Boycott des entreprises israéliennes, la CGT doit choisir son camp !

ManifAgrexco

Samedi 6 mars va se tenir à Sète (34) une manifestation régionale contre l’implantation de la société israélienne dans le port de Sète. Avec comme d’habitude, les hésitations syndicales, l’emploi contre la solidarité internationale.
Nous publions ci-dessous un article du Montpellier journal, qui fait le point des positions syndicales, de la collaboration honteuse de la CFDT et de FO (soutenus par Frêche, de manière toujours aussi subtile) aux hésitations de la CGT.
Vieux débat dans le mouvement syndical, depuis que la défense des intérêts ouvriers est mis à la remorque de la défense de l’économie. Il y a un an, la CGT Alstom défendait l’honneur du syndicalisme de classe en exigeant l’annulation des contrats pour le tramway de Jerusalem. Aujourd’hui, la CGT doit participer activement au boycott des produits et entreprises sionistes et donc participer en tant que telle à la campagne contre Agrexco.
PetitionAgrexco Nous renvoyons pour plus de détails au site de la Coalition contre Agrexco, et à signer le plus largement possible la pétition ci-contre, également disponible sur le site de la coalition.
Agrexco : les positions syndicales

Après un lancement rapide de la campagne contre l’implantation d’Agrexco à Sète où on a surtout entendu les opposants, « Montpellier journal » donne la parole à des syndicalistes. La CFDT et FO sont pour. La CGT réfléchit.

L’implantation de l’entreprise israélienne sur le port de Sète est intéressante à plusieurs titres comme l’explique Francis Viguié du NPA, syndicaliste à Sud et membre de la coalition anti-Agrexco : « C’est un concentré de beaucoup de questions politiques : quel type de mondialisation aujourd’hui ? Quel type d’accords commerciaux ? La question du droit international, de l’agriculture locale, de l’écologie, de l’argent public. On pouvait tout à fait organiser, sur la question de l’aménagement du port, un débat public avec les organisations syndicales, les partis,… C’est quand même un projet de 200 M€. » (Ce dernier chiffre représente l’investissement global de la région. Pour Agrexco et son partenaire GF Group, ce sont 40 M€ qui sont prévus).

« Une bouffée d’oxygène pour la ville de Sète »
En attendant l’organisation d’un tel débat – par la région ? la coalition ? les partis politiques ? les médias ? –« Montpellier journal » donne les positions d’élus et de syndicalistes. Celle de la CFDT par exemple, majoritaire sur le port de Sète. Michel Liguori, secrétaire général du syndicat dockers et employés du port, déclare que la position de la CFDT vis à vis d’Agrexco est « favorable ». Il précise : « Aujourd’hui, il y a une région à peu près dynamique qu’on suit de près et qui a l’intention de relancer le port. Ce qui va être une bouffée d’oxygène pour la ville de Sète. » Beaucoup des arguments du syndicaliste sont d’ailleurs identiques à ceux avancés par Georges Frêche. Ou vice-versa.

Au premier rang desquels le fait qu’Agrexco était implanté à Marseille depuis de nombreuses années sans qu’il y ait eu des manifestations. Question posée à la coalition qui répond qu’il y a eu une manifestation le 28 septembre 2002. Dans le texte d’appel, il était écrit : « À Marseille, port de la Méditerranée, un quai surnommé le quai Carmel est exclusivement réservé à l’arrivage des fruits et légumes israéliens alors qu’en Palestine l’économie est réduite à néant, les oliviers arrachés, les serres détruites, l’exportation bloquée. » De plus, la Coalition rappelle que, depuis l’arrivée d’Agrexco à Marseille, la situation dans les territoires palestiniens s’est considérablement dégradée notamment du fait de la colonisation israélienne.

« Un plan anti-Frêche ? »
« On n’est pas pour la guerre en Palestine pas plus qu’ailleurs, déclare Michel Liguori. Si le fait de ne pas faire venir Agrexco à Sète pouvait faire arrêter la guerre en Palestine, on est d’accord. Est-ce que vous croyez que la guerre s’arrêterait en Palestine si on ne faisait pas venir Agrexco à Sète ? Moi c’est la question que je pose. » Donc, pour le syndicaliste, « il faut savoir si on veut lancer des plans économiques ou si on veut faire de la politique politicienne ». Et puis, « si ça ne passe pas par Sète, ça passera par d’autres ports. Si jamais ça ne passait par Sète, quand ça passera par d’autres ports, est-ce qu’ils auront les mêmes réactions ? Ou est-ce que c’est un plan anti-Frêche ? C’est surtout ça à mon avis. Mais je ne veux pas rentrer dans la politique parce que ce n’est pas mon rôle. Moi je rentre plutôt dans le social que dans la politique. Moi je regarde les créations d’emplois. » Et de rappeler la situation préoccupante du marché de l’emploi dans l’Hérault et particulièrement sur le bassin de Thau.

