Ces Roms dont le Préfet du Nord se venge de l’avoir fait condamner

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Communiqué de presse de Sang pour sans :

Nous alertons par la présente les associations de Roms et de soutien aux Roms, et tous les citoyens de France épris de liberté et d’égalité, du sort réservé par le Préfet du Nord aux 120 Roms du Nord l’ayant fait condamner les 26 et 27 décembre dernier à les reloger après leur évacuation brutale du Campus de l’université de Lille le 28 octobre 2013.

Tout d’abord, condamné à leur proposer une structure d’hébergement par le tribunal administratif, le Préfet du Nord – à la demande expresse de Martine Aubry, présidente de la Communauté Urbaine de Lille – les a TOUS dispersés dans des hôtels provisoires en dehors et loin de la métropole lilloise où ils avaient la possibilité de survivre par leur connaissance du terrain (notamment pour récupérer des déchets ménagers et les revendre) et où ils auraient pu plus facilement trouver du travail, à compter de la levée des mesures transitoires le 1.1.2014. Ceci a permis de rompre leurs liens de solidarité et l’hébergement qui leur a été proposé est très précaire, prenant fin le 31 mars prochain.

Ensuite, le Préfet du Nord a aussitôt, tout début janvier, fait délivrer des OQTF (obligations de quitter sous un mois le territoire français) par la Police des frontières de façon massive (ce qui est illégal) et sans argument légitime aux 116 concitoyens roumains ayant gagné ces référés, alors même qu’ils s’inscrivaient à Pôle emploi pour chercher du travail – ce qui jusqu’au 1.1.2014 leur était interdit, sauf avec titre de séjour, par les mesures spécifiques transitoires édictées en 2007 contre nos concitoyens roumains et bulgares – et ne touchent ni RSA, ni allocation familiale, ni aide alimentaire du Conseil Général, ni la plupart du temps aide médicale d’Etat.

Ces mesures de délivrance massive et sans raison d’OQTF se voient suivies ce mercredi 5 mars 2014 à 11H par la délivrance à TOUS d’assignations à résidence avant éloignement du territoire français, les obligeant à pointer tous les matins au commissariat, ce qui les prive de toute possibilité de recherche d’emploi ou de formation professionnelle.

C’est le cas en particulier du jeune porte-parole des Roms du Nord, Secret LAZAR, actuellement hébergé à l’InterHôtel de Louvroil, qui venait de bénéficier d’une inscription au stage de pré-formation de médiateur Rom du programme européen ROMED qui se déroulera à Paris du 22 au 26 mars prochain, ce qui est essentiel pour lui permettre de poursuivre son travail de défense des droits de ses compagnons roumains migrants récemment arrivés dans la région Nord (au nombre de 1500 environ). Cette assignation à résidence le prive de ses espoirs de reconnaissance européenne et de qualification professionnelle, alors qu’il vient de s’inscrire au Pôle emploi de Maubeuge depuis fin janvier comme demandeur d’emploi, et devait participer le 11 mars prochain au Groupe National de Suivi de la DIHAL à Paris.

Ces 116 Roms roumains frappés de ces assignations à résidence injustifiées sont pourtant des concitoyens européens comme les autres, en principe du moins. Ils ne sont auteurs d’aucun délit, ne constituent pas de trouble à l’ordre public ni de menace, et ont engagé depuis leur arrivée en France, comme migrants libres de circuler, de nombreux efforts d’insertion scolaire, sociale, et professionnelle, chaque fois détruits par les évacuations policières de leurs installations provisoires, sans se voir proposer aucun diagnostic social ni aucune solution de relogement, de scolarisation des enfants, de suivi médical et social, d’insertion professionnelle, contrairement aux dispositions de la Circulaire Interministérielle du 26 août 2012, signée par sept ministres, pour répondre aux attentes de la Commission Européenne, et contrairement à l’engagement de la France dans le cadre de la Stratégie Nationale d’Intégration des Roms qu’elle a signée sous l’impulsion de la Commission Européenne.

Plus précisément, ces mesures de répression administrative et policière exceptionnellement dures, qui ne sont autorisées que de façon très limitée par la Directive européenne 2004/38, nous semblent non fondées en l’occurrence, comme le rappellent les décisions sur ce sujet de la Cour européenne de Justice, notamment celle du 20 septembre 2001 qui limite de façon stricte les entraves à la libre circulation des citoyens européens au sein de l’Union Européenne. Elles nous semblent dues à un désir de vengeance de Mr BUR, Préfet du Nord, qui admet publiquement « ne pas se remettre » de la décision du tribunal administratif à son encontre.

Il s’agit là d’une violation grave et répétée, mais injustifiée, des droits fondamentaux de ces concitoyens européens et du droit français et européen en matière de libre circulation et établissement. Elles doivent être sanctionnées et feront l’objet des poursuites judiciaires nécessaires auprès des autorités publiques françaises et européennes concernées.

Enfin, dernier point important à nos yeux, le caractère massif, indifférencié et non individuellement justifié des mesures d’éloignement prises comporte de toute évidence une dimension de ciblage ethnique caractérisée. Ce ciblage ethnique est absolument interdit tant par la Constitution française que par la Charte Européenne des Droits Fondamentaux. Il s’assimile en effet sans le dire à une persécution et une discrimination de type racial, mots lourds de sens, mais qui, à notre humble avis de citoyens européens avertis de notre histoire commune, sont les seuls aptes à qualifier le procédé.

A l’approche des élections municipales et européennes, trop de nos représentants politiques s’autorisent des comportements intolérables de désignation de boucs-émissaires, si utiles en temps de crise assumée, et d’acharnement discriminatoire et destructeur de la dignité humaine. Ainsi se succèdent la mort d’enfants brûlés vifs lors d’incendies dus à des conditions indignes d’habitat en bidonville, ou fauchés par des chauffards sur les routes où les ont jetés les évacuations de terrains sans solution de relogement.

Nous ne nous bornerons pas à des Marches Blanches, comme celles qui ont eu lieu pour Mélisa à Bobigny le 16 février, ou pour Denisa, à Roncq le 1er mars.

Nous sommes des citoyens atterrés et indignés qui sommes déterminés à mettre fin à de tels procédés, qui n’honorent pas la France, réputé « pays des droits de l’homme ».

Stéphane BRAILLY , co-fondateur et secrétaire, Evelyne PERRIN, co-fondatrice de l’Association Sang pour Sans, Champigny sur Marne, le 5 mars 2014. Contact : sangpoursans@gmail.com.

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