D’un tractage Gilets jaunes à Punch Powerglide à une “audition libre” de la Feuille de chou

Ce matin, à 9 h, le responsable de la Feuille de chou était convoqué pour “Audition libre” à l’Hôtel de police de Strasbourg, “soupçonné d’avoir commis ou tenté de commettre l’infraction de atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l’image d’une personne.”

L’OPJ qui avait convoqué étant absente, elle a été remplacée par une autre.

Après les renseignements d’identité d’usage, l’OPJ en est venue à poser une série de questions auxquelles il a été systématiquement répondu, comme c’est possible, RAD, rien à déclarer. Après quelques questions sans autre réponse, il a été convenu d’arrêter l’audition.

De quoi s’agit-il?

D’une plainte déposée par une femme probablement responsable “sécurité” à l’usine Punch Powerglide, au Port du Rhin.

La plaignante s’est en effet reconnue sur une vidéo parue le 30 janvier 2019 sur FB et la Feuille de chou.

Contexte: les  Gilets jaunes avaient décidé de distribuer un tract d’appel à la grève du 5 février. Nous étions plusieurs dizaines à l’heure du changement entre l’équipe de nuit et celle de l’après-midi, ensemble avec des syndicalistes de l’entreprise dont des délégués syndicaux CGT, ceux-là même qu’on voit à chaque manifestation portant la banderole CGT Punch Powerglide.

Au cours de la distribution des tracts, deux agents de sécurité sont venus nous demander de quitter les lieux car le parking et les alentours des portes à tourniquet empruntées par les travailleurs appartiendraient à l’entreprise et seraient donc terrain privé.

La distribution a continué. A un moment, un des agents de sécurité est venu par derrière l’homme à la caméra et s’est emparé de la machine brutalement. Aussitôt, deux personnes l’ont escorté en exigeant qu’il rende le smartphone. Il s’est dirigé vers la route, mais a fini par céder et a rendu l’appareil.

Ont suivi des images dans lesquelles la plaignante s’est reconnue d’où la plainte déposée le 8 février.

L’OPJ a posé des questions successives du genre de la première “dans quel cadre étiez-vous là-bas?“, etc, questions auxquelles, sur le conseil de notre avocat, non présent, il a été répondu RAD.

Quand on parle d’atteinte à “l’intimité de la vie privée” on s’imagine les paparazzi chassant les actrices de cinéma jusque dans leur domicile avec de gros téléobjectifs. Ici, en l’occurrence, on a du mal à comprendre le motif d’une éventuelle poursuite par le procureur, car la dame en question agissait dans le cadre de son activité professionnelle.

Ce qui est certain c’est que les agents de sécurité se sont opposés à l’exercice de libertés syndicales et démocratiques, tous, en arguant du parking privé, l’un d’eux en s’emparant par ruse et violence d’un portable et la dernière en déposant plainte.

A l’issue des questions, l’OPJ a annoncé qu’il fallait passer à la photo et aux prises d’empreintes! Ce que nous avons bien entendu refusé. D’autant que dans une procédure précédente, liée à une action anti GCO à Vendenheim, à la gendarmerie de Mundolsheim, nous avions accepté ces prélèvements. Et nous avons gagné en première instance, le 24 août dernier, le procès en “injure à corps constitué” intenté par le colonel de gendarmerie du Bas-Rhin. On en reparlera, car le procureur de la République a fait appel. Le procès en appel se tient le 22 octobre à 11 h à la Cour d’Appel de Colmar. Vous êtes cordialement invité.e.s à vous rassembler devant le bâtiment, face à la préfecture du Haut-Rhin avant l’heure du procès.

Archives: Acharnement non-thérapeutique

Questionné sur cette systématisation de constitutions de fichiers suite à des “auditions libres“, qu’on peut pourtant quitter à n’importe quel moment, l’OPJ a prétendu que cette mesure avait été prise dans la dernière loi (scélérate) en 2018 et qu’elle se justifiait, a-t-elle ajouté, pour que la police puisse vérifier à chaque instant votre présence sur le territoire national!

On voit bien ici comment l’État, sous le prétexte de terrorisme, aggrave les lois et étend ces dispositifs à des affaires de droit commun. C’est ainsi qu’on se dirige peu à peu vers la fin des libertés démocratiques et qu’on s’approche dangereusement d’un État fasciste.

Sur le bureau de l’OPJ, un gobelet en plastique bleu marqué du sigle du syndicat policier majoritaire et d’extrême-droite, Alliance…

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