Face aux ravages de l’austérité

arton10212-3759b

Quels sont les principes sur lesquels s’appuient les politiques d’austérité, salariale et budgétaire, menées en Europe ?

Le premier postulat est que l’austérité budgétaire est nécessaire pour résorber les déficits publics. Les économistes de la Commission européenne ont même inventé le concept baroque d’« austérité expansionniste » pour démontrer que des baisses de dépenses publiques pourraient être compensées par un surcroît d’activité dans le secteur privé. En réalité, les politiques d’austérité budgétaire menées partout en Europe n’ont fait qu’étouffer la petite reprise qui se dessinait en 2010 et enfoncer l’Europe dans un contexte récessif.

Le deuxième grand postulat est que la reprise devrait être fondée sur une politique « de l’offre » visant à rétablir la compétitivité par une baisse des coûts du travail direct ou socialisé : gel ou baisse du « coût du travail », un « minimum de salaire minimum », et des réformes dites « structurelles » (flexibilisation du marché du travail, réformes des retraites et « maîtrise » des dépenses de santé).

En France, nous avons eu droit à une réforme des retraites (pour « rassurer » les marchés financiers), une loi sur la « sécurisation de l’emploi » (l’ANI) destinée surtout à sécuriser le patronat qui prétend qu’il n’embauche pas de peur d’avoir ensuite du mal à licencier. Les ruptures conventionnelles ont explosé, plus de 80 % des embauches se font en CDD (et les deux tiers sur CDD de moins d’un mois !). Le CICE (Crédit emploi compétitivité emploi) puis, plus récemment, le pacte de responsabilité, se traduisent par un cadeau d’au moins 30 milliards aux entreprises, sans contreparties ni conditions, en croisant les doigts pour que cet argent serve à créer des emplois plutôt qu’à augmenter les dividendes. Les cotisations sociales vont être à nouveau « allégées » et totalement annulées au niveau du SMIC. Elles vont même être réduites pour les bas salaires.

Est-ce que cela relance l’économie ?

Tout cela n’a jamais fonctionné. Les pertes de parts de marché de la France sont bien réelles mais ne peuvent être expliquées par un « coût du travail » trop élevé, comme le reconnaît même le fameux rapport Gallois. Les 50 milliards de baisses des dépenses publiques annoncées auront un effet sur la croissance, comme les précédentes coupes, elles se traduiront par de nouvelles baisses de recettes. Or 70 % des entreprises françaises répondent à l’Insee qu’elles ont des difficultés de demande ou pas de difficultés. Comme le dit très simplement Jean-François Roubaux, président de la CGPME : « encore faut-il que les carnets de commande se remplissent ».

Bref, tout cela paraîtrait absurde si l’objectif était vraiment de relancer l’activité et de réduire le déficit public. En réalité, l’objectif immédiat n’est pas vraiment celui-là : il s’agit de profiter de la crise pour appliquer brutalement les politiques néolibérales et rétablir la rentabilité des entreprises, en jouant à fond le jeu de la concurrence. Cette thérapie de choc est l’une des réponses possibles à la crise : faire payer la facture à celles et ceux qui n’en sont pas responsables et réduire autant que faire se peut l’Etat social.

La suite: http://cadtm.org/Face-aux-ravages-de-l-austerite

Similar posts
  • Masques anti-Covid-19 pour les enfant... Bonjour, Iyad m’a envoyé des photos prises au cours de son dernier tournage. Il s’agit d’une initiative prise par un artiste palestinien pour personnaliser des masques, les rendre moins “dramatiques” pour encourager les enfants à les porter. Iyad ajoute que de son côté tout va bien ainsi que pour sa famille et ses proches. Concernant [...]
  • La psychiatrie refuse d’être &#... Un article de Clémence Nayrac et Géraldine Tribault pulié par Hospimedia le 27/03/2020 Le contrôleur général des lieux de privation de liberté demande au Gouvernement des mesures d’urgence pour la psychiatrie dans le contexte de crise sanitaire. Déjà, depuis plusieurs jours, les représentants de la discipline ont lancé l’alerte. Le contrôleur général des lieux de [...]
  • Rony Brauman répond à Macron : « La m... Rony Brauman répond à Macron : « La métaphore de la guerre sert à disqualifier tout débat » Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, approuve les mesures de confinement, mais dénonce la rhétorique martiale du chef de l’Etat : « Qualifier les soignants de “héros”, c’est gommer les raisons de la crise sanitaire. [...]
  • DD Baroin et Georges Federmann Georges Yoram Federmann 5 rue du Haut Barr 67000 Strasbourg. Strasbourg , le 28 mars 2020. Chère famille, chers tous, Dédé s’en est allé. J’ai appris sa mort par internet vendredi 27, par le message de Roger Winterhalter et en lisant la Feuille de chou de J-C Meyer, le lendemain. Nous sommes restés en contact [...]
  • Journal politique du confinement : pr... Françoise Vergès (politologue) et Norman Ajari (philosophe). “La crise sanitaire actuelle annonce-t-elle la catastrophe climatique de demain ?”. Avec Aurélien Barrau (astrophysicien) et Daniel Tanuro [...]

Aucun commentaire jusqu'à présent.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.