Après le massacre de Damas, retour sur le gaz sarin

Après le massacre de Damas, retour sur le gaz sarin
Publié le 22/08/2013 sur le Journal International de Médecine

Damas, le jeudi 22 août 2013 – Du gaz sarin aurait été utilisé au cours de bombardements à l’est de Damas faisant entre 500 et 1300 morts. Il existait déjà des soupçons de l’utilisation de ce neurotoxique au cours de ce conflit, puisque au détour d’un reportage dans la région de Jobar, des journalistes du Monde avait rapporté en France des échantillons de sang, d’urine et de cheveux prélevés sur 13 victimes potentielles et qui avaient révélé à l’analyse la présence de gaz sarin. La Russie quant à elle avait, sur la base d’échantillons prélevés par des experts à Khan al-Assal, argué de l’utilisation de ce gaz par l’armée syrienne libre (opposée à Bachar el-Assad).

Nous ne reviendrons pas sur la polémique opposant ceux qui parlent d’un massacre de populations civiles par les gaz à ceux qui voient ici une manipulation, ni sur celle qui veut que si des gaz neurotoxiques ont été utilisés ce n’est pas nécessairement le fait du gouvernement syrien.

Au-delà des images terribles des victimes mortes ou agonisantes, qui accréditeraient la thèse de l’utilisation du sarin, revenons sur ce qu’est ce gaz, ses effets, la prise en charge des victimes et les mesures prévues dans notre pays en cas d’attaque de ce type.

Le gaz sarin a été mis au point en 1938, par Gerhard Schrader, un chimiste allemand au service de la compagnie IG Farben, qui travaillait à la mise au point de nouveaux pesticides. Il découvrit ainsi cette substance, deux ans après avoir développé dans les mêmes conditions le tabun, un autre neurotoxique.

Rappelons avant toute chose que le sarin, de la famille des organophosphorés est inodore, incolore et volatile et qu’il est mortel à très faible dose (0,01 ppm).

Une tonne de sarin ferait entre 300 et 700 mort/ km2 à supposer une densité de 3 000-10 000 personnes/km2, et qu’elle soit vaporisée par un avion un jour clair et ensoleillé et peu venteux.

Ce gaz est classé comme une arme de destruction massive depuis 1993. Son stockage est interdit depuis 2007.

Quels effets sur l’homme ?

Les symptômes présentés par les victimes sont dûs aux effets combinés muscariniques (myosis, bradycardie, troubles de la vision, hypersécrétion bronchique, dyspnée, diarrhée, incontinence…) nicotiniques (fatigue musculaire, paralysie respiratoire…) et centraux (crises convulsives).

Particulièrement puissant, il inhibe l’acétylcholinestérase en formant un lien covalent avec le site actif de l’enzyme, qui devrait normalement effectuer l’hydrolyse de l’acétylcholine. Cela a pour effet de permettre à l’acétylcholine de prolonger son activité, ce qui aboutit à une paralysie complète et très rapide.

Une prise en charge à la fois générale et spécifique

Le traitement repose sur des mesures de décontamination, des manœuvres de réanimation usuelles et des mesures spécifiques au gaz sarin.

En fonction de l’état clinique de la victime, des mesures de réanimation immédiate doivent être mises en œuvre (ventilation assistée, maintien des fonctions circulatoires…).

Le traitement spécifique à ce gaz repose sur l’administration en urgence d’atropine (au mieux par voie intraveineuse ou par voie intramusculaire, sous-cutanée ou endotrachéale si celle-ci n’est pas possible) à la dose de 2 mg à renouveler toutes les 5 à 10 minutes jusqu’à assèchement des sécrétions bronchiques.
Une posologie pouvant aller jusqu’à 100 mg peut être nécessaire.

Après l’atropine, doit être utilisé un ré-activateur des cholinestérases comme la pralidoxime à la dose initiale de 30 mg/kg (en intraveineux sur 30 minutes) suivi d’une perfusion continue de 8 mg/kg/heure pendant au moins 24 heures.

La surveillance du malade doit dans l’idéal être, bien sûr, assurée en réanimation.

Il est à noter qu’en prévision d’une attaque, de nombreuses armées ont mis à la disposition de leurs soldats des seringues auto-injectables à 3 compartiments pré-chargées contenant atropine, pralidoxime et diazepam.

Quid de la France ?

En France, Piratox prévoit un plan d’urgence en cas d’intoxication chimique.

