classes possédantes (de la boucherie de 14-18 aux doctrines racistes de l’empire colonial) est présentée comme sacrée et devrait être brandie fièrement par tous ! Il faut être « fidèle au sacre de Reims » annone Finkielkraut, «il faut honorer Napoléon » surenchérit Max Gallo sans sourciller sur le rétablissement de l’esclavage par l’Empereur des Français. L’enjeu ? A nos yeux, il s’agit de promouvoir un héritage « unificateur » qui prépare mentalement la guerre intérieure contre les « mauvais français » et extérieure contre les autres, les « nouveaux barbares ». Du même coup, une autre histoire de France, celle des luttes émancipatrices, celles des opprimés est étrangement niée ou absente.

Et pour cause ! En 1793, selon la Constitution la plus démocratique écrite en France[1], une condition suffisante pour être français était de lutter contre le despotisme ou même d’accueillir et d’élever un orphelin. La définition actuelle de la nation au contraire est complètement réactionnaire : elle sert à définir des ennemis, à nier les contradictions sociales en les reportant sur une fracture nationale-religieuse, à justifier les « bienfaits » du colonialisme. Nul besoin d’un vote xénophobe suisse, on le voit bien, pour promouvoir une conscience de race en lieu et place d’une conscience de classe.

Les habits neufs du racisme paraissent présentables.Mais la main qui caresse est souvent la main qui tue. D’un côté, les paroles d’or sur les « valeurs républicaines » ou sur les « droits des femmes » . De l’autre, les actes de plomb faits d’expulsions, d’exclusion ou de « bavures ». Les flingues qui tueront les prochains Bouna Traore, Zyed Benna, Yakou Sanogo, Ali Ziri ou Rabah Bouamda sont déjà chargés. Nous affirmons que ce débat prépare de nouveaux morts, des « mauvais français » tués par les balles perdues de la police ou des beaufs chauffés à blanc. Le pogrom de Rosarno en Italie, c’est-à-dire en décembre 2009 la chasse à l’homme contre des travailleurs africains, montre où mènent les politiques de division sur des critères nationalitaires.

C’est pourquoi refuser un débat parce qu’il est imposé peut être légitime, mais l’absence de réponse politique à cette crapulerie s’apparente à une complicité. Certes, cette offensive sert à des fins électorales et à masquer les responsables de la crise, elle est surtout en elle-même une attaque contre les classes populaires.

Cette approche de l’immigration ou des populations jugées « allogènes » n’est pourtant pas nouvelle. Elle s’est affirmée en 1983 lorsque le socialiste P.Mauroy déclarait contre les ouvriers grévistes de Citroën-Aulnay « nous ne céderons pas face aux ayatollahs », divisant ainsi les ouvriers selon un discriminant religieux ; cette division plonge d’ailleurs ses racines dans la nuit coloniale et le couvre-feu de 1961 réservé alors aux ressortissants « d’Afrique du Nord ».

Premier objectif de cette nouvelle campagne idéologique nommée « identité nationale » : Faire peur et marquer une frontière symbolique entre les « bons » français et les autres. Deuxième objectif : désigner un ennemi intérieur comme responsable des problèmes sociaux. La guerre entre travailleurs mais aussi la domination du « Tiers-Monde » est la marque de la politique de la classe dominante. Nous ne l’oublions pas : ne pas détruire l’ordre néo-colonial français en Afrique c’est nourrir la sombre mascarade de l’identité nationale ici.

En fait, la disparition des freins à la logique capitaliste et la désignation d’un nouvel ennemi intérieur grâce à la théorie du « choc des civilisations » sont deux phénomènes liés. En effet, la précarité et la pauvreté étendues créent des révoltes sociales. L’ordre dominant a tout intérêt alors à définir les questions sociales selon des termes ethniques et culturels. Diviser ceux qui devraient être unis et unir ceux qui devraient être divisés telle est la devise de la bourgeoisie. Finalement, la vraie énigme dans un pays où 8 employeurs sur 10 discriminent selon un nom maghrébin, c’est pourquoi n’a t-on pas plus de « communautarisme » ou de délinquance ?

Nous sommes dans une période de fascisation de l’Etat durant laquelle l’explosion des inégalités va de pair avec la diabolisation des luttes et des alternatives politiques. Mais justement dans l’histoire de France, le recul de cette division raciste, c’est précisément pendant la Commune, la Résistance antifasciste ou mai 68, des périodes de remises en cause de la domination de classe.

Il reste, heureusement, la conscience que l’unité de ceux qui ont les mêmes intérêts est la seule solution qui change la donne.

Marx disait que la classe ouvrière anglaise ne pouvait se libérer si elle ne détruisait pas tous ses préjugés coloniaux à l’encontre des Irlandais [2]. Qui sont aujourd’hui les Irlandais des Français ? C’est dans un esprit internationaliste que nous comptons aborder ce sujet.

Eclaircir les enjeux cachés, disions-nous. Mieux, face au nouvel ordre raciste, nous devons organiser la riposte, en avançant des idées et des luttes d‘émancipation. C’est l’enjeu de notre conférence-débat en particulier. C’est aussi le combat de l’AGEN et des Damnés de la Terre en général.

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde … » Brecht



[1] Art 4. – Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; – Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année – Y vit de son travail – Ou acquiert une propriété – Ou épouse une Française – Ou adopte un enfant – Ou nourrit un vieillard ; – Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité – Est admis à l’exercice des Droits de citoyen français. Cette constitution de l’An I proclame aussi le droit d’asile « aux étrangers bannis de leur patrie pour cause de la liberté. Il le refuse aux tyrans.” (Art. 120). L’insurrection devient un droit et un devoir quand le gouvernement viole les droits du peuple. (Art. 21)


[2] Lettres à Kugelmann. p.134, ed.sociales. 1971
Du bout de la rue jusqu’au bout du monde, notre mission est la même qu’au temps du Prophete (BP sur lui), nous nous efforcerons d’éradiquer l’injustice et l’oppression par tous les moyens nécessaires

Mohammed BEN YAKHLEF

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