Après avoir parlé d’une « cinquantaine de dockers que cela fera travailler » ajouté à 50-100 emplois créés (Midi Libre, 22 janvier), Michel Liguori parle aujourd’hui de 200 emplois en octobre 2010 et 200 supplémentaires en 2016. Et il ajoute que pour un emploi créé, ce sont 4 à 5 emplois indirects supplémentaires à prévoir. Donc si on fait les comptes, cela fait 2000 à 2400 emplois au total. Mais, depuis le début, on l’a vu, les chiffres ont varié et aucune étude précise n’a été publiée pour détailler les emplois escomptés. De même, qu’aucune étude d’impact n’est apparue pour évaluer les conséquences éventuelles sur l’agriculture locale. Faux problème pour Michel Liguori : « Aujourd’hui on importe pas mal de tomates et de fraises qui viennent d’Espagne aussi. Alors il faut aussi boycotter l’Espagne. »

« Arrêter l’importation des containers chinois »
Autre question : l’arrivée d’Agrexco peut-elle se faire à n’importe quel prix ? Réponse du syndicaliste : « Si on empêche cette implantation, alors il faut arrêter le port du Havre, l’importation des containers qui viennent de Chine où les enfants de 10 ans et moins travaillent. Moi je suis sûr que si je fais le tour de tous ces opposants en leur faisant poser leur jean et leur tee-shirts et en regardant d’où ils viennent, on sera surpris d’avoir 80 % de textiles qui viennent de Chine. » Dernier reproche de Michel Liguori envers la coalition : « Ils font tous passer des prospectus mais personne ne nous a contactés pour avoir notre avis. »

« Faut-il faire la révolution mondiale tout de suite, interroge Francis Viguié du NPA, changer l’ensemble des rapports sociaux dans le monde entier, avant de pouvoir commencer à faire quelque chose ? Oui il faut changer ce monde, il y a un mouvement altermondialiste, il y a des rencontres qui travaillent sur comment faire une harmonisation tirée vers le haut. Après, il faut quand même, à un moment donné, balayer devant sa porte. Si tu as les problèmes chez toi, tu ne peux pas dire que, comme les autres ne résolvent pas le problème, nous on ne va rien faire. C’est une mécanique qui continue et qui, au lieu de stopper les injustices, les encourage et les aggrave. Le type d’argument proposé par la CFDT encourage les injustices. »

FO a donné sa position à L’Hérault du jour (25/06) par la voix d’Alain Cwick, son secrétaire départemental. Elle est très proche de celle de la CFDT : « Force ouvrière ne se range pas aux côtés de ceux qui souhaitent mettre Israël à l’écart du monde. Si le respect des droits de l’Homme devait être le seul critère retenu dans les échanges internationaux, la Chine, La Corée, la plupart des pays africains et bien d’autres seraient exclus. »

« Un peu les mêmes soucis que le collectif »
Et la CGT ? Interrogé par Montpellier journal, Christian Ventura, secrétaire départemental déclare : « On a un peu les mêmes soucis que le collectif puisqu’on pose la question de la paix et de l’organisation des territoires palestiniens. On se pose un peu des questions sur cette implantation même si ça va générer des emplois sur le port de Sète. Mais on veut travailler un peu plus la question. » La CGT a donc prévu de solliciter le collectif pour le rencontrer et aussi de demander un rendez-vous au conseil régional notamment « pour savoir ce qui l’a poussé à octroyer les aides à cette implantation ».
À Marseille, la CGT semblait regretter le départ d’Agrexco. Les premiers à réagir ouvertement ont cependant été les dockers CGT des bassins Est, dont le porte-parole, Antoine Montoya, s’est étonné “qu’on n’ait pas déroulé le tapis rouge pour retenir Agrexco”, alors qu’on sait le faire en d’autres occasions. Il est vrai que le sujet est sensible. Les bassins Est de Marseille, qui vont de la Joliette à l’Estaque, ont une activité industrielle en prise directe avec la Méditerranée.

Rappelons pour clore le chapitre syndical, que le Congrès des syndicats sud africains (Cosatu) a une position très radicale sur la question. Celle-ci est notamment présentée dans un article du 3 février, en anglais, du Sunday Tribune de Durban (Afrique du sud) : « C’est un héritage et une tradition dont les dockers sud africains ont hérité et c’est un héritage qu’ils sont déterminés à honorer, en veillant à ce que les ports sud africains ne soient pas utilisés comme lieu de transit pour les marchandises à destination ou en provenance de certains états dictatoriaux ou oppressifs comme le Zimbabwe, le Swaziland et Israël. » (traduction : Mj)

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