Il prévoit :

-la mise en place d’un cordon de police;
-l’exploration de la zone contaminée par des équipes formées et munies de tenues étanches dites NRBC (protection contre les risques nucléaires, radiologiques, bactériologiques, chimiques) ;
-la décontamination précoce des victimes, essentiellement par des douches mises en place à proximité du lieu de contamination ;
-et enfin le traitement des victimes dans un poste médical avancé après décontamination.

Les zones de décontamination doivent être étanches, et la pression de l’air doit augmenter de zone en zone.

A la suite de l’attentat de Tokyo (La secte Aum Shinrikyō avait perpétré un attentat au gaz sarin dans le métro faisant 12 morts et 5500 blessés), il convient de prévoir également l’arrivée massive de victimes par leurs propres moyens avant la mise en place de ce plan. Enfin sont prévus des « plans blancs » hospitaliers, dispositifs organisant la mobilisation des moyens internes par l’application des procédures adéquates à la réception et aux traitements de ces malades particuliers.

Un exercice de réponse sanitaire en cas d’attaque NRBC (nucléaire, radiologique, bactériologique, chimique et explosif) a été organisé le 12 juin dernier à Lyon pour « tester la chaîne des secours aux victimes (…) et de vérifier la réactivité des moyens et des équipes de secours et la chaîne de commandement des opérations de secours ».

Le gaz sarin est donc un agent neurotoxique très puissant dont la prise en charge des victimes ne peut souffrir d’aucune improvisation.

FH

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Des experts étayent la thèse de l’utilisation de neurotoxiques en Syrie
Publié le 23/08/2013 sur le Journal International de Médecine

Paris, le vendredi 23 août 2013 – Trois experts en gaz de combat, médecin ou chercheurs, ont été interrogés par la presse française, afin de connaitre leurs avis sur les symptômes que nous avons pu voir sur les vidéos provenant de Syrie.

Jean Paul Zanders, ancien chercheur de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne et désormais expert indépendant sur les armes chimiques confirme à nos confrères du Figaro, sur la foi d’argument médicaux, l’utilisation d’agents neurotoxiques en Syrie : « Les traces très claires d’asphyxie que l’on observe sur la plupart des personnes touchées, avec des visages bleuis, des lèvres foncées, et des signes de suffocation peuvent avoir été provoquées par un très grand nombre de produits toxiques, dont le sarin, qui entraîne la mort par l’arrêt des fonctions respiratoires », avant d’ajouter « C’est la première fois que je vois des vidéos montrant des symptômes aussi clairs de l’utilisation d’agents neurotoxiques, de la famille des organo-phosphorés, dont font partie le sarin et le VX. On remarque notamment des pupilles très contractées dans les yeux de plusieurs malades, et des mouvements convulsifs des jambes et des bras, qui font partie des signes associés à l’empoisonnement par des neurotoxiques de type organo-phosphorés.»

Une véritable attaque…ou de formidables faux

Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des armes chimiques est lui aussi convaincu de l’utilisation de gaz neurotoxique et c’est ce qu’il explique au Nouvel Observateur : « Le tableau clinique des victimes est très caractéristique d’une intoxication aux neurotoxiques. Contraction des pupilles, accélération du rythme cardiaque, difficultés respiratoires, hypersalivation … Si ce n’est pas une attaque neurotoxique, ces vidéos sont de formidables faux. La probabilité est très forte qu’il s’agisse d’une attaque massive à l’arme chimique. », il avance même qu’a été utilisé probablement du sarin.

Conseiller spécial du directeur de l’Inserm et ancien médecin du service de santé des armées, le Dr Patrice Binder confirme cette interprétation des symptômes vues sur les vidéos et explique que ceci sont « compatibles avec un épandage de produits toxiques, contenant des neurotoxiques ». Il émet toutefois une réserve importante au vu de l’habillement des soignants : « Certains sont torse nu, d’autres pieds nus, et marchent dans l’eau qui a servi à laver les victimes et qui doit donc encore contenir tous les produits toxiques, remarque-t-il. Or ils ne semblent pas présenter de troubles particulier ». Olivier Lepick ayant lui aussi réfléchi à cette question, n’y voit pas une objection majeur quand à l’utilisation de neurotoxiques : « Ce n’est pas très surprenant. L’attaque a eu lieu dans une enclave au sud de Damas où les hôpitaux de campagne manquent de tout. Ils ne disposent bien évidemment pas de matériel flambant neuf, ni de vêtement de protection. Ce qui est certain, c’est que médecins et infirmières courent le risque d’être contaminés à faible dose : on peut l’être en manipulant un simple tissu souillé. »

Ces experts tiennent tous à rappeler que seules des analyses biologiques permettront de dire avec certitude si il a été utilisé un neurotoxique, et si oui, lequel.

FH